Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 08207Fiche technique10936 caractères10936
Temps de lecture estimé : 7 mn
02/12/04
Résumé:  L'amour inattendu entre deux jeunes filles que tout sépare
Critères:  ff couleurs copains amour volupté intermast
Auteur : Denis      
Naïma et Alice


Dieu voulut qu’Alice et Naïma eussent leur premier rapport sexuel un soir de novembre.


Elles n’étaient pas prédestinées à l’amour physique entre filles. Jusqu’à ces dernières semaines, elles n’étaient pas spécialement amies, loin de là, je dirais plutôt qu’elles avaient choisi de s’ignorer, c’était mieux comme ça. Aux yeux de Naïma, qui était en terminale, dans la même classe, Alice était une petite bourgeoise décadente. Aux yeux d’Alice, Naïma n’était presque rien, sinon une fille qui s’était laissée embobiner par la religion, et qui était tout le contraire de la jeune femme active et libre qu’elle tentait d’être. Alice avait de nombreux amants, elle habitait avec sa famille une coquette maison des beaux quartiers de Rosni. Elle sortait tous les samedis soir, la plupart du temps, à Paris, dans des rallyes ou des boîtes branchées. C’était plutôt une belle fille, brune et bien sapée, dans des jeans et des tennis à la mode, une parka militaire, et l’air latine, par les mèches de sa coupe de cheveux. Elle n’avait aucun mal à tomber les garçons qu’elle consommait sans modération. En classe, le lundi, elle racontait à ses copines, un petit groupe de filles du même milieu, mais plus sages, ses aventures du week-end.


A l’écart, Naïma souffrait d’entendre ces conversations. Elle n’était pas jalouse, croyez-moi, mais dégoûtée. Elle n’avait pas de copain et ne souhaitait pas en avoir. La seule histoire qu’elle avait eue avait causé un tel scandale avec ses frères qu’elle avait préféré y mettre fin d’elle-même. Elle s’était mise à porter le voile, de sorte que les garçons de la cité lui fichaient désormais la paix. Elle rêvait d’une grande et belle histoire d’amour, mais loin des contes et des salles de cinéma. Avec sa carte UGC, elle allait tout voir, sauf les films d’action trop violents. Elle aimait les comédies romantiques. Elle avait peu de copines. Des filles sérieuses. Elle ne voulait pas de celles qui se faisaient traiter de putes et qui allaient se faire draguer en boîte, le samedi soir, avant d’être déshonorées ensuite au Formule 1 du coin. Tout cela n’empêchait pas Naïma d’être une fille sublime. Si seulement elle avait porté autre chose que des blouses sur ses jeans et le voile sur ses longs cheveux ! Naïma habitait une cité du Blanc-Mesnil avec sa nombreuse famille. Donc, tout le contraire d’Alice. Mis à part l’agacement que Naïma pouvait éprouver le lundi matin, quand Alice faisait la pouffe avant le début du cours, elles ne se croisaient jamais, et chacune vivait dans un monde étanche à celui de l’autre.




Le jour où Naïma a commencé à vouloir mettre son voile en classe, ça a été un tollé général. La prof principale a refusé de faire cours devant une Naïma couverte. Elle a été convoquée chez le proviseur et, séance tenante, priée de ne plus assister aux cours et obligée d’aller en permanence jusqu’à nouvel ordre, c’est-à-dire jusqu’à ce que le conseil d’établissement ait ratifié son exclusion. Une formalité en France, depuis septembre. Chez les élèves, il y avait deux camps. En gros, le camp d’Alice, les Français et les républicains, de l’autre celui de Naïma, les rebeus et les rebelles au système. Mais, à part gueuler, personne n’a rien fait quand Naïma a été exclue du lycée. Personne sauf Alice. Alice l’a appelée plusieurs fois mais s’est faite jeter sans ménagement. Sans se décourager, elle lui a alors régulièrement envoyé les cours en lui disant de ne pas abandonner, qu’elle pouvait passer le bac par correspondance, qu’il ne fallait pas baisser les bras. Elle a même essayé de passer chez elle, et Naïma l’a entendue se faire vanner en bas de l’immeuble, par les mecs de la cité. Naïma ne voulait rien devoir à une fille comme ça. Mais elle lisait les cours et travaillait, bien décidée à décrocher son bac à la fin de l’année.


A la mi-octobre, elle reçut un paquet de copies envoyées par une autre élève, qui expliquait qu’Alice avait des problèmes et ne pourrait plus lui envoyer ses cours. Naïma éprouva alors du remords. Elle tenta de joindre Alice sur son portable, mais ça ne répondait pas. Elle téléphona alors chez ses parents qui lui apprirent qu’Alice avait été obligée de quitter le lycée, sans vouloir lui en dire davantage. On demanda qui elle était et, quand Naïma l’eut dit, la mère voulut bien donner le numéro d’Alice, en disant : « elle sera contente de vous entendre ». Effectivement, elle fut très heureuse d’entendre la voix de la jeune fille. Elle ne voulut pas dire ce qui lui était arrivé. Non, non, tout allait bien. Tout allait bien, mais elle avait la voix brisée, pas du tout l’Alice triomphante que Naïma aurait préféré entendre. Naïma insista beaucoup pour qu’Alice accepte de la rencontrer.




Elles se virent le 20 octobre dans un café à Odéon. Naïma fut stupéfaite de découvrir une Alice au visage décomposé, mais surtout fagotée d’un vulgaire pull et d’un vieux jeans. Alors, immédiatement, elle comprit, et Alice sut que Naïma avait compris, et qu’elle aussi avait vécu ce qu’elle avait vécu, et il n’y eut soudain plus de différences entre elles. Toute l’après-midi, elles parlèrent et, le soir, Naïma accepta de rester dormir dans le studio que les parents d’Alice lui avait loué, à proximité de son nouveau lycée. Elles étaient devenues en l’espace d’une après-midi plus que des amies intimes. Elles se mirent au lit et ce fut presque une évidence de s’enlacer et de se serrer, de se manifester toute la tendresse qu’elles avaient soudain l’une pour l’autre… et de l’assouvir…


Aucune des deux n’avait jamais eu ce genre de désirs et pourtant ce fut l’évidence. D’abord un long et passionné baiser. Un serrage des corps pressés, cheveux emmêlés, dans la touffeur du lit, les vêtements de nuit qui se collent et s’humidifient, les amies cherchant impatiemment des coins de nudité à frôler. Le long et passionné et amoureux et tendre baiser. Les langues qui caressent les lèvres, les lèvres qui s’échauffent, aspirent le menton, le nez, l’odeur de la salive de l’autre qui reste en suspens, les yeux qui se cherchent et entretiennent le feu.


Les mains d’Alice écartaient les cheveux de Naïma : que tu es belle, mon amour. Que tu es belle et splendide et combien je te désire. Ô combien je te désire chantaient ses yeux au contact du merveilleux et langoureux regard éperdu de la jeune femme. Elles s’embrassèrent longtemps et ne firent pas grand-chose d’autre jusqu’à une heure avancée de la nuit. Ce n’est pas qu’elles n’osèrent se déshabiller, elles n’y pensaient pas. Je l’ai dit, elles ne répondaient pas à un désir lesbien longtemps entretenu par le fantasme. Elles répondaient à l’impatience d’un amour soudain.

Le matin elles se levèrent, se firent du café qu’elles burent paisiblement dans la lumière de onze heures qui éclairait la petite cuisine du studio. Elles discutaient du lycée, de musique, des garçons, des parents, elles se racontaient leurs vies, parlant sans s’arrêter. Elles donnaient l’impression de ne pas s’écouter mais, en vrai, chacune buvait le récit de l’autre, c’est juste qu’elles enchaînaient. Mes parents font ci et les miens ça, et mon frère est pédé, je pense, et le mien non, mais c’est un gros con. Et chaque anecdote de l’une entraînait le contrepoint chez l’autre et c’était merveilleux. Magique, cette parole interminable que seule la lumière qui tournait rendait fragile. C’est pourquoi elles parlaient vite et sans interruption. Comme si le temps leur était compté.


Ce fut la fin de la journée, elles se serrèrent très fort sans se dire quand elles se reverraient.




Naïma ne mit plus le voile pour aller à l’école. Alice alla mieux. Elles se téléphonaient souvent mais ce n’était pas facile de se voir. Quinze jours passèrent. Ce furent les vacances de la Toussaint. Alice invita Naïma à passer quelques jours dans son studio. Le premier soir elles allèrent au cinéma voir "Un long dimanche de fiançailles". Elles aimèrent, sans plus. En rentrant, elles discutèrent en buvant du coca et en écoutant de la musique. Elles étaient sur le canapé et se tenaient les mains. Pensaient-elles à s’embrasser ? Elles déplièrent ensuite le clic-clac et, ensemble, elles mirent les draps. Naïma fit rapidement un brin de toilette et vint attendre Alice sous la couette. Elle ressentait quelque chose de drôle. Une chaleur, une vibration, une envie de s’étendre, de grogner, de passer la couette entre ses jambes, une nervosité un peu étrange. Alice revint les cheveux mouillés, emmenant avec elle une odeur de crème et de dentifrice. Naïma sentit un pied froid contre le sien et la main d’Alice caressa son visage. Elle se regardèrent, intimidées. Alice rougit. Ce qui ne lui arrivait jamais. Elles étaient maintenant folles de désir.




Plus tard dans la nuit, vous retrouverez deux jeunes filles nues qui se lèchent tête- bêche. Deux filles qui soudain ont tout lâché, qui se sont déshabillé, et qui ont découvert le plaisir du frottement des seins l’un contre l’autre, des pubis qui se cherchent, se trouvent, des mains qui parcourent l’onctueux épiderme, des corps qui sont incroyablement troublés par la sensation d’approche des doigts qui tremblent dans les poils humides protégeant la vulve. Le plaisir des cuisses de l’amie qui se referment, de l’enhardissement du doigt qui s’introduit et donne le plaisir et appelle le nez, la bouche.


Et bientôt les tremblements, les plaintes, les petits cris, presque des pleurs, l’incroyable qui arrive et désarçonne, le premier orgasme entre larmes, bonheur et perdition. Et les premières minutes qu’il faut gérer. La bouche pleine des macérations de sexe de jeune fille. L’entrejambe inondé, encore brûlant, plein du souvenir de la caresse, de la langue. Et la solidarité de l’enlacement qui protège de la honte, qui ravive déjà le foyer d’amour. La couette que l’on remonte sur les corps tremblants. Les baisers qui continuent d’apaiser, qui assurent la redescente. Et le sommeil des deux amoureuses. La lune dans le ciel qui dépose ses rayons obliques sur les tommettes de la chambre. Les vêtements sur la chaise, les petites culottes l’une sur l’autre. La mélodie des respirations. Les cheveux emmêlés sur l’oreiller. Les murmures plaintifs du plaisir qui s’est réfugié dans les rêves. Et Dieu présent en toutes choses bénissait la nuit.