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Temps de lecture estimé : 22 mn
18/11/04
Résumé:  Il fut décidé que je ferais, moi aussi, partie du voyage...
Critères:  #policier fh laid(e)s amour intermast
Auteur : Jad

Série : Monstrueuse

Chapitre 09 / 09
Monstrueuse - Les voyages forment la jeunesse

17- Préparation au voyage



Il fut décidé que je ferais, moi aussi, partie du voyage.




Je ne sais pas comment elle s’était débrouillée mais Annick avait pris une place non négligeable à la maison. Elle passait tous les jours, souvent plusieurs fois, même quand je n’étais pas là. Et elle avait domestiqué ma mère, mieux que ça elle l’avait séduite et ensorcelée. C’est bien simple, ma mère ne jurait plus que par elle, ça en devenait presque chiant. Sauf que ma mère ce n’était plus ma mère, elle avait, elle aussi, changé. Ce n’était plus la mère poule que j’avais connue, elle s’était, comme qui dirait, émancipée. Elle riait, elle faisait la fofolle, elle n’était plus inquiète, je n’avais jamais connu ça.


Cela n’échappa pas à ma frangine qui en profita pour prendre ses aises, rentrer très tard, inviter des copines. Mes parents savaient depuis longtemps qu’elle avait un petit copain, elle était beaucoup plus délurée que moi, la frangine, et elle avait commencé très jeune. Ce qu’ils savaient moins, c’est qu’elle en avait plusieurs, et simultanément. C’était une croqueuse d’hommes, un pour chaque jour de la semaine ça ne lui faisait pas peur. Et sans être tout à fait une salope, c’était quand même une sacrée chaudasse.

Toujours est-il qu’elle aussi s’entendait merveilleusement bien avec Annick. Parfois je les retrouvais toutes les deux dans la chambre à rigoler comme des tordues. Je ne sais pas trop de quoi elles pouvaient parler, mais c’était la plupart du temps apparemment hilarant.


Du coup, Annick avait toutes ses entrées à la maison, et le privilège exclusif de pouvoir dormir dans ma chambre. Comble du comble, c’est même ma mère qui le lui avait proposé. Un soir qu’Annick était restée à dîner (en soi l’événement n’était déjà pas banal), et ma mère avait probablement été touchée en nous voyant roucouler sur le canapé après déjeuner.



Heureusement que je n’avais rien dans la bouche, sinon j’aurais tout recraché.



Ma mère était aux anges, on aurait dit qu’elle venait de recevoir la légion d’honneur.




« Bonjour madame, excusez-moi de vous déranger, je suis la maman de Pascal… »

« Euh non, je parle du petit ami de votre fille. Je suis madame Caron, nous nous sommes déjà eues au téléphone une ou deux fois. »

« Mais oui, vous avez raison, c’est aussi un copain de Philippe, d’ailleurs je connais aussi très bien votre fils. »

« Votre fille Annick. Oui, Annick est chez moi, je l’ai gardée à dîner. »

« Oh je suis vraiment désolée, j’aurais dû vous prévenir… Je ne savais pas… D’autant plus que je vous appelle parce que j’ai un tout petit service à vous demander : J’aimerais qu’elle passe la nuit chez nous ».

« Oh, ne vous inquiétez pas, je lui prêterai tout ce dont elle a besoin. ».

« Oui, bonne soirée madame, et tranquillisez-vous, je prends bien soin de votre fille ! »



Un petit coup de téléphone et cette misérable tordue avait vendu la mèche ! Désormais Philippe était au courant et, avec lui, toute la fac, merci maman !

Mais, comme dit l’autre, c’était, de toute façon, comme qui dirait, inéluctable.





Sur ce nous débarrassâmes la table, chacun méditant sur ses propres pensées. Je me demandais vraiment pourquoi j’étais resté copain avec Philippe toutes ces longues années et pourquoi je l’avais suivi comme un petit toutou fidèle dans tous ses délires. Qu’est-ce qui m’impressionnait chez lui ? Son bagout, sa prestance ? C’était un beau parleur, c’était uniquement un beau parleur. Mais il n’y avait rien derrière ou alors pas grand chose.




Pour la première fois, cette nuit-là, nous fîmes l’amour dans ma chambre mais avec un peu moins de vigueur et d’expression qu’à l’ordinaire, silence oblige. Par contre, avec une très grande douceur. Annick était la fille la plus douce de la terre, la plus sensuelle et la plus passionnée également.



<div class='cen'>***

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Les jours qui précédèrent notre départ furent particulièrement bien remplis. Annick passait beaucoup de temps chez elle pour parer à de « nouveaux coups de bourre ». De ce côté là, ça ne s’arrêtait jamais.


De mon côté, mes apparitions à la fac étaient assez fugaces. Philippe m’avait fait une publicité d’enfer. Mais c’est dans le besoin que l’on reconnaît ses vrais amis et, comme ça, le tri s’effectuait de lui-même. Et je n’avais guère de vrais amis… sauf Elodie. Tiens donc, Elodie que je prenais parfois pour une conne et qui ne faisait en règle générale guère attention à moi. Ces temps-ci, dès qu’elle me voyait, elle venait vers moi et m’abordait avec un large sourire. Comme quoi le monde est bizarre et souvent déroutant.

Philippe, quant à lui, ne m’adressait plus du tout la parole : Je devais le débecter. Mais ça c’était plutôt une bonne nouvelle, ne plus avoir à subir les réflexions à l’emporte-pièce de ce gros taré, c’était un vrai bonheur.



Je croisai par hasard Mathilde en rentrant dans une librairie.



Elle refusa de prendre un verre et préféra aller au parc :



Pardonner quoi ? Et pourquoi tant de mystère ? Etait-ce en relation avec l’autre histoire, MON histoire, celle qu’il valait mieux oublier ? Ou encore une nouvelle catastrophe ?

J’avais pleinement confiance en Annick mais je pressentais quelque part que cette grande spirale allait nous jouer des tours.



Depuis notre escapade en forêt, je ne parvenais plus à trouver le sommeil. Comment de telles choses étaient-elles possibles ? Je ne faisais plus de cauchemar mais c’était encore pire. Je m’assoupissais un instant et me réveillais en nage. La seule chose qui me calmait encore, c’était la présence d’Annick à mes côtés, mais celle-ci était ces temps-ci trop rare.

Et puis, au moindre coup de fil, je sursautais, j’avais toujours peur que quelqu’un fasse une enquête. Et, lorsqu’on sonnait à la porte, je courrais à la fenêtre, l’impression aussi de voir des uniformes partout !


« Tu verras, il ne se passera rien, ce n’est qu’un clodo, il en a rien à foutre ».

Un clodo certes, mais un clodo qui avait vu quelque chose de suffisamment inhabituel pour changer ses habitudes de clodo. Et puis, après avoir éclusé deux ou trois bouteilles, il pourrait bien parler à d’autres clodos et, un jour ou l’autre, quelqu’un découvrirait le pot aux roses.


« Oui mais d’ici là toutes nos traces auront disparu, le sperme, la salive et le reste. »

Annick avait toujours une réponse pour chaque chose.



Quoiqu’il en soit, tous les midis, je passais un temps infini à éplucher le journal local, en long, en large, en diagonale, m’attendant toujours à trouver un encart :


« Mystérieuse découverte en forêt de Sedan,


Monsieur Maurice R., 43 ans, sans emploi, qui se promenait samedi dernier au lieu dit ’Carrière des Diblotes’ à la recherche de champignons, fut attiré par la présence de deux jeunes gens qui farfouillaient la terre à mi-pente. Intrigué par le comportement anormal de ces deux adolescents qui, lorsqu’ils le virent, prirent immédiatement la fuite, il s’approcha et fit une découverte bien macabre.

Les gendarmes, alertés, déterrèrent un cadavre en fin d’après-midi. Il s’agirait du corps d’un homme enseveli là à même le sol voici bientôt cinq ans. L’enquête a été confiée au commissaire Lenflure. Des recherches sont en cours pour déterminer l’identité exacte de la victime. D’autre part d’après les premières constatations faites par les gendarmes, il semblerait que l’on a trouvé des traces de pneus toutes fraîches dans la forêt. Il pourrait s’agir de mobylettes ce qui confirmerait la thèse des deux jeunes gens. »


Mais non, rien, le vide total. À moins que la police n’ait demandé à la presse de garder le silence ou que celle-ci ne soit pas encore au courant.





Toutes choses très, très claires… qui ne me disaient pas pour autant pourquoi ni comment j’avais tué un mec.




18- Sur la route



Mathilde avait obtenu de sa belle-sœur qu’elle lui prête sa voiture, une voiture pleine de trous et toute rouillée aux entournures. Elle toussait un peu au démarrage mais une fois bien lancée elle tenait la distance.


Nous filions sur l’autoroute, l’autoradio était à fond. Annick avait fait la vie pour prendre le volant. Elle n’avait pas le permis mais une grand force de persuasion, alors Mathilde s’était laissée convaincre. Se retournant vers moi qui étais seul à l’arrière :



Les filles étaient gaies, et elles chantaient à tue-tête dans la voiture. Annick était réellement déchaînée.



« (*) You should go and see

Please, look in my eyes

I just want to cry

’Cause it’s hard to be

All alone and blue, ah ah »



(…)


Un joyeux barouf en somme.




Mathilde farfouillait depuis un certain temps dans la boîte à gants à la recherche d’une autre cassette.




« (**) Here stands on my right

The glamorous Priscilla

She’s the queen of escape

She plays with dangerous fate

Here stands on my left

The vicious Léona

She’s the animal trainer

Come on in u can see them »



(…)



Elles remirent plusieurs fois cette chanson. À la fin, elles maîtrisaient totalement et se retournaient systématiquement vers moi en prenant des airs particulièrement malicieux et des attitudes provocantes pour entamer le « Entre les deux mon cœur, mon cœur balance. Je ne sais pas laquelle, laquelle aimer des deux. ». Et je dois dire que ce jeu plein de malice avait quelque chose de particulièrement excitant.




Elle recherchèrent le morceau et, au bout de deux ou trois passages, elles étaient excitées comme des puces.



« (***) Les frères Jacques mécaniques

Martinet les enfants de la trique

T’as vu où est l’départ du tour ?

En berline on fera un détour »



« (***) Tache-mousse-tache

This is ur show

Masse-touche-masse

This is ur show »



(…)


Le pire c’est qu’à l’arrivée au péage, le morceau n’était pas encore fini, la musique était à fond et les filles étaient excitées comme des folles. Elles hurlaient dans la voiture :



Le réceptionnaire, un jeune garçon complètement coincé était vert. D’autant plus que derrière nous un vieux con pas patient du tout n’arrêtait pas de klaxonner comme un débile, sans doute pour épater la midinette qui se pavanait comme une pute à ses côtés.

Après un dernier « Nous avons tant besoin de… CONTACT » directement adressé à notre guichetier et un petit coucou dans le rétro pour faire pester le vieux taré qui s’agitait comme un malade, Annick nous a fait un démarrage digne des dragsters, sur les chapeaux de roue et en faisant crisser ses pneus atrocement sur l’asphalte.



(…)



Mathilde se pencha sur Annick et lui mordit l’épaule.



Finalement, nous nous sommes arrêtés dans un sous-bois un peu plus loin. Le temps était dégueulasse et il pleuvait comme vache qui pisse.




Annick est sortie dehors au plus mauvais moment alors que la pluie redoublait d’intensité. Elle s’est absentée une minute et, lorsqu’elle est revenue s’asseoir près de moi, elle était archi-trempe.

Je l’ai frictionnée de tous les côtés, j’ai retiré son pull et lui ai prêté le mien et elle est venue s’allonger doucement contre moi, mes doigts coquins glissés discrètement sur sa peau. Elle adorait que je la touche, elle adorait que mes doigts parcourent son corps, qu’ils explorent chaque centimètre de sa peau. Elle s’abandonnait totalement à toutes mes caresses.



Annick, s’adressant à moi :




Elles discutaient comme si je n’étais pas là. Du coup j’en avais profité pour dégrafer discrètement le jean de ma chérie et glisser prestement une main dans sa culotte. Cachée par le pull, Mathilde ne pouvait rien y voir. Quelques caresses plus loin et Annick était trempe, incroyablement réactive. J’en profitais, j’en abusais, je glissais mes doigts carrément dans sa chatte, j’aurais voulu la faire jouir mais la situation était par trop délicate. Je ne pense pas l’avoir fait jouir mais en tout cas elle était vraiment toute excitée entre mes doigts, ses poils en étaient tout collants. Elle a même risqué un instant une main derrière son dos pour me malaxer les couilles. Inutile de préciser que je bandais à fond pour elle.



La nuit était tombée depuis quelques temps et il avait arrêté de pleuvoir. Mathilde est sortie de voiture et a été chercher un panier dans le coffre et nous avons pu nous restaurer un peu.



Mathilde, se retournant vers moi et me jetant un coup d’œil :





A suivre…



(*) Sister Jane – Taï Phong (Taï Phong, 1975)

(**) Priscilla – Jad Wio (Contact, 1989)

(***) Version X du beauty & the beast – Jad Wio (Contact, 1989)