| n° 08361 | Fiche technique | 8264 caractères | 8264Temps de lecture estimé : 5 mn | 31/12/04 |
| Résumé: Sarah prépare l'arrivée de son amant Rodolphe | ||||
| Critères: fh volupté pénétratio | ||||
| Auteur : Arobase Envoi mini-message | ||||
Rodolphe venait d’entrer. Il se tenait là, immobile, comme frappé de stupeur. Meublée avec goût et de façon moderne la pièce, de dimension généreuse, était organisée autour d’un vaste canapé central sur lequel Sarah l’attendait nue, à genoux. Trouant la pénombre, le faisceau d’une lampe basse tension dessinait son corps avec netteté dans une flaque de lumière. Rien de cela n’était dû au hasard.
Ensemble depuis quelques semaines, ils connaissaient ce bonheur exclusif des couples récents, avant le temps des premiers compromis. Moment privilégié et sans partage où la fusion des amants érotise tous les actes de la vie. Dès l’instant où Rodolphe l’avait laissée ce matin, engourdie de volupté et le sexe encore palpitant de leur dernière étreinte, elle n’avait eu de cesse de préparer leurs retrouvailles. Son appétit de plaisir lui semblait insatiable et toute la journée son imagination avait galopé, anticipant la soirée qu’elle avait décidé de bâtir avec soin. Petit à petit son projet prit forme.
Décidant de rompre avec le schéma classique de leurs échanges, elle voulait le saisir, le stupéfier pour gommer la transition entre l’homme conscient, policé et l’être animal, esclave de ses pulsions. Elle avait imaginé la façon dont elle voulait qu’il s’approchât puis s’emparât d’elle. Dans l’heure qui avait précédé son arrivée, elle avait fait dix fois le trajet du vestibule au salon pour choisir le meilleur lieu. Il serait là, exactement à l’endroit où il se tenait, et il la découvrirait telle qu’elle apparaissait maintenant.
Il serait en elle immédiatement, il la transpercerait. Elle voulait qu’il en soit ainsi. À chaque «essayage» du tableau qu’elle avait décidé de composer, elle avait senti monter le désir en effluves tendres et chauds. Elle avait cru sentir son souffle sur sa nuque. Il l’enlaçait, se penchait vers elle, attrapait son visage des deux mains et unissait leurs bouches dans un baiser généreux et ardent. À chaque fois, par la seule vertu de son imagination, elle avait ressenti en fermant les yeux le coulissement brûlant du brandon écartant sans ménagement les tissus délicats. Mais elle avait résisté avec héroïsme aux bouffées de plaisir qui l’assaillaient. Le souffle court, elle s’arrachait in extremis à sa rêverie au moment où elle sentait ses pulsions intimes prêtes à la submerger.
A force de rejouer ce scénario, elle était parvenue à un état d’érotisation extrême, tel un nuage d’orage saturé d’électricité ; elle se sentait oppressée dans sa poitrine, la peau à vif et le sexe liquide comme une mangue juteuse, traversé d’ondes délicieuses et douloureuses à la fois. Ce refoulement périlleux, ce désir entretenu à fleur de sexe faisaient aussi partie de son plan. Elle avait décidé que tout irait très vite mais elle ne voulait pas d’un viol. Elle devrait donc être prête, vibrante, dilatée à l’instant même où il la découvrirait.
En dépit de cette urgence préméditée, elle tenait à jouer de tous les ingrédients de la séduction féminine pour que le désir qui monte en lui soit absolu, vrai, pur. Mais elle savait que sa parade serait condensée, concentrée en un instant d’éternité et que l’énergie qu’elle déclencherait serait hors du temps, primaire, explosive comme l’univers au moment du Big Bang. C’est pourquoi elle mettait tant de recherche dans sa composition. Ce que la brièveté du temps ne pourrait créer, elle comptait sur l’esthétique pour le susciter. Elle voulait le toucher par la grâce des courbes et des galbes, l’émouvoir par la beauté sinueuse de ses hanches et de ses reins, qu’il éprouve ce mélange trouble d’appétit masculin et de réminiscence enfantine qui saisit tout homme devant le miracle d’un sein. Mais il fallait également qu’il ne puisse pas se dérober, ni être tenté par un corps à corps plus progressif. L’invite devrait donc être radicale et sans ambiguïté. Pour cela il fallait qu’elle fût provocante, femelle même, mais pas choquante, ce qui aurait pu l’inhiber.
Hésitant quelques temps entre la nudité absolue et un déshabillé plus subtil, elle choisit finalement la première solution. Elle avait multiplié les postures, jugeant de son effet dans la glace en pied qu’elle avait momentanément disposée en face du canapé. Tantôt allongée, tantôt debout, de profil, de face ou de dos, penchée ou cambrée, tour à tour pudique ou effrontée, lisse ou plissée, sinueuse ou étalée, recroquevillée ou offerte, elle s’était appliquée à choisir la pose la plus à même de créer ce choc émotionnel qu’elle voulait susciter.
« Trop passive » avait-elle pensé en se contemplant alanguie et offerte sur les coussins, une jambe repliée et un bras sous sa chevelure. Le feu aux joues, elle avait également renoncé à se tenir assise les jambes ouvertes avec ses deux mains exhibant ostensiblement son intimité. Jugeant cette attitude trop vulgaire, elle avait néanmoins esquissé un sourire nimbé d’une lueur perverse à la vue obscène de ses chairs roses et compliquées : « pas pour l’accueillir… ce sera pour plus tard » s’était-elle dit.
Elle finit par se décider pour une posture de trois-quarts arrière par rapport à son angle d’arrivée, qui lui semblait répondre à l’ensemble des critères qu’elle s’était fixés. Elle serait à genoux sur le canapé, appuyée sur le dossier, les cheveux artistiquement décoiffés, attachés sommairement pour dégager sa nuque qu’elle savait gracieuse. Son buste à demi tourné vers lui mettrait en valeur le profil émouvant de sa mamelle pleine et pendante. Elle présenterait à Rodolphe sa croupe cambrée, offerte, les jambes suffisamment écartées pour que la vision de sa vulve émergeant sous le sillon fessier s’impose à son regard de mâle, mais pas trop, pour que demeurât la part de mystère qui rendrait irrépressible le besoin de la conquérir. Avec minutie elle déplaçait son bassin centimètre par centimètre pour juger du travail de la lumière sur sa peau, de l’effleurement des ombres sur les pleins et les déliés de son corps, de l’accentuation du secret de ses plis.
L’élément essentiel de cette mise en scène demeurait le visage. De lui seul pouvait émaner la force du désir immédiat contenue dans ce corps exhibé mais immobile. Elle le savait et maintenant qu’il était là, elle le regardait en oblique avec une intensité fiévreuse. Elle le provoquait avec une assurance absolue. Elle avait tant désiré cet instant qu’elle se sentit soudainement traversée d’énergies mystérieuses remontées du tréfonds de son être. Les dix secondes qui suivirent lui parurent les plus longues de sa vie.
Rodolphe n’eut pas le temps de penser. La première chose qu’il ressentit fut de la joie. Une joie immense. Puis il fut submergé par des émotions trop violentes et trop complexes pour qu’il les analyse. Avec une brutalité soudaine, ce trop-plein exulta dans sa virilité. Son érection le tordit en deux. En un instant il fut nu. Sarah n’en pouvait plus d’attendre. Lorsqu’elle le sentit à quelques centimètres, elle recula son derrière pour le supplier. Il la comprit d’instinct. Son sexe se cabra, son regard chavira. Il ne voyait plus que les deux globes de chair et le sillon qui s’offrait à lui. Il s’enfonça sans hésiter.
Elle fut saisie de frissons en sentant glisser la tige de chair. Des ondes exquises la firent gémir lorsqu’il se mit imprimer un mouvement ondulant à son bassin au rythme de ses poussées. Se sentant prête à exploser, elle se mit à se trémousser ardemment sur le pieu de chair jusqu’à déclencher chez lui les premiers spasmes annonciateurs. Au moment où il jaillit en elle, un orgasme sauvage la disloqua littéralement dans un déchaînement de convulsions, libérant enfin l’incroyable tension condensée au fil des heures précédentes.
Dans un long gémissement, elle se mit à pleurer.