Le soleil commençait à descendre et je ne me sentais pas bien. Je crois que sous le coup de l’excitation, j’étais allée trop loin. Je me sentais honteuse, honteuse d’avoir aimé ça. Anne me serrait toujours dans ses bras et cela me procurait un réconfort indispensable. Je proposais à Anne de prendre une douche pour nous remettre de nos émotions et nous gagnâmes la salle de bains après avoir remis la caméra où nous l’avions trouvée. Débarrassées de nos vêtements souillés, nous nous sommes retrouvées sous la douche, enlacées. Anne m’a fait l’amour doucement avec beaucoup de tendresse. Je me sentais mieux et pourtant j’avais une impression bizarre. Anne le remarqua :
- — Dis-moi ce qui ne vas pas…
- — Je ne sais pas, c’est étrange
- — Je suis allée trop loin avec toi ? C’est ça, tu regrettes ?
- — Non, je l’ai fait en connaissance de cause, ce n’est pas ça.
- — Tu es malade ?
- — Non, j’ai un pressentiment étrange, je ne suis pas tranquille.
- — Ce sont peut-être les caméras disséminées dans la maison.
- — Peut-être…
- — Ecoute, Marjorie ne va pas tarder, et nous sortirons d’ici.
- — Je ne sais pas, mais je voudrai partir de suite, sans attendre.
- — Mais ta voiture ?
- — Je ne sais pas, peut-être que dans le parc il y a une autre sortie…
- — Si tu veux, on peut essayer, tant qu’il fait jour.
Et après avoir trouvé des vêtements propres et presque décents nous commençâmes notre exploration du parc. Suivant le sentier après la tonnelle, nous arrivâmes en bordure d’un pré. Anne me montra une grange sur la droite et nous y pénétrâmes. Anne était aussi éberluée que moi, nous nous attendions à trouver une grange plus ou moins classique et nous nous trouvions dans une véritable salle de torture, digne des pires séries B. Des croix, des roues, des chaînes, des crochets, des poulies. Estomaquée, je me sentais de plus en plus mal, Anne plus hardie alla regarder de près les objets puis fit mine de s’installer sur une roue. Ça ne me plaisait plus du tout.
- — Descend de ce truc, Anne, j’ai peur !
- — Pourquoi nous sommes seules ?
- — Oui, mais je me sens vraiment mal à l’aise.
- — C’est vrai que c’est plus inquiétant que ce que nous avons vu jusque là…
- — S’il te plaît, sortons.
- — D’accord, tu as sans doute raison.
L’air qui se rafraîchissait me fit du bien, Anne, sentant mon angoisse me pris dans ses bras et m’enlaça tendrement. Un bruit dans les branches nous fit sursauter. On entendait quelqu’un qui nous faisait signe à voix basse.
- — C’est Marjorie, faites comme si vous n’aviez rien remarqué et dirigez-vous plus loin vers le côté gauche du pré.
- — Mais que se passe t-il ?
- — Je vous expliquerai plus tard…. À tout de suite.
Anne et moi nous nous dirigions vers l’endroit convenu, l’air de rien. Je sentais que ma compagne était moins sûre d’elle à présent. Nous retrouvâmes Marjorie sous le couvert des arbres. À notre grande surprise, elle était vêtue d’un jogging noir et de baskets.
- — Je suis contente que vous soyez là !
- — Nous aussi, mais que fais-tu là, tu nous avais donné rendez-vous à 11 heures ?
- — Oui, je sais mais je voulais vous sortir de là.
- — Mais pourquoi, tu nous as amenées ici !
- — Oui, je sais, mais je ne pouvais pas faire autrement. J’avais besoin de vous !
- — Mais ? Comment ?
- — Ecoutez, je ne peux pas tout vous expliquer ici, je le ferai plus tard lorsque nous serons tirées d’affaire.
- — Tirées d’affaire ?
- — Vous n’êtes pas en danger, mais il vaut mieux pour vous que vous vous sauviez d’ici.
- — Mais Marjorie, pourquoi nous avoir amenées ici, si c’était dangereux ?
- — Non, pas dangereux en tant que tel, mais par contre, vous aviez des chances de subir un chantage plus ou moins contraignant.
- — Comment ça ?
- — Les vidéos tournées, toutes les caméras disséminées dans la maison et le parc fourniraient à Françoise de quoi vous faire faire n’importe quoi, y compris ce que vous ne voudriez pas.
- — Oh ? Mais le mot de passe ?
- — Le mot de passe, une amie l’a essayée, elle a effectivement été libérée de suite, mais ils n’ont pas hésité à lui faire parvenir certaines vidéos ou photos de temps en temps, lui rappelant ses caprices. Elle a changé d’adresse et maintenant tout va mieux. Mais elle a eu vraiment peur.
- — Mais je croyais ?
- — Moi aussi… je croyais… et c’est pour ça que je veux vous tirer de là. Je vous aime beaucoup toutes les deux et je ne veux pas qu’il vous arrive la même chose.
- — Oui, ok, mais comment on sort d’ici ? La grille est fermée !
- — Ne vous occupez pas de ça, il y a un passage au fond du pré, on peut passer avec la voiture mais il faut attendre la nuit.
- — Et les cassettes ?
- — Ne t’inquiète pas pour ça, une amie s’en occupe.
Anne serrait ma main dans la sienne, elle comprenait maintenant ce qui m’inquiétait. Marjorie nous tendit un sac avec des vêtements nous invitant à les passer. Anne et moi nous nous déshabillâmes rapidement pour enfiler un survêtement noir. Marjorie nous demanda de rester sous le couvert des arbres tant qu’il ne ferait pas nuit. Je lui demandais ce qu’elle allait faire. Marjorie sourit :
- — Premièrement, vous n’êtes pas les seules à fuir. Moi aussi je vais leur fausser compagnie ce soir. J’avais tout prévu depuis de longues semaines, je voulais le faire hier mais votre venue à modifié nos plans.
- — Comment ?
- — Je suis désolée… Je n’avais pas trop le choix. J’étais avec Françoise, la femme en noir, au moment où vous m’avez appelée hier matin, et je ne pouvais pas faire mine de ne pas vous connaître, elle a vu nos clichés.
- — Et alors ?
- — Et alors elle a écouté notre conversation et m’a invitée à vous amener ici.
- — Mais comment ?
- — Je ne pouvais pas l’alerter faisant mine de vous protéger, je devais lui faire croire que j’étais prête à vous livrer simplement pour le plaisir. Si j’avais hésité ou tergiversé, elle se serait dit qu’il y avait anguille sous roche et elle aurait sûrement pris des dispositions
- — Quelles dispositions ?
- — Je ne sais pas, mettre des documents compromettants à l’abri, faire des copies pour avoir un moyen de pression. Sans vouloir vous vexer, même si vous êtes très cochonnes, vous n’êtes que des innocentes pucelles comparées à des femmes comme Françoise. Je me suis servie de mon ascendant sur vous espérant que vous ne seriez pas assez courageuses pour aller jusqu’au bout.
- — Et nous avons sauté à pieds joints dans un piège !
- — C’est un peu ça, oui, de plus, Françoise étant à mes côtés, je ne pouvais pas non plus vous rappeler pour vous avertir.
- — Elle était là constamment ?
- — Oui.
- — Mais alors comment vas-tu faire pour les cassettes ? Et pour la cassette que nous avons faite cet après-midi ?
- — Quelle cassette ? Où est-elle ?
- — Dans la caméra…
- — Merde !
Sur ce, Marjorie prit son portable, composa rapidement un numéro. Son correspondant ne tarda pas à répondre. Elle lui indiqua qu’il fallait aussi prendre la cassette se trouvant dans la caméra et raccrocha, rassurée.
- — Elle l’avait déjà prise, au cas où…
- — Qui est ta complice ?
- — Tu vas faire sa connaissance. Tu as laissé les clés de ta voiture sur le contact ?
- — Oui, je n’y ai pas touché.
- — Tant mieux, cela simplifiera les choses.
- — Mais si nous devons rester cachées, comment va faire ton amie pour récupérer les cassettes ?
- — Elle s’est laissée enfermer dans une des chambres de la maison. Elle connaît les emplacements des caméras et elle a déjà fait main basse sur les documents qui nous concernent et sur certains autres qui nous serviront de garantie.
- — Mais qu’est ce qu’elle attend alors ?
- — Il y a des caméras à l’extérieur et il faut attendre l’obscurité… Nous avons encore une bonne heure d’attente. Je ne pensais pas vous trouver ici, vous visitiez le parc ?
- — Nous cherchions une issue, à vrai dire…
- — Tant mieux, cela prouve que nous sommes d’accord. Encore un peu de patience et nous serons redevenues des inconnues pour Françoise et ses amis.
- — Mais, Marjorie, les coordonnées du médecin ? Je te les avais données, tu les as transmises donc elles savent?
- — Non, c’était totalement bidon, je leur ai donné le numéro de ma complice, elle a fait le reste. En fait la seule chose qu’ils connaissent de vous c’est vos prénoms… et vos préférences sexuelles.
- — Et ma voiture ? La plaque ?
- — Ne t’inquiètes pas, ils ne sont pas aussi organisés et ils ne pouvaient pas la voir.
- — Mais sur la vidéo, ils peuvent voir la plaque ! Marjorie me sourit.
- — Non, ne t’inquiètes pas, je suis passée un peu vite dans une flaque et elle est totalement illisible !
- — Tu as pensé à tout !
- — Depuis le temps que je prépare notre coup. J’ai eu le loisir de parer à quelques éventualités.
- — Mais que vas-tu faire ? Ils te connaissent, ils savent où tu vis !
- — Oui, mais je vais rejoindre mon amie, dans une autre ville où je m’installerai avec elle, j’ai même déjà un boulot qui m’attends.
- — Tu vas aller où ?
- — Secret, pour l’instant il vaut mieux que l’on évite de trop parler.
- — Je comprends, et nous ?
- — Si vous pouvez, quittez la région quelques temps, bien sûr, évitez le magasin de lingerie. Vous savez, ils sont plus pervers que méchants, ils abandonneront assez vite, ne vous connaissant même pas.
- — Et pour mon collier, il est cadenassé, comment je vais l’ôter ?
- — Ah, je crains de devoir te faire encore un peu attendre, mais avec quelques outils, il cédera facilement.
- — Ok, mais dis-moi, tu semblais pourtant prendre beaucoup de plaisir avec nous ou avec Françoise.
- — Oui, c’est vrai, mais c’est l’idée de contrainte que je ne supporte plus, je veux être libre de vivre ce que j’ai envie de vivre. Et même si j’aime les pratiques un peu extrêmes, ça ne m’empêche pas de vouloir être totalement libre.
- — Je comprends. En quelque sorte nous l’avons échappée belle !
- — Si tu veux, oui, mais encore une fois il n’y avait rien de dangereux. Plutôt de contraignant.
- — Tu as vu la grange ? Et ce qu’elle cache ?
- — Oui, quelques fois, mais franchement j’y ai passé peu de bons moments, l’atmosphère est vraiment désagréable.
- — Oui, Fabienne était blême en voyant les instruments, nous sommes sorties rapidement et je dois avouer que j’étais contente de me retrouver à l’air libre. En même temps, j’avoue que j’étais curieuse de voir tout ça.
- — Tu es vraiment une nympho, Anne ! Tu devrais te méfier quand même un peu davantage.
Nous nous sentions mieux et presque en sécurité. Néanmoins j’étais impatiente de me retrouver chez moi, avec Anne. Je demandais à Marjorie ce qu’elle avait prévu de faire pour la suite et lui proposais de venir avec nous au chalet avant de nous séparer le lendemain matin. Personne ne connaissait l’adresse ou le chemin de notre retraite et elle semblait s’imposer d’elle-même. Marjorie accepta avec joie de nous suivre. Puis soudain elle se renfrogna.
- — Le seul truc que je n’avais pas prévu…
- — Quoi, il y a un problème ?
- — Oh pas vraiment…
- — Quoi, dis-nous ?
- — Je n’avais pas prévu d’avoir autant de temps à attendre ma complice. Vous n’avez pas une idée ?
- — Oh, moi j’en ai une ou deux, et toi Anne ?
- — On pourrait déjà commencer par lui raconter notre journée, non ?
Et nous lui racontâmes notre journée en faisant l’impasse sur les cassettes qui la concernaient. À la fin de notre récit, Marjorie nous traita de dévergondées, de nymphomanes, de cochonnes perverses en riant. Puis elle ouvrit la tirette de son survêtement. C’était le signal, Anne et moi nous nous sommes jetées sur sa poitrine, couvrant ses seins et sa gorge de baisers. Marjorie caressait nos cheveux, elle pouvait être douce aussi, et je découvrais ce que j’espérais être son vrai visage. Elle ondulait sous nos caresses. Anne défit le noeud de son pantalon et le baissa révélant un string qui ne tarda pas à rejoindre le sol. Je me déshabillais à mon tour et enlaçais Marjorie, Anne nous caressant toutes les deux. Je me retournais pour embrasser Anne à pleine bouche tandis que Marjorie lui ôtait ses vêtements. Nues, nous nous sommes lancées dans un fabuleux baiser à trois, nos langues se touchant, nos corps se serrant. Dans la pénombre nous ne savions quelle langue nous léchait, quelle main nous caressait, quel doigt nous pénétrait.
Soudain un craquement nous tira de notre plaisir. Aux aguets et silencieuses, nous tentions de percer l’obscurité pour connaître la source du craquement. Après de longues minutes d’attente, Marjorie sauta dans son survêtement et nous nous dépêchâmes de faire de même. Toujours en silence nous nous approchions de la lisière des arbres. La nuit commençait à tomber, et nous ne tarderions plus à quitter cet endroit. Marjorie chuchota
- — C’était sûrement un animal.
- — Oui, je pense aussi…
- — Alia ne devrait plus tarder maintenant.
- — C’est ton amie ? (Anne me pinça légèrement la main)
- — Euh… oui c’est elle. Vous allez la rencontrer d’ici peu.
- — Elle est belle ?
- — Anne tu es décidément très curieuse, mais oui, elle est très belle.
Nous attendîmes quelques instants dans le silence. Les bruits de la forêt nus paraissaient de ce fait amplifiés. Un bruit de moteur nous informa qu’Alia avait démarré la voiture. Le bruit se rapprochait, nous ne voyions aucune lumière, elle conduisait feux éteints. Elle mit un certain temps à venir, le chemin étant étroit et mal entretenu. Il faisait noir, de nombreux nuages masquaient les étoiles et nous avions de plus en plus de mal à distinguer les formes qui nous entouraient. La voiture s’arrêta doucement près de nous, Majorie nous précéda et ouvrit les portières le plus discrètement possible. Nous nous engouffrâmes toutes les trois dans la voiture qui avança vers le fond du pré. Sans un mot, Alia conduisait. Elle avait une combinaison noire et une cagoule. Nous étions en plein James Bond. Et Alia, d’après ce que nous avions vu de son corps faisait une James Bond Girl tout à fait crédible. Anne serrait ma main dans la sienne.
Elle arrêta la voiture devant une haute clôture de barbelés et Marjorie sortit du véhicule, et à l’aide d’une grosse pince, elle coupa les fils de fer rouillés créant un passage pour notre voiture. Quelques instants plus tard, nous étions sur un chemin de terre, cahotant dans le noir, nous avancions doucement et prudemment, Alia obliqua dans une direction opposée à la maison. Retrouvant une route goudronnée, elle alluma les phares et s’arrêta près d’une camionnette de location. Nous sortîmes toutes les quatre de la voiture. Marjorie nous présenta Alia qui enlevant sa cagoule nous révéla une splendide crinière. Anne sans hésiter, lui déposa un rapide baiser sur la bouche et pour ne pas être en reste, je fis de même. Elle nous invita à ne pas traîner et Marjorie lui expliqua que nous pourrions nous retrouver au chalet. Alia accepta et je lui expliquai rapidement le chemin pour que nous n’ayons pas à nous suivre de trop près.
Anne sauta dans la voiture, la camionnette démarra et soulagées, nous prîmes la route de la maison. Anne posa sa tête sur mon épaule et soupira.
- — Quelles aventures ! Si j’avais su …
- — Si tu avais su ?
- — Je serais venue !