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n° 08497Fiche technique25131 caractères25131
Temps de lecture estimé : 15 mn
20/01/05
Résumé:  Clara est ouvreuse dans un cinéma porno...
Critères:  f h fh hplusag fagée handicap cinéma volupté voir exhib init
Auteur : Jeff            Envoi mini-message
Clara, la chic fille...



Voilà bien longtemps qu’on la connaît dans le quartier. Enfin, on la connaît sans vraiment la connaître. On sait seulement qu’elle se nomme, Clara et qu’elle est ouvreuse au Rex, l’un des dernier cinéma porno permanent du quartier de la Porte Saint-Martin à Paris, en haut des Grands Boulevards

Elle y prend son service tous les jours, rituellement à midi moins le quart.

Elle arrive dans sa gabardine beige, une peu crasseuse, toujours serrée par une ceinture, été comme hiver. Elle marche à pas pressés, le regard toujours fixé sur le trottoir. Et si un passant, un habitant ou un commerçant du quartier la croise et lui adresse la parole, Clara répond du bout des lèvres, rentre la tête dans les épaules et accélère le pas.


A une heure, elle est là, à l’entrée.

Une grosse lampe à la main et dirige le faisceau de lumière jaune qui forme un cône devant elle, pour conduire les retardataires vers un siège libre. Et si le spectateur oubli de lui donner un pourboire, Clara, gentiment mais fermement, lui rappel que ce n’est parce que c’est une ouvreuse, à son service et que le cinéma est "spécial" qu’il doit pour autant négliger de lui donner la pièce.


Dans le noir de Sa salle, Clara se sent protégée. Elle a appris, au fils du temps, à domestiquer cette ambiance. Elle s’y sent bien, à l’aise, chez elle. Voilà pourquoi elle est capable de si vives réparties vis-à-vis des clients qui ont un "oursin dans la poche" comme elle dit, alors que dehors, en pleine lumière …

Il faut dire aussi que Clara ne reçoit que les pourboires pour vivre …

Elle reste juste à l’entrée de la salle. Derrière la porte durant toute la séance. Debout, généralement, ne s’asseyant qu’à la moitié du film, sur le petit strapontin prévu par la Direction, à cet effet.

Des films pornographiques, elle en a vu, revu et re-revu, Clara …

Avec ses quarante cinq printemps, dont près de vingt au Rex, à raison de deux films par semaine, six jours sur sept, diffusés huit fois par jour … ça en fait des culs et des culs étalés en gros plans et cinémascope, ça en fait des litres et des litres de sperme, lâchés sur les fesses, les ventres, les figures et dans les bouches des actrices. Aussi, lorsqu’elle rentre le soir dans son studio, elle est épuisée et s’endort sans arrières pensées.

Clara, semble rester insensible aux spectacles qui se déroulent tous les jours devant ses yeux et elle refuserait tout net, d’admettre qu’elle peut connaître le moindre émoi face aux images qui défilent devant ses yeux … quoique !


Lorsqu’un ami m’a parlé de Clara, il m’a expliqué que l’ouvreuse pouvait aussi se montrer très gentille envers certains de ses vieux habitués … Mais cela était dit sur le ton de la confidence et sous couvert du secret et de la discrétion la plus totale.

Alors, par un bel après-midi de printemps, je suis rentré au Rex, pour découvrir Clara, essayer de l’observer.

Le film qui se déroulait sur l’écran … j’avoue humblement ne pas en avoir conservé un souvenir impérissable … Des gros plans de sexes mâles, certes bien montés; des bouches qui suçaient; des litres de sperme qui se répandaient partout. Des gros plans sur des paires de seins, plus gonflés que des airbags au moment de leur utilisation; des sexes féminins filmés à la loupe grossissante et qui donnaient l’impression de vouloir vous avaler, vous absorber du haut de leur écran; des fesses et des culs larges, profonds et tellement volumineux et plein de boutons qu’ils en étaient écoeurants. Mais à tout bien réfléchir, l’arrivée de la cassette, puis du DVD qui ont remplacé les cinémas pornos de nos quartiers, réduisent l’image à des proportions et des normes plus acceptables et moins fantasmagoriques …

Bien entendu, j’avais chois la première séance, celle de 13H le jour du changement de programme. Mais je suis arrivé en retard … et Clara "m’attendait" derrière sa porte, la lampe entrant en fonction dès que le vieux ressort un peu rouillé de la double porte du sas d’entrée a fait entendre son couinement.



Elle marche rapidement vers un des rangs du fond, dont quelques places sont occupées et, d’un petit geste de la main qu’elle transmet à sa lampe, elle m’indique ma place. Dans la pénombre de la salle, mes yeux s’habituent vite et je distingue clairement sa main gauche tendue, attendant son pourboire.



Mais déjà, elle a éteint sa lampe et il me faut enjamber un, puis un second spectateur qui maugréent pour gagner, seul ma place, au fond de la rangée, près du mur.

Le fauteuil, défoncé, colle et crisse sous mon pantalon … et s’enfonce largement sous mon poids. Par chance, pour l’instant, personne n’est devant moi …


Je jette un œil autour de moi.

A un siège de moi, une ombre est tassée, une gabardine sur les genoux. Le visage immobile, le regard vrillé et tétanisé vers l’écran. Au fur et à mesure que mes yeux s’habituent à l’obscurité, et en fonction des images plus ou moins claires qui défilent sur l’écran, je peux apercevoir quelques détails … l’homme, à côté de moi, agite frénétiquement son bras droit, donnant des soubresauts à la gabardine, posée en boule sur les genoux. En voilà un, au moins, qui est excité par le film et qui se fait du bien, pense-je.

Plus loin, plus près de l’allée centrale, une autre silhouette, tassée, la tête sans cesse en mouvement… regarde de droite et de gauche … lui n’a pas de "protection", il a juste sorti son engin qu’il agite de sa main gauche.


Devant, quelques têtes apparaissent ou disparaissent. J’arrive à me tourner, de trois quart.

Juste derrière moi, je distingue, fugacement, un petit vieux … lui aussi occupé …

Ah ! J’avais oublié cette ambiance, cette promiscuité des cinémas pornos de mon adolescence …

Ceux devant lesquels nous passions, quand on avait pas encore l’âge légal et dans les entrées desquels ont jeté un regard d’envie et de concupiscence, en accélérant le pas de peur qu’on rencontre une connaissance qui en parle aux parents, mais sans perdre une miette du nom des affiches, des bruits qui sortaient par les portes. Puis, plus tard, la première fois où l’on a pu pénétrer dans "le temple du sexe" … souvent en bande pour se rassurer… quelque fois seul … Souvenirs des premiers émois devant ses images, irréelles, immenses, hallucinantes d’audaces pour l’époque et qui allaient alimenter nos fantasmes et rêves humides des prochaines nuits agitées qui feraient dire à nos mère "le petit, il a les vers … regarde comme il a les yeux cernés !".

Ah ! Nos mères… si elle avaient su la vrai vérité !

Ben, on aurait pris une sérieuse paire de calotte …


Tout en essayant d’inspecter la salle, de voir Clara, l’odeur m’est revenue … presque familière. Non que j’ai été un habitué des salles obscures classées X, mais les odeurs qui y traînent marquent la mémoire des hommes qui y sont passés … Odeur d’huile chaude du projecteur, odeur de sueur, de pieds, de poussière, de vieille urine et de sperme séché … Des odeurs lourdes, âcres, capiteuses et presque entêtantes …

Et au milieu des bruits et onomatopées émis par la bande son, les bruits de cliquetis du projecteur qui ronronne dans sa cabine, des semelles qui raclent le plancher, des fauteuils qui grincent sous le poids des corps, des respirations difficiles ou ahanantes des hommes qui tentent d’obtenir leur plaisir …

Finalement, si je n’arrive pas à observer Clara dans son travail, j’aurais au moins passé un moment agréable à me remémorer des souvenirs de jeunesse …

J’essaie de revenir au film. Sur l’écran, un faux adolescent pelote hardiment les seins siliconés d’une fausse jeune pucelle, en lui roulant une majestueuse pelle, lui mangeant plus la bouche qu’il ne l’embrasse… la fille tient dans la main un hot-dog, dégoulinant de mayonnaise, le scénariste (mais y en a-t-il seulement un ?) voulant suggérer ainsi d’autres coulures plus … salaces …



L’appel, a mi-voix du nom de l’ouvreuse, me fait tourner la tête. Le petit vieux, derrière moi, le sexe hors de son pantalon, apostrophe l’ouvreuse qui arrive à grand pas.



Edmée ! Il s’appelle Edmée…



Plusieurs voix, dans la salle, crient "Chut !".



Tout doucement, je me cale contre le mur pour conserver un œil sur ce qui se passe derrière moi.

Clara s’est agenouillée à côté du fauteuil d’Edmée et s’est emparé de son sexe. Elle le masturbe, doucement tout en marmonnant.



Je reste, les yeux écarquillés pour essayer de mieux distinguer le spectacle qui se déroule derrière moi, plus passionnant que celui qu’affiche l’écran … Clara, toujours à genoux, change de main. Elle masturbe doucement le vieil homme qui conserve la tête droite. De temps en temps, j’aperçois, à la lueur des images, ses yeux, à moitié ouverts, sa bouche ouverte d’où s’écoule un long filet de bave. Il respire fort, il ahane … il glousse et pousse quelques grognements alors que Clara semble accélérer ses va-et-vient.

Mais la porte du sas d’entrée couine et oblige Clara à se relever, précipitamment, laissant en plan le vieil homme qui râle, rouspète et tempête …



Et elle se relève rapidement, s’empare de sa lampe qu’elle allume et se dirige vers l’entrée où un client attend.

Mais Clara doit précipiter l’installation de son nouveau client car le noir absolu vient troubler la projection. Seul, son cône de lumière devant elle, Clara remonte l’allée. La projection du film est interrompue.

Le film a cassé.

Une lumière, très tamisée et parcimonieuse, vient jeter quelques ombres jaunes sur les murs gris sales de la salle. Les spectateurs, surpris dans leurs activités intimes, tentent maladroitement de les cacher, tant bien que mal, dans la précipitation. Un ou deux en profitent pour se diriger vers les toilettes. D’autres se redressent. D’autres baissent la tête et regardent fixement la pointe de leurs chaussures …

Clara revient.



Pas de cris, pas de protestations. Le silence. Lourd. Puis les premiers grincements de fauteuil, les premiers raclements de pieds. Lentement, un à un, les quelques spectateurs présents s’extraient de leurs fauteuils et gagnent la sortie, le dos voûté, le regard fuyant.

J’en profite pour partir le dernier, en suivant monsieur Edmée, que Clara aide à sortir, sur une chaise roulante.


Sur le trottoir, Clara après l’avoir embrassé sur les deux joues, l’abandonne. J’en profite pour le rejoindre.



Monsieur Edmée me considère, de haut en bas, me toise avec deux petits yeux fouineurs d’un bleu clair étonnant.



Installé à la terrasse, non sans mal, monsieur Edmée interpelle le garçon de façon familière, montrant ainsi une certaine habitude des lieux.

Un peu embarrassé au début, je décide d’aller droit au but.



Monsieur Edmée me foudroie du regard.



Et de commencer à ma raconter sa vie.

Monsieur Edmée est le propriétaire du cinéma Rex. C’est la dernière salle qui lui reste. Avant il en avait trois autres, toutes diffusaient des films X. Clara, il la connaissait depuis plus de 20 ans… alors, c’est sûr, il peut se permettre certaines privautés qu’il n’accepterait pas d’autres clients, ni elle non plus ajoute-t-il.

Et la conversation s’oriente et s’éternise sur la fin des cinémas pornos, la mauvaise qualité des films, des acteurs …, les plaintes et les jérémiades sur la concurrence de la télé, de la vidéo et des DVD …



Alors que nous parlons, Clara passe devant la terrasse et adresse un petit signe à monsieur Edmée.



Clara sur sa lancée, a déjà fait plusieurs pas avant de stopper, hésitante sur l’attitude à adopter. Puis, sur un geste impérieux de monsieur Edmée, elle rebrousse chemin, tire à elle une chaise et s’installe, du bout des fesses à notre table.



Clara, le visage fermé, la tête penchée vers la table n’ose pas me regarder. Je distingue juste, de temps en temps, ses yeux qui observent, à la dérobée, monsieur Edmée.



Monsieur Edmée, depuis que Clara a rejoint la table, a changé d’attitude. Il n’est plus le vieillard bougon, un peu renfrogné, aigri qu’il était quelques instants auparavant. Son regard bleu clair s’est encore éclairci, ses yeux se sont fait rieurs. Il semble plus enjoué.

Il lui commande une coupette de champagne …



Après avoir bu une gorgée de champagne, Clara semble enfin se détendre. Est-ce déjà l’effet des premières petites bulles, mais elle recule sur son siège, s’adosse au fauteuil d’osier. Enfin elle regarde son "patron". Un regard à la fois tendre, complice. Plein de sous-entendus et d’histoires communes.



Sur ce portrait rapide, elle baisse la tête, rougit et marmonne des protestations.



En prononçant ses mots, Edmée en a profité pour lui poser la main sur la cuisse. Une main parcheminée, aux doigts fins, aux ongles soignés. Il lui pétrit la cuisse, à travers sa gabardine qui s’est ouverte lorsqu’elle a croisé ses genoux. Le froissement de la main sur le tissus fait légèrement remonter la jupe droite sur les cuisse un peu lourdes et gainées d’un bas sombre.

Clara pose sa main sur celle d’Edmée qui malaxe la cuisse, dans un geste à la fois de gêne et de tendresse refoulée.

Entre ces deux êtres, une complicité, une histoire de vie semble être établie …

Monsieur Edmée a compris mon regard, interrogateur, sur ce petit geste anodin qui vient de se passer entre eux.



Et voilà, que sur le ton de la confidence, il commence à s’épancher. Clara l’écoute avec attention, le rouge montant souvent à ses joues un peu grassouillettes et légèrement flétries, sa main serrant de temps en temps celle du vieillard qui reste posée sur sa cuisse.



Sans prêter plus que ça attention aux douces protestations de Clara, monsieur Edmée continue son récit.



Clara, en écoutant le récit de ses turpitudes, baisse la tête, serre la main de monsieur Edmée et semble se mordre les lèvres … Elle a une attitude de petite fille qui est entrain de se faire gronder, qui a honte de ses gestes …



En prononçant ses derniers mots, Edmée pose sa main sur celle de Clara qui n’avait pas quitté sa cuisse et semblait protéger celle d’Edmée qui la lui pétrissait. Le geste est tendre, protecteur. Amoureux. Touchant.

Ils forment un drôle de couple.

Pas vraiment ensemble, mais passionnément attachés l’un à l’autre.

Je comprenais mieux le soulagement qu’avait commencé à prodiguer Clara durant la séance de cinéma. Je comprenais mieux aussi que les habitués n’aient pas tenté de profiter de cette situation, eux aussi. C’était une sorte de rituel, entre l’ouvreuse et le monsieur en fauteuil, eux savaient. Ils savaient que c’était là, un prolongement d’une relation amoureuse, leur vie de couple.

Alors que les deux amants se regardaient, à la terrasse du café, doucement je tire ma chaise en arrière et, sans faire de bruit, je m’éloigne.


En partant, tous les trois pas, je regarde par dessus mon épaule. Ils sont là, côte à côte. Lui sur sa chaise roulante, elle, les fesses sur le bord de la chaise. Ils se regardent. Ils se mangent des yeux. Ils ne se quittent pas du regard.

Cherchent-ils encore un peu de ce bonheur volé dans la salle obscure ? Peut-être, qu’habitués à cette obscurité et à force de la fréquenter, ils ne savent plus comment faire pour vivre au plein jour ?… Peut-être qu’ils sont entrain de se découvrir ?… Peut-être que …, peut-être …

Je repasse devant le cinéma, dont on a tiré les grilles.

Il ne me semble plus aussi triste que tout à l’heure. Bien sûr, sa peinture rouge sombre est écaillée, éraflées, noircie de crasse au niveau des épaules, les marches sont creusées par le passage des pieds mais il a un air pimpant, gai, racoleur. Les hommes passent devant en jetant un regard rapide et oblique vers les grilles fermées. Un ou deux, font demi-tour, certainement des habitués déçus de le trouver fermé. Des femmes passent devant, courbant la tête et l’échine, comme honteuses de devoir affronter ce lieu … Un groupe de jeunes rie bien fort, pour cacher sa gêne et faire croire aux filles qui s’y sont mêlées, que les pornos … Pff ! C’est pour les autres …

Et pourtant, si ils savaient … si ils connaissaient l’histoire d’amour d’Edmée le propriétaire et de Clara, la chic fille !




L’autre jour, par hasard, je suis passé devant le Rex …

Le cinéma a fermé ses portes et un fast-food en verre et acier aseptisé, aux couleurs criardes et racoleuses, s’est installé à sa place. …

En vitrine du fast-food, deux jeunes tourtereaux se roulaient une majestueuse pelle, au vu et au su de tous les passants … Elle, son hamburger dégoulinant entre les mains, se laissait peloter les seins, sous le pull-over… De temps en temps, on voyait sa langue sortir pour faire le tour des lèvres de son amoureux, avec gloutonnerie …

En contemplant cette scène, avec une certaine nostalgie, comme dans un flash back qu’un scénariste n’oserait même pas imaginer, j’ai revu la scène du film que j’avais vu, là, au Rex, avant qu’il ne devienne un fast-food. Comme pour me sortir d’un rêve, j’ai secoué la tête … autours de moi, les passants qui surprenaient aussi cette scène, jetaient de rapides regards, à la dérobé. Ils agissaient alors comme autrefois, lorsqu’ils passaient devant le Rex, avec envie, avec gêne. Mais combien se souvenaient-ils encore du Rex, le ciné porno ? D’Edmée, son propriétaire du Rex et de son ouvreuse, Clara, la chic fille ?