Estelle referma la porte derrière elle et les ténèbres furent.
A tâtons, elle chercha le petit banc et s’y assit en rabattant chastement sa jupe sur ses genoux.
- — Pardonnez-moi mon père parce-que j’ai péché.
- — Ouvre ton cœur à notre Seigneur Jésus Christ, ma fille, et tu gagneras son pardon. Dans la maison de Dieu, le fidèle parle sans crainte. À quand remonte ta dernière confession ? »
Joker ! Ça commençait plutôt mal pour Estelle. Elle avait plus ou moins préparé ce qu’elle voulait dire, mais elle n’avait pas prévu cette question. Elle pensa un instant à inventer un mensonge sur le vif mais elle eut peur que le prêtre ne s’en rende compte et refuse de la croire par la suite. Ce qu’elle avait à dire allait lui coûter un bel effort, et elle ne s’en sortirait pas si elle s’empêtrait dans un tissu de mensonges. Après tout, elle y était, à confesse, et ce serait sûrement sa seule chance. Elle joua le tout pour le tout : « Heu, je ne me suis jamais… confessée, mon père.
- — Ma pauvre fille, mais n’êtes-vous donc pas croyante ?
- — Bien sûr que si, mon père. Je crois en Dieu et en notre Sauveur Jésus Christ, mais je ne pratique que très peu, et… et je ne me suis jamais confessée, voilà, mais…
- — Etes-vous au moins baptisée ? interrompit le prêtre.
- — Oui mon père.
- — La Communion ?
- — Non.
- — Catéchisme, au moins ?
- — …
- — Catéchisme ?
- — Non, mon père.
- — Une quelconque idée du contenu de la Bible ?
- — Les grandes lignes mais, mon père, s’il vous plait, écoutez-moi ! Je promets de me rendre à tous les offices et de me confesser chaque dimanche jusqu’à ce que la mort m’en empêche si, en retour, vous promettez de m’aider.
- — Mettriez-vous des conditions au salut de votre âme ?
- — C’est du salut de mon âme qu’il s’agit. Mon père… il me faut un exorciste.
- — Un exorciste, tout de suite les grands mots ! Calmez-vous donc un peu, ma fille, je ne vois pas ce qui vous permet de dire ça.
- — Je suis possédée par le Démon, mon père, il faut me croire.
- — Ah oui, je vois, bien sûr… c’est évident. Ma fille, nous allons devoir choisir. Soit nous conversons dans un salon entre gens de bonne compagnie, auquel cas nous pouvons disserter sur des sujets dont nous ignorons tout et faire des plaisanteries douteuses, même sur la Religion, soit nous sommes dans un confessionnal et je vous prierai donc de cesser de vous moquer de moi.
- — Mon père, vous devez me croire, je vous en supplie. Je sais que je n’ai pas toujours été une bonne chrétienne. Je sais, souvent j’ai douté. J’ai même cessé de croire, parfois, mais aujourd’hui je sais que Dieu existe et qu’il est tout puissant. Je le sais car je sais que Satan existe, et qu’il est en moi, qu’il me brûle, qu’il me dévore de l’intérieur. S’il vous plait, mon père, vous êtes ma dernière chance. »
Le vieux curé se pencha vers les croisillons de bois de la petite fenêtre pour examiner Estelle un peu mieux. Depuis longtemps, ses yeux s’étaient accoutumés à la pénombre du Placard, comme il l’appelait, et il y voyait presque comme en plein jour.
La curieuse paroissienne portait un chemisier blanc rayé et une sorte de jupe grise ou peut-être bleu foncé. Elle paraissait vraiment à bout. Ses yeux hagards étaient braqués dans le vide, ses épaules rentrées comme si elle grelottait. Elle était brune, très pale, environ vingt-cinq ans, ses cheveux bouclés ramenés sur la nuque en une longue queue de cheval.
Il la trouva plutôt jolie, ce qui ne le mit pas en confiance, mais en tant que prêtre il ne pouvait pas négliger le fait qu’elle puisse quand-même dire la vérité. Et puis il y avait ce je-ne-sais-quoi d’innocence juvénile dans le regard apeuré de la jeune femme, quelque chose… d’angélique. Après une vague hésitation, il l’encouragea à poursuivre : « Très bien, ma fille, expliquez votre cas. Ce n’est sûrement pas aussi grave que vous le pensez, mais je ne vous refuserais pas mon aide. Dîtes-moi ce qui vous fait croire que vous êtes possédée.
- — Et bien voilà, mon père. C’est une longue histoire mais je vais essayer de faire court. Je travail dans une compagnie d’import-export en tant que chargée de mission dans un petit département. Or, notre compagnie vient d’être rachetée par un gros groupe financier, qui a décidé de restructurer notre secteur pour augmenter la rentabilité.
- — C’est la loi du marché, je suppose.
- — Certes, et pour ce faire, ils placent leurs pions aux postes stratégiques. Tous ceux de notre filiale qui espéraient accéder rapidement à de nouvelles responsabilités voient leurs espoirs de promotion reportés aux calendes grecques. Notamment, la maison mère vient de parachuter une nouvelle directrice des ventes qui est un vrai tyran. Adieu le bon vieux boss, place à la harpie ! Cela perturbe toute la chaîne d’ambitions qui se trouve en aval.
- — Je conçois que cela puisse être l’œuvre du Démon, mais pourriez-vous m’expliquer en quoi cela me concerne ?
- — J’y viens, mon père. Cette femme, Inès, la nouvelle directrice, je la déteste. Elle est tout ce qu’il y a de plus haïssable. Hautaine, condescendante, arrogante. Elle nous traite comme des moins que rien, elle est toujours impatiente. Ses remarques les plus anodines sont toujours des coups bas, incisifs ; ses sourires des estocades. Elle ne tolère aucune critique. Elle nous humilie constamment sous prétexte d’augmenter les bénéfices et elle a le soutien inconditionnel de la nouvelle direction. Je la hais, mon père, je la hais !
- — Tu aimeras ton prochain comme toi-même, ça vous dit quelque chose ? Vous péchez déjà par Orgueil, Colère et Envie.
- — Elle est aussi excessivement belle.
- — Alors c’est sûrement une créature du Démon, déclara le prêtre en réprimant un bâillement.
- — C’est hélas la vérité, mon père. Depuis plusieurs semaines déjà, elle a pris possession de mon âme.
- — Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?
- — Elle m’apparaît en rêves.
- — Si sa présence vous insupporte toute la sainte journée, cela n’a rien d’étonnant.
- — Oui, mais cela prend des proportions démesurées. Au début, ça n’arrivait qu’exceptionnellement. Je rêvais que je prenais une douche, par exemple, et qu’elle me regardait. Elle se tenait debout au milieu de la salle de bain à contempler mon corps nu, mais je me sentais obligée de l’ignorer, de continuer à me laver comme si elle n’était pas là. Et elle profitait bien du spectacle.
- — Ce sont là de bien viles pensées, ma fille.
- — Je ne le sais que trop, mon père. Je ne suis pas de mœurs si frivoles que je désire m’exhiber nue devant une autre femme, surtout devant Inès. J’ai tellement honte, vous savez ? Mais que puis-je faire pour contrôler mes songes ? Ce succube m’assaille pendant mon sommeil. Je ne puis lui échapper. Qui plus est, ces rêves deviennent de plus en plus fréquents et réalistes. Le scénario s’affine aussi et semble se préciser. Au fil des nuits, c’est toujours les mêmes personnages, le même décor.
- — La salle de bain ?
- — Non, ça c’était au début. Il y a encore quelques semaines, cela pouvait se passer n’importe où. Dans les bois, dans un cinéma, sur un parking. Elle me regardait ou elle me caressait. Parfois c’était elle qui se déshabillait. Parfois il y avait des hommes ou d’autres femmes. Mais maintenant, ça commence toujours de la même façon : Je suis dans une espèce de construction médiévale. Il y a une cour au centre, avec une sorte de déambulatoire. C’est peut-être un cloître.
- — Et elle aussi, elle est dans le cloître ?
- — Attendez, mon père, j’y arrive, reprit Estelle, soulagée que le prêtre s’intéressât enfin à son histoire. Elle est là mais je ne le sais pas encore. Je marche dans une sorte de couloir infiniment long. Je ne porte qu’une fine nuisette de satin blanc qui m’arrive à mi-cuisses et qui n’est retenue à mes épaules dénudées que par deux fines bretelles. Je sais que je suis nue en dessous à l’air frais qui caresse la peau de mes fesses et au frottement de la fine étoffe sur mes mamelons érigés par le froid
Dans ce couloir, je croise des religieuses qui vont toutes dans l’autre sens, parfois seules, parfois conversant à mi-voix deux par deux. Elles m’ignorent et je ne ressens aucune envie de leur parler. Alors je continue à avancer, comme à contre-courant, flottant légèrement au-dessus du sol et je me laisse porter par un autre flux, d’origine inconnue et que les nonnes ne peuvent pas sentir. Je crois que si je voulais changer de direction, je ne pourrais pas, mais je n’en ai jamais l’intention. Je n’y pense même pas.
- — Ces nonnes vous indiquent pourtant le chemin du Salut, et vous le savez.
- — Comment l’ignorer, mon père ? Mais il me semble que ma volonté a été annihilée. Je me laisse donc emporter par le courant et je me retrouve bientôt dans une petite cave voûtée. Autour de la pièce, le long des murs de pierre suintante, six piliers massifs soutiennent une double croisée d’ogives d’où pendent de longues chaînes terminées par des colliers de cuir. La salle rappelle les terreurs de l’inquisition. Des instruments de torture venus d’un autre âge, tous plus effrayants les uns que les autres, sont répartis méticuleusement en ses quatre coins. Là, je réalise soudain qu’Inès se tient debout au milieu du décor, escortée de deux gardes écossais.
- — Comment savez-vous qu’ils sont écossais ?
- — Le kilt et l’accent de Glasgow. Ça ne trompe pas.
- — Ah, ils sont en tenue folklorique ?
- — Si vous les voyiez comme je les vois, vous ne diriez pas ça. D’abord, ils sont colossaux. Ils mesurent tous les deux bien plus de deux mètres et, si l’on peut accomplir l’exploit d’être à la fois grand et trapu, ces deux monstres y arrivent parfaitement. Leur corps n’est qu’une masse de muscles velue et terrifiante. Ils sont tous deux habillés de la même façon : un kilt rouge et vert, un gros baudrier de cuir grossier croisé sur la poitrine et un heaume de métal noir, comme un masque de fer, scellé à leur tête par de lourds cadenas rouillés.
- — Et Inès, comment est-elle habillée ? demanda le prêtre.
- — Inès ? Bien qu’elle soit plus grande que moi, elle semble toute petite à côté des deux géants. Elle porte des cuissardes de cuir noir très moulantes et une guêpière en dentelle, lacée dans le dos, qui lui serre la taille et soutient fermement ses seins en les maintenant découverts. Son sexe n’est masqué que par un mini string soyeux. Celui-ci laisse deviner la forme humide de ses lèvres et disparaît entre ses fesses.
- — Hum hum…
- — Excusez-moi, mon père, mais ces rêves sont si réalistes qu’a mon réveil, je me souviens de chaque détail, du velouté de la peau du haut de ses cuisses au carmin des aréoles qu’elle offre à ma vue sans aucune pudeur. Son corps est sculptural. Elle est grande, racée, avec des cuisses longilignes et des fesses moulées à la louche. Son visage hautain accuse à peine la quarantaine et elle a ramené ses cheveux en chignon ce qui lui donne un air sévère, mais irrésistible. Ses seins sont de taille moyenne, un peu moins gros que les miens, mais superbement galbés, fermes et tendres à la fois et tendus d’une peau si lisse et si fine qu’ils semblent faits de marbre. »
Nerveusement, le prêtre se pencha de nouveau vers la fenêtre et observa un peu mieux le chemisier d’Estelle. Il semblait empli de rondeurs appréciables mais on en apercevait mal le contenu. Cependant, si l’on suivait la chaînette qui parait le cou de la jeune femme, on découvrait que la petite croix dorée ornant sa gorge était suspendue au-dessus d’une vallée de plaisirs plus ou moins défendus mais terriblement alléchants. Le bouton du haut était dégrafé et on entrevoyait même la naissance d’un sein blanc, gros comme un pamplemousse et difficilement contenu par un fragile bonnet de dentelle.
Mais Estelle arracha le prêtre à sa rêverie en poursuivant : « Elle s’approche de moi et elle me détaille de la tête aux pieds, sans dire un mot. Puis elle me demande de relever ma nuisette. Je ne sais pas pourquoi, mais une force me pousse à lui obéir. J’ai l’impression de lui devoir quelque chose. De lui avoir prêté serment ou d’avoir fait quelque chose de mal et de recevoir une punition méritée, je ne sais pas vraiment. Quoi qu’il en soit, je ne puis ni lui désobéir, ni lui mentir, ni tenter de m’échapper. Alors je le fais. Je me trousse jusqu’à la taille devant elle et les deux gardes, morte de honte. Elle tourne lentement autour de moi. Elle observe mes fesses avec attention. Elle me complimente sur mon sexe épilé…
- — Votre hum… sexe est… épilé ? s’étrangla le prêtre.
- — Oh, je suis désolée mon père, gloussa Estelle en rougissant. Je ne voulais pas vous choquer. C’est mon ex-copain, il disait que… que ça lui plaisait, comme ça. Et puis j’ai conservé l’habitude. Vous savez ce que c’est. Je suis jeune et…
- — Je comprends, interrompit le prêtre, désireux de traiter les problèmes par ordre de priorité. Et ensuite, que se passe-t-il?
- — Ensuite, elle me demande de retirer complètement ma nuisette, car elle veut voir mes gros seins, comme elle dit. Bien sûr, j’obéis sans dire un mot. Une fois que je suis entièrement nue, elle se place devant moi et pose ses mains sur mes hanches. D’un signe de tête, elle ordonne aux deux gardes de se placer à mes côtés.
Ses mains remontent alors lentement le long de mes flancs et viennent soupeser ma poitrine. Elle semble prendre beaucoup de plaisir à déguster ma peau, comme ces papillons dont les organes du goût se trouvent au bout des doigts. Ses ongles sont d’une incommensurable délicatesse. Elle les laisse flotter sur mes seins, ce qui éveille en moi de délicieux frissons. De ses griffes légères, elle m’électrise les mamelles. Elle les pince, sans me faire mal, les tire doucement, puis de plus en plus fort, forçant ainsi les tétons à durcir.
Petit à petit, elle commence à me les maltraiter avec plus de fermeté, comme j’aime tant qu’on me le fasse, comme si elle l’avait senti. Mais elle ne s’arrête pas là. Elle durcit encore le traitement et bientôt elle me les tord et les secoue cruellement de bas en haut jusqu’à ce que la douleur devienne insupportable et que, les larmes aux yeux, je l’implore d’arrêter.
- — Les deux gardes vous maintiennent-ils ?
- — Non. Je crois qu’elle ne les a mis là que pour me faire peur et me conforter dans mon désir de soumission. En fait, pendant tout le supplice, je garde spontanément les mains derrière le dos et je tends ma poitrine vers l’avant pour lui faciliter la tâche, même quand elle me fait mal. Il me semble qu’elle apprécie ma passivité, comme si subir les derniers outrages sans broncher devait être mon unique manière de lui plaire. D’ailleurs, quand elle cesse enfin de me tourmenter, après que je lui aie demandé dix fois d’arrêter, elle parait un peu déçue que j’aie craqué si tôt. Elle braque alors ses yeux gris dans les miens et me demande à brûle-pourpoint si je me suis déjà fait… enculer.
- — Ma fille, vous êtes dans la maison de Dieu !
- — Excusez-moi, mon père. Sodomiser. Mais ce n’est pas le mot qu’elle utilise. Enfin, je lui réponds que non, bien sûr que non. C’est une pratique répugnante et un péché mortel. Alors elle me dit que c’est regrettable car ça serait plus facile si je n’étais pas pucelle.
- — Vous êtes vierge ?
- — Analement, seulement, c’est ce que je voulais dire.
- — Cela aurait été trop beau, pensa le prêtre à haute voix.
- — Pardon, mon père ?
- — Heu… rien. Poursuivez, ma fille. Pourquoi déplore-t-elle votre virginité anale?
- — Je n’en sais rien. Mais elle dit qu’elle va devoir me préparer. Elle me demande alors d’aller chercher un petit tube de crème posé sur une tablette et de le lui donner, puis elle m’ordonne de me retourner, face au mur, et de me pencher en avant. Je pose mes deux mains sur la pierre humide et, du bout de sa botte, elle me force à écarter les pieds. Sa main froide se pose sur mon fessier et me le caresse avec douceur. Je sens qu’elle frôle mon périnée de ses longs doigts agiles et les laisse lentement glisser entre mes fesses, pour me gratter l’anus du bout des ongles…
- — Oh mon Dieu ! Vous imaginez réellement tout ça, ma fille ?
- — Je n’imagine rien. Elle m’impose ce supplice, en rêve, toutes les nuits. C’est un démon, vous dis-je. Elle ne se préoccupe aucunement à mon plaisir. Son unique intention semble être de me faire peur et de m’humilier. D’ailleurs, dès qu’elle sent qu’elle a éveillé ma curiosité anale, elle m’assène une claque sonore sur les fesses qui me fait pousser un petit cri de détresse immédiatement réprimé. Mon sphincter, qui commençait à peine à se détendre un peu, se referme alors en un clin d’œil.
Inès semble très en colère car elle pense que je lui ai menti à propos du crime de Sodome. Elle veut bien croire que je ne l’aurais jamais fait, mais elle est sûre, à ma façon de tendre mes fesses en arrière en me cambrant spontanément, que j’ai envie d’essayer. Elle veut donc que je lui avoue que j’éprouve le secret désir de me faire sodomiser. Comme je refuse catégoriquement, son visage s’assombrit soudain. Un éclair de colère traverse son regard et elle saisit un gros martinet accroché à un clou du mur.
En faisant siffler le fouet près de mes oreilles, elle m’informe qu’elle va être très méchante avec moi si je ne me décide pas tout de suite à dire la vérité, et qu’elle a tout son temps. Mais oseriez-vous confesser si vil péché, mon père ?
- — À une femme ? Certainement pas !
- — Et bien moi non plus. Je reste donc muette. Après une attente interminable pendant laquelle Inès contemple mes fesses charnues en espérant secrètement que je ne parle pas, elle abat le premier coup sur le haut de mes cuisses. La surprise me fait presque tomber à genoux. En tremblant légèrement, je me redresse et reprends ma position.
Le coup suivant est plus fort mais moins précis. Elle visait la raie et touche au coccyx. Alors, sans attendre, le troisième coup me cingle de travers, à pleine vitesse, sur la fesse gauche. Je laisse échapper un cri mais, malgré la douleur cuisante qui me fait vaciller, je me surprends à tendre la droite, comme le conseillait heu… qui déjà ?
- — Personne. Jésus racontait quelque chose d’un peu similaire, mais à propos des joues.
- — Ah bon ? Je dois confondre avec une autre histoire. Je n’ai peut-être pas lu la même version que vous.
- — Je vous recommande l’originale. En tout cas, il semble que, par le biais de vos rêves, vous tentiez de vous punir vous-même pour les désirs pervers que vous inspire inconsciemment cette femme.
- — Mon père, quand je veux voir un psy, je ne viens pas dans une église. C’est plus grave que ça. Je me tue à vous dire que je suis possédée. Je n’ai aucune envie de faire don de mes fesses à cette folle. Sous le fouet, j’endure la douleur si stoïquement que je crois un instant que je vais réussir à lui tenir tête. Mais le combat entre la peau délicate de mes fesses et le cuir tanné du martinet est trop inégal. J’ai peur qu’elle ne me zèbre jusqu’au sang.
Heureusement, elle interrompt parfois la grêle de cuir pour au contraire me flatter subtilement l’entrecuisse. Quand sa main fraîche effleure mes brûlures, je sens ma peau renaître et je peux relâcher ma tension nerveuse. C’est lors d’un de ces moments bénis qu’elle approche lentement sa joue contre la mienne, son souffle dans mon oreille, sa main gauche vérifiant par derrière si je mouille et la droite caressant tendrement le dessous de mes seins. Sa bouche se retrouve à moins d’un millimètre de la commissure de mes lèvres. Elle m’embrasse sur la joue, comme une amie. Je tends ma bouche vers la sienne, mais elle s’écarte imperceptiblement, ses lèvres entrouvertes toujours en suspens à un doigt des miennes, à peine. Lentement, sa main glisse sur ma vulve et soudain, je craque. Les yeux embrumés, je lui murmure ce qu’elle veut entendre.
Elle éclate alors de rire en me traitant de gouine et reprend immédiatement ses distances.
- — Oh ! la perfide ! S’exclama le prêtre qui pensait ne pas connaître pire insulte.
- — Elle m’intime aussitôt l’ordre de plier les genoux et de bien me cambrer, de façon à être mieux équilibrée et pouvoir me passer de mon appui au mur. Selon elle, je vais avoir besoin de mes deux mains pour maintenir mes fesses écartées. Quand elle est enfin satisfaite de ma position, elle pose une grosse goutte de crème froide sur mon œillet. Elle étale ensuite la crème dans toute ma raie en insistant sur ma collerette et enfonce parfois le bout de son doigt pour me lubrifier aussi l’intérieur.
Quand ses phalanges, en ces occasions, forcent ma barrière anale, je réalise la porté de mes dernières paroles. Mon corps tout entier s’insurge contre cette intrusion, mais j’ai beau essayer de fermer mon anneau, le doigt vaseliné parvient toujours à passer, toujours plus profond. Toute résistance semble vaine.
Au moment où elle estime que je suis prête pour la suite, elle applique doucement l’embout ouvert du tube de vaseline au centre de ma rosette luisante et presse dessus d’un coup sec. Je sens la crème huileuse m’emplir brutalement le rectum et découvre alors une sensation inouïe, comme le rugissement croissant d’une avalanche de stupre sur le point de dévaster mes entrailles. C’est ce pressentiment qui fait que, subitement, je me sens capable d’engloutir n’importe quoi par « là ». Mon corps tout entier appartient à cette femme, à présent, sans autre condition que la prolongation ininterrompue de ce plaisir déchirant et insensé.
Lorsqu’elle me remet ensuite un doigt, sans douceur, je ne cherche plus du tout à contracter mon anus et à l’empêcher d’entrer mais je m’ouvre au contraire au maximum, pour quelle comprenne par l’intérieur que je renonce à mes droits.
- — Vous capitulez bien facilement. Etes-vous vraiment sûre de ne pas en avoir très envie, au fond de vous-même ? Pourquoi n’éprouvez-vous aucun désir de rébellion ?
- — Ce n’est pas si facile, mon père. D’une certaine façon, je suis encore endormie. Une partie de moi-même est incapable de réagir. C’est pourquoi, une fois encore, j’obéis docilement lorsqu’elle m’ordonne de m’allonger sur une longue table basse, sur le dos et les bras tendus au-dessus de la tête et que je me laisse faire alors qu’elle m’attache les poignets avec une petite cordelette de cuir et les tire brutalement en arrière. Mes jambes sont libres mais mes fesses reposent à peine au bord de la table.
Inès se dirige ensuite vers une étagère et en ramène une petit chaîne chromée munie de deux pinces métalliques. En fixant mon regard d’un air n’autorisant aucune contestation, elle pose les pinces sur les bouts de mes seins, une par une. La morsure du métal me fait crisser des dents. Inès se redresse et me contemple un instant en arborant son sourire le plus narquois. J’ai l’impression qu’elle va me cracher au visage mais, en se déhanchant, elle enlève son petit string qu’elle jette au loin et monte sur la table pour placer ses talons de chaque côté de ma tête.
Elle s’accroupit alors sensuellement au-dessus de mon visage, en faisant onduler son bassin et en s’écartant les fesses à pleines mains. Son petit anus froncé semble palpiter d’une impatience toute féminine alors qu’elle le dirige lentement mais inexorablement vers ma bouche. Lorsqu’elle l’écrase enfin sur mes lèvres de vaincue, elle me conseille de m’appliquer à la lécher correctement car cela m’aidera, paraît-il, à encaisser ce que je vais me prendre dans le cul.
- — Ma fille, je vous ai déjà dit de surveiller votre vocabulaire ! Dieu vous écoute. Si vous espérez sincèrement une quelconque rédemption, il serait avisé de ne pas Le mettre de mauvais poil dès le départ. Vous pouvez tout de même raconter votre histoire sans sombrer dans la vulgarité. Cela n’en sera que plus agré… heu, tolérable à Ses oreilles.
- — C’est pourtant exactement ce qu’elle me dit. Je n’emploierais jamais ce mot dans d’autres circonstances, mon père. De toute façon, quelle que soit la façon dont elle le demande, je ne peux qu’obéir. Je commence donc à la lécher du mieux que je peux, en pensant à comment j’aimerais qu’une bonne amie me le fasse.
- — Ah bon ? Vous aimez ça, finalement ?
- — Non, enfin si j’étais lesbienne, je suppose. Je ne sais pas très bien. J’essaye de m’imaginer ce qu’elle ressent. Je fais de mon mieux pour la servir avec dévouement, en quelque sorte. Sans qu’elle ne me le demande, je tends ma langue vers l’avant pour cueillir les précieuses gouttes de rosée qui perlent à l’orée de son vagin, mais je pourlèche également son petit trou car je sens que cela lui procure énormément de plaisir. Elle semble extrêmement sensible du … heu, du derrière, mon père, et elle apprécie que je fasse l’effort d’enfoncer ma langue le plus profond possible.
Soudain, mon visage toujours enfoui entre les douces fesses d’Inès, je me rends compte de l’intrusion d’un des deux Ecossais entre mes genoux et qu’il vient de me saisir par les chevilles pour relever mes jambes. Je ne peux rien voir mais je sens rapidement son gland glisser le long de ma raie vaselinée et commencer à pousser contre mon anus.
- — Est-il proportionné au gabarit du bonhomme ? laissa échapper le prêtre.
- — Démesuré. Je ne peux pas le voir mais je sens mon sphincter hurler sa désapprobation alors que l’énorme nœud force mes voies impénétrables millimètre par millimètre. Enivrée par le fascinant spectacle de ma souffrance, Inès s’excite de plus en plus. Ses doigts s’activent avec dextérité sur son clitoris et elle presse son anus toujours plus convulsivement contre mes lèvres béantes. Elle m’attrape par les mollets et tire mes jambes vers elle. L’homme en profite pour pousser plus fort et son gland franchit bientôt d’un coup ma frêle barrière de chaire élastique, m’arrachant un petit cri de surprise, puis un long soupir de soulagement. Le plus gros vient de passer. Le contraste avec la douleur ressemble à une vague de plaisir. Il continue alors à avancer, lentement, mais la pénétration est maintenant nettement plus tolérable, voire même… agréable.
- — Vous y prenez donc du plaisir ?
- — Merveilleusement, mon père, c’est inimaginable. Je l’accepte parfaitement en moi et mon anus se relâche tout seul pour le laisser me pénétrer jusqu’au bout. Quand ses grosses cou… heu ses grosses choses, quoi, viennent butter contre mes fesses, j’ai l’impression que son gland me fouille jusqu’au milieu du ventre. Il commence alors à me bourrer lentement et ma poitrine se soulève à chaque pulsation.
Inès a d’ailleurs saisi la chaîne et tire dessus nerveusement tout en m’encourageant à la lécher plus fort. Ma langue frétille de son clitoris à son anus depuis un quart d’heure et je m’enivre avec gourmandise du capiteux mélange qu’elle laisse couler dans ma bouche, mais j’essaye de m’activer avec encore plus de ferveur.
Une onde de choc se profile alors à l’horizon de mon plaisir anal. L’homme, s’en rendant compte, accélère et se met à respirer plus fort sous son masque. J’ai tendance à remuer les fesses pour le faire entrer plus profondément mais il m’attrape par les hanches, m’empêche de bouger et commence à me pistonner de toute sa puissance. À ce rythme là, il me transforme rapidement les tripes en purée. Mon ventre n’est bientôt plus qu’une outre de liquide bouillonnant, d’entrailles en fusion, une baudruche pleine à craquer, ballottée au rythme du pilonnage infernal et sur laquelle je n’ai aucun contrôle. Je sens que je vais exploser mais Inès me tire violemment par la chaîne pour m’en empêcher et, juste à ce moment là, l’homme se cambre et me plante jusqu’à la garde en hurlant, pour farcir ma panse de brebis égarée avec au moins un litre de sperme brûlant.
- — Arrgh ! Il est vraiment gros, n’est-ce pas ?
- — Il est énorme, et je m’en rends mieux compte maintenant qu’il s’extirpe de mon… mon fondement et qu’Inès se relève, satisfaite d’avoir fait échouer ma défloraison anale. La bite du garde est grosse comme un rouleau à pâtisserie. J’ai l’impression d’avoir subi un lavement. Je sens que mon anus est encore béant et, même si mon sexe également est affamé, j’ai encore envie de me faire sodomiser, plus fort, plus longtemps, frustrée qu’Inès m’ait volé mon orgasme. Alors que l’homme s’éloigne en s’essuyant la verge dans son kilt, je garde les jambes en l’air en gémissant comme pour inviter son collègue à prendre sa place au bord de la table. Mais ma maîtresse ne l’entend pas de cette oreille.
- — Et pourquoi pas ? interrompit le prêtre, manifestement déçu.
- — Parce-qu’elle a d’autres projets pour moi. Elle me fait asseoir sur le bord de la table et m’observe à nouveau. Je serre les fesses pour ne pas que le sperme encore chaud ne s’écoule sous moi. Elle m’enlève les pinces et, pendant quelques instants, la douleur est pire que jamais. Elle à l’air satisfaite des marques rouges sur les bouts de mes seins et du fait que je conserve le regard baissé. Puis elle s’accroupit devant moi et me relève le visage d’un doigt passé sous mon menton. Elle semble contempler mes lèvres, avec un petit sourire vicieux qui me fait comprendre qu’elle repense aux plaisirs raffinés que cette jeune bouche vient de lui procurer, puis elle me demande si j’aime aussi sucer les verges des garçons…
- — Et bien ?
- — Alors, vous savez que je ne peux pas lui mentir, même si je le voulais, et que je ne le souhaite même pas. Je lui avoue donc la vérité.
- — C’est à dire ?
- — Que j’adore ça.
- — Je vous en prie, Mademoiselle, mettez-y la forme.
- — Je lui décris minutieusement à quel point j’aime poser ma main sur la braguette d’un homme et sentir sa queue durcir sous mes caresses. Comment ce simple contact me fait toujours venir l’eau à la bouche. Comment j’aime faire jaillir de son slip et décalotter une belle sucette brune. Je lui explique que j’adore regarder un garçon dans les yeux quand je prends son sexe en bouche et que je suis experte à faire courir ma langue sur les points les plus sensibles d’un gland humain. Enfin, je lui avoue que je suis folle du goût du sperme et que, depuis mon adolescence, j’adore avaler les lampées floconneuses des garçons que je fais jouir dans ma bouche…
- — Même si cette queue sort juste de votre vagin ?
- — Hum… heu, oui. Oui, mon père. Même si elle sort de mon hum… vagin. Peut-être même du vagin d’une autre femme.
- — Ahhh ! Oui… je vois… Inès doit être ravie d’entendre ça. Continuez votre histoire, ma fille, et n’oubliez… argh… aucun…détail.
- — Vous pensez qu’il en va de mon Salut ?
- — Indubitablement.
- — Alors je vais essayer de ne rien omettre. Evidemment, ma réponse comble Inès d’enthousiasme. Elle m’annonce alors qu’elle me réserve un petit plaisir, mais que je vais devoir le mériter. Elle me demande de choisir moi-même une position pour qu’elle puisse me fouiller correctement l’anus au plus profond.
- — En levrette !
- — C’est exactement la position qui me vient à l’esprit ! Je m’agenouille donc sur la petite table et je me penche en avant jusqu’à poser ma joue sur le plateau de bois patiné, en gardant les fesses bien en l’air. Inès se place de côté et, d’un doigt rapidement planté, vérifie que mon trou est encore ouvert et parfaitement lubrifié par l’abondante semence du garde.
C’est bien simple, je déborde. La simple pénétration du doigt fait refouler vers ma raie une partie de la masse liquide, qui s’écoule rapidement sur la table pour former trois grosses tâches laiteuses. Inès m’informe que je devrais nettoyer mes cochonneries quand la séance sera terminée, mais elle ajoute un deuxième doigt au premier, ce qui libère encore plus de sperme. J’ai honte de salir et c’est le rouge aux joues que je gémis de plaisir lorsqu’elle enfonce un troisième doigt.
- — Alors j’imagine qu’encore plus de… sperme s’échappe et vous savez que vous devrez nettoyer la table avec… avec votre… langue, n’est-ce pas ?
- — Oui, mon père, oh… ce serait si … humiliant mais si… diablement… excitant! Et elle me travaille aussi tellement bien l’anus. Ah… je sens que ça vient ! A chaque fois qu’elle force, je m’ouvre un peu plus. Oh ! C’est si bon, mon père ! Si vous saviez ce que je ressens. Le plaisir de laisser ses magnifiques doigts coulisser sans effort dans mon cul défoncé. Elle ajoute l’auriculaire, puis le pouce vient rejoindre ses quatre frères. Alors, elle fait pivoter lentement sa main et l’enfonce par petits mouvements très doux dans ma collerette qui s’épanouit enfin complètement en recrachant toujours plus de foutre. Mon sphincter va abandonner, je le pressens, et elle va passer entièrement. La pénétration se fait moins confortable quand les os de son poing forcent leur passage mais je pousse un cri de bonheur lorsque que mon cul avale enfin sa main entière et que mon anneau se referme d’un coup sur son poignet délicat.
- — Arrrgh ! Tu te fais mettre un poing dans le cul par cette garce…
- — Et je prends ça comme une princesse au soir d’un mariage arrangé, mon père, avec dignité, les fesses bien hautes et offertes sans condition, en roucoulant complaisamment. Satisfaite, Inès m’accorde alors ma récompense. Le deuxième Ecossais vient se mettre devant moi et révèle son kilt. Sa queue est aussi énorme que celle de son clone mais cette fois je la vois de très près. Il bande déjà comme un minotaure et se masturbe à deux doigts de mon visage.
- — Suce-le !
- — J’entrouvre à peine les lèvres, mais il y fourre sa bite en forçant le barrage de mes dents. Je passe alors ma langue sur son gland et y découvre ce goût fort et musqué qui m’écœure et me grise tout à la fois. Une fois que j’ai commencé à téter un gros bourgeon, je ne peux jamais m’arrêter avant d’avoir dégusté quelques chaudes gorgées de miellat et l’homme semble l’avoir compris. Il me laisse alors m’appliquer, tandis qu’Inès me bourre le fion avec une passion croissante.
- — H…h…h…h…h…h…h…h…
- — Elle me dit que je suce bien, que l’on sent que j’aime ça. Elle ajoute qu’elle autorisera l’homme à juter quand j’aurais moi-même atteint l’orgasme sous la pénétration de son avant-bras entier. Collée comme une ventouse à l’énorme bite qui me bourre la gorge et en repensant à la colossale giclée que l’autre garde m’a déversée dans le cul, je ne peux qu’acquiescer. Elle entreprend alors de faire aller et venir son poing de plus en plus profond tout en m’assenant de violentes claques sur le cul chaque fois que je fais mine de protester.
- — Oh oui… petite pute… vas-y !
- — C’est alors que je jouis, mon père, je jouis comme une bête. Je bave sur la bite et je commence à hurler mais l’homme me prend par les cheveux et se branle vigoureusement en se replantant entre mes lèvres. Il éjacule presque immédiatement. J’essaye d’abord de tout avaler au fur et à mesure que ça arrive mais il y en a trop et ma bouche distendue déborde de foutre gluant. Je continue pourtant à en boire le plus possible jusqu’à ce qu’une explosion de plaisir anal tétanise d’un coup tout mon corps. Comme je manque d’avaler son sperme de travers et d’étouffer, l’homme se retire de ma bouche souillée et me balance encore trois grosses giclées en travers du visage.
- — Ah putain…tu suces des bites…Jésus… Marie… salope…tu te fais enculer… argghh… ohh
- — C’est souvent à ce moment là que je me réveille, mon père. Toujours en sueur, parfois surprise de ne pas trouver de traces de sperme sur mon menton, en général avec le majeur profondément planté dans l’anus, et je me branle le cul jusqu’au matin. Que puis-je faire pour mériter le pardon du Christ ?
- — Ahhhh oh ouiiii… soit… bénite entre… toutes…toutes les femmes … h… h…
- — Oh mon père, je ne pense pas que ce soit mérité. Je pensais plutôt à une sorte de pénitence, peut-être…
- — Et bénites soient… tes entrailles…
- — Amen.
- — Salope…AaaaaaaaaAAAAARGGHHH !
- — Mon père ?
- — …
- — Mon père, vous allez bien ?
- — Oui, ça va… ça va mieux. Beaucoup mieux, merci. Merci. Merci.
- — Mon père, ne me remerciez pas. Je n’ai fait que confesser mes offenses. Que me conseillez-vous de faire ?
- — Ton sort est à présent entre les mains de notre Seigneur, ma fille, mais sache qu’il te jugera avec bienveillance. La confession devrait normalement soulager ta peine mais, si ces rêves continuent à te harceler, reviens me voir la semaine prochaine et nous en reparlerons.
- — C’est tout ?
- — C’est tout ce que je peux faire pour l’instant. Va, va en paix, ma fille. »
Estelle se leva et sorti du petit confessionnal. Dans la lumière grise de l’église, elle marcha rapidement vers la grande porte de la nef sous le regard réprobateur des trois grenouilles de bénitier qui attendaient pour la confession.
Une fois sur le parvis, elle sortit le petit dictaphone qu’elle gardait dans son sac à main et appuya sur le bouton Rewind. L’appareil émit le couinement caractéristique de la bande magnétique lue en retour rapide, comme s’il essayait de prononcer «zigouigoui » en verlan. Puis Estelle porta le boîtier à son oreille pour s’assurer de la qualité de l’enregistrement :
« …toutes…toutes les femmes … h… h…
- — Oh mon père, je ne pense pas que ce soit mérité. Je pensais plutôt à une sorte de pénitence, peut être…
- — Et bénites soient… tes entrailles…
- — Amen.
- — Salope…AaaaaaaaaAAAAARGGHHH !
- — Mon pè… - CLICK ! »
Parfait ! Peut-être pas recevable devant un tribunal mais largement suffisant pour un pari entre amies. Après tout, on avait vu des « preuves » bien moins crédibles présentées devant les Nations Unies. C’est sa copine Marjorie qui allait être bien gentille maintenant. Estelle avait gagné son pari et Marjorie lui devait à présent un super restau. Ça lui apprendrait à lui lancer des défis idiots. Les prêtres sont tous pédés ou impuissants et même elle, Estelle, Reine des Garces toutes catégories, n’était pas capable d’en faire jouir un et d’en rapporter la preuve. Ah, ah ! Ridicule. Marjorie s’était sûrement imaginé qu’Estelle serait obligée de coucher avec un prêtre pour gagner, mais Estelle était plus futée que ça et elle ne « couchait » que si ça pouvait lui rapporter quelque chose.
D’ailleurs, à ce propos, Inès existait vraiment et était réellement la nouvelle directrice, mais son tempérament était bien moins tyrannique qu’Estelle n’avait bien voulu le présenter. C’était une femme aimable et très douce, mariée, deux enfants, très compétente mais qui affirmait difficilement son autorité. Elle représentait aussi le plus bel espoir de promotion rapide pour Estelle. Cette dernière savait parfaitement qu’elle serait capable de séduire Inès d’une manière ou d’une autre, même si cela signifiait faire sauter de sérieux tabous chez cette femme bourgeoise et certainement un peu coincée. Une fois la directrice dans son lit, les arcanes de la direction générale n’auraient pour elle plus de secrets et elle saurait en profiter au maximum.
En remontant dans sa voiture, elle détacha ses cheveux et ôta la petite chaîne en or que lui avait offerte sa marraine il y avait presque trente ans. En se regardant dans le rétro, elle se trouva mignonne, sans maquillage, mais pas question de sortir ce soir sans peintures de guerre. Elle arrangerait ça plus tard, se dit-elle. Il lui restait encore à passer se changer et à choisir le restaurant le plus cher de la ville. Elle pouffa en imaginant la tête de Marjorie quand elles écouteraient la bande toutes les deux. Elle pensa, amusée, qu’un décolleté plongeant, quelques rudiments de psychologie masculine et une bonne dose de culot étaient des armes redoutables entre les mains d’une jeune fille sans scrupules mais fraîche et avenante, à qui on donnerait le bon Dieu sans confession.