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01/11/04
Résumé:  la femme de l'ascenseur, sur le pas de sa porte, se souvient d'une expérience amoureuse avec une amie.
Critères:  ff ascenseur intermast cunnilingu anulingus fdanus
Auteur : Louisa Ste Storm

Série : Les Chutes de Niagara

Chapitre 02 / 04
L'ascenseur - renvoi

La fente lumineuse, pense-t-elle, insérant une clé dans la serrure de sa porte d’entrée. « Laquelle des fêlures m’a fait penser à l’autre ? Est-ce en insérant la clé dans le corps de la porte, ou est-ce mon corps fêlé à la fourche qui, lorsque j’ai introduit la clé, a fait naître des images ? » C’est qu’elles en arrivaient en masse.


Une histoire de miroir, encore, qui remontait. Existait tout au moins, dans le flux d’idées, de pensées et de souvenirs, un miroir — et c’est ainsi probablement que les images étaient venues : l’ouverture si ajustée de la serrure et elle, lui faisant face, tout aussi fermée, tout aussi compacte que le corps du vantail et avec cette mince ouverture, sans au-delà visible et qui pourtant pouvait l’ouvrir toute entière.


Elle se souvenait — la fente lumineuse. Lumineuse avec la lumière, avec le miroir. Lumineuse parce qu’un reflet avait été possible. Parce qu’elle était humide, trempée, que sa mouille avait fait briller ses lèvres et qu’elle avait vu les éclats la fendre, les étoiles se disperser le long de sa vulve. Et les étoiles ne tombaient pas, ne filaient pas — et les vœux c’est aujourd’hui qu’elle pouvait les formuler —, non, cela scintillait, un éclat s’allumait ici, et s’il disparaissait là, c’est qu’un point de lumière ailleurs se mettait à briller.


C’était sa chatte, le liquide qu’elle sécrétait, et ses doigts qui la tenaient entrouverte. Et le miroir aussi, car sans voir — c’est idiot — rien ne se serait montré à cet instant. C’était aussi la présence d’une amie dans le miroir, et le miroitement de ses yeux. Pêle-mêle, tous ces souvenirs remontaient là, devant sa porte, après sa double ascension dans le vide de l’immeuble où l’ascenseur s’était déplacé.


Louise, son amie, avait poussé le lit ce jour-là, contre l’armoire à glace. C’est ainsi qu’elle avait pu s’éblouir des milliers d’étoiles en mouvement sur sa fente. Avec la distance réduite, entre la glace et son sexe. Louise lui avait fait soulever les jambes et poser les pieds sur les portes de chaque côté du miroir. Elle s’était laissée faire, Louise l’avait mise nue. Après l’avoir installée, elle lui avait demandé de reculer un peu, de donner davantage d’espace entre le trou noir de ses cuisses et son reflet. « Lorsqu’on est trop proche, avait-elle dit, on ne voit rien. » Elle s’était agenouillée sur le lit à ses côtés, l’aidait à se déplacer, à poser ses pieds aux endroits adéquats. Conseils accompagnés de baisers sur les parties du corps qu’elle guidait, de mordillements et de coups de langue, mais à dessein discrets et fugaces. De douces attentions qui ne faisaient qu’effleurer l’action ; c’est que Louise tenait à tout organiser, et ça faisait partie du jeu aussi, une distance qu’elle gardait au sein même de l’intimité. Comme une douce domination ; Domination de son désir propre et autorité sur sa partenaire. Elle ignorait ses prières (« embrasse-moi Louise »), refusait d’accéder à ses demandes (« caresse-moi encore s’il te plaît, garde ta main sur mes fesses, serre-les. ») Louise ne répondait pas. Elle cessait juste d’embrasser, d’étreindre, de lécher.


Etendue nue sur le lit, sur le dos, pieds à hauteur des serrures de l’armoire, la femme avait demandé à Louise d’attacher ses chevilles aux clés et ne plus s’occuper à les tenir bien là-haut. Louise avait refusé encore, chuchoté à son oreille : « Plus tard, une autre fois, aujourd’hui je vais glisser les deux oreillers sous tes épaules. Je veux que tu voies. Que s’écoule ta vulve, qu’on la voit venir seule, et que tu la regardes, ou plutôt que tu vois la mouille percer. C’est cela aujourd’hui que j’aimerais que tu voies, plus que ton sexe. J’aimerais que ton sexe disparaisse de ta vision dans le miroir, qu’il disparaisse sous les miroitements, les coulées, et que même on ait oublié ses gonflements sous les vagues du liquide — tu sais, ce liquide que j’aime tant, le tien, celui qui s’écoule de ton corps —, je veux un fleuve, une cascade. Et je t’appellerai Niagara. » La femme sentit un souffle, Louise devait sourire, ou rire de ses chutes, et dans le murmure cela s’était transformé en souffle. Elle continuait : « Je ne pourrai pas t’aider de façon directe évidemment. Si j’use de mes mains, si mes doigts caressent ou si j’introduis quelque objet, rien de tout cela ne sera visible. Mes murmures auront été vains. Aussi, je ne toucherai pas ton sexe et tu agiras de même avec celui-ci — autant dire que tu n’agiras pas par le toucher. »


Louise avait arrêté de chuchoter et glissait les oreillers sous les épaules de la femme. Et les murmures se prolongeaient chez celle-ci alors qu’elle voyait maintenant ses jambes ouvertes dans le miroir. Les chuchotis se mêlaient, les mots des consignes s’immisçaient entre des mots d’amour, entre des parties de corps évoquées par Louise. Et avec tous ces frottements dans son imagination la température de la chambre semblait s’être élevée. « J’ai un peu chaud », avait-elle dit.


Louise se mit alors à scruter son corps à distance, le visage en mouvement suivant la direction de ses yeux, s’approchant et inclinant la tête pour changer de point de vue. Nulle part, elle ne percevait de transpiration, c’est trop tôt pensait-elle. Et puis elle était nue, et tous les membres écartés et nulle part sa chair ne se trouvait toucher une autre partie de son corps — si un bras, par exemple, avait été posé sur son ventre, ou retenu un sein, alors ce contact aurait fait naître une pression et donc un peu de sueur, mais aucun événement de ce genre sur son corps. Et Louise avait recommencé à parler, pour élever encore la chaleur, faire monter l’excitation. Prolongeant les mouvements de sa tête et établissant plus assidûment l’étude du corps étendu, elle s’était approchée des aisselles, les avait senties, était allée respirer près du cou.


Elle poussait maintenant de son nez sur un téton, et dans l’ombre du sein soulevé passait un doigt. « Non, même là il n’y a rien, pas d’humidité. Pas de rosée sous ton sein. Je le laisse retomber doucement, j’en mouille la pointe », et elle s’était mise à souffler sur la proéminence ainsi humidifiée, les lèvres tout proche, d’un léger souffle et continu. Un des seuls territoires où elle pouvait agir. Car le sein retombait insensiblement vers le flanc et sa tête ne faisait pas écran entre le regard de la femme étendue et le miroir. Celle-ci, respectant la consigne, regardait le reflet de son sexe.


« Où puis-je aller encore, continuait Louise, sur les bords de ton ventre, sur tes hanches et leur sursaut, le long des replets de tes fesses. Que puis-je lécher ? L’extérieur de tes cuisses et sous ton genou, mordiller ton mollet et aller passer ma langue entre tes orteils là-haut vers la serrure d’une des portes de l’armoire. » Ce qu’elle faisait, laissant en suspens ses caresses lorsqu’elle parlait, et tentant de murmurer alors qu’elle mordait le gras du mollet. « Où puis-je trouver de la chaleur, rencontrer des chairs qui voisinent assez intimement pour sécréter un peu de rosée ? », et ayant placé la femme assez haut sur les oreillers Louise avait pu passer le visage sous ses cuisses, poser l’arrière de sa tête contre le miroir, sans qu’à la surface de celui-ci ne disparaisse la vision. La femme avait ouvert la bouche, un soupir était venu, presque bruyant. Louise, la joue posée sur le drap, répétait ses phrases. Elle parlait du fond de son corps, allant y chercher un long souffle chaud qui transportait ses mots jusqu’aux lèvres, et ces douceurs s’étalaient, tentaient d’embuer les nymphes et d’en étendre les plis, d’en faire glisser les ombres.


Et les soupirs venaient plus nombreux du sommet des oreillers, denses davantage. Ils semblaient s’emplir, étrangement, en quittant son corps. Les soupirs venaient de loin aussi de l’intérieur du corps de la femme. Peut-être était-ce les souffles de Louise qui passaient en elle par sa vulve et qui, après avoir traversé son corps, fuyaient de sa bouche. Elle pensait : « si c’était autre chose que de l’air, autre chose que d’invisibles expirations — si c’était du foutre par exemple — cela jaillirait hors de ma bouche, ce serait un vrai jaillissement, mais jamais l’air ne jaillit ni le souffle, on ne jaillit pas dans la transparence. »


Ses paupières frémirent et Louise sourit. Voilà les premières traces d’humidité se dit-elle, celles qu’elle venait de voir dans les yeux là-bas. Ces mêmes yeux qui virent apparaître la langue de Louise après que ses lèvres se furent écartées lentement. Elle approchait son visage, elle allait venir, elle non plus ne tiendrait pas si longtemps. « Oui, viens » dit-elle, et Louise souffla un long refus, un brûlant veto et s’écarta de l’entrejambe.


Elle insistait : « s’il te plaît ! », envahie de souffrance et d’excitation, torturée par ce délicieux supplice. « Ecartes au moins mes lèvres, juste au-delà, et je verrai encore. » Louise la regardait et allait accéder à sa demande, elle le sentait. Son avant-bras glissa sous ses fesses et deux doigts apparurent au bord des lèvres, s’y posèrent. Un pouce, un index. Le contact fit brusquement vibrer tout son corps. Cela ne dura qu’un instant, mais il lui sembla que le spasme se transmettait de part en part sur son corps, de cellule à cellule du bas-ventre et jusqu’à la gorge, et dans l’autre sens, jusqu’à la pointe de ses orteils. Sa tête eut un sursaut vers l’arrière et un de ses pieds tomba de la surface lisse de l’armoire. Louise se précipita, lui souleva la tête de son bras libre. « Le miroir, lui dit-elle, regarde dans le miroir, ouvre les yeux. » Et comme les yeux demeuraient obstinément clos, elle lui promit une gentillesse. Sortant de son exaltation la femme les ouvrit, respirant fort par le nez et expirant en ouvrant grand la bouche, une fois. Une autre fois — la bouche s’ouvrait vite, lâchant un souffle puis se refermait à mesure que le souffle perdait de sa puissance et de la gravité de son timbre. Et d’autres fois encore pendant que Louise massait de ses doigts les alentours de sa fente. L’autre main glissa sur son ventre, et les doigts s’enfouirent dans son pubis qu’ils caressèrent un moment.


Elle appuyait fort maintenant ses deux doigts près de la vulve, les remuait à un rythme différent, et les grandes lèvres s’écartèrent légèrement. Louise elle-même avait envie de toucher son amie, d’écarter les plis apparents et de révéler les plus profonds, les plus sombres et à la fois les plus roses. « Où sont tes petites nymphes ? », lui souffla-t-elle, ce qui arracha un nouvel halètement à la bouche de la femme.


A ce moment elle vit les premières perles.


Toutes deux les virent émerger alors que les plis inférieurs des grandes lèvres étaient venus s’étendre près — trop près — des doigts de Louise. Aux premiers éclats leurs regards s’étaient croisés. Les yeux s’étaient mis à briller intensément et Louise, pour faire naître d’autres galaxies peut-être, avait porté son pouce libre vers la bouche de son amie, qui l’avait aspiré. Le doigt était juste entré et sorti, et il brillait maintenant avec l’humidité mince de salive. L’ongle renvoyait la lumière du plafonnier et le reste du doigt la lumière de la pièce. Et Louise fit pénétrer à nouveau son doigt en demandant à la femme de cesser de la regarder. « Suce mon pouce si tu veux mais regarde dans le miroir. Ne regarde pas le carmin de mes lèvres, mon vernis à ongles, ni mon bras et l’épaule. Repose ta jambe et regarde-toi. Pose ta jambe et garde-toi de quitter des yeux la pente qui les amène alentour de ta vulve. C’est là qu’ils doivent se tenir. Ne me regarde pas. »


De là-haut, sur les oreillers, les mots d’ordres s’élevaient comme des caresses. Des caresses un peu brusques, mais avec le trouble qu’elles engendraient, avec la voix qui les exprimait, toute dichotomie despotique était impensable. Il existait tout à coup un flottement entre ce qui venait de l’amour chez Louise et ce qui venait des directives à respecter. Le noir et blanc, la gauche et la droite, les genres, n’existaient plus. Il existait juste un désir. Un seul — un seul enfin, un seul désir, et pas de choix, et rien à éliminer dans la multiplicité. Le seul qui se montrait — et pour sa nature, on verrait plus tard.


Elle avait chaud, le voyait dans le miroir : ses lèvres s’étaient humidifiées. Chaud, et Louise, continuant ses mouvements autour de sa fente, le constatait elle aussi. Elle le voyait à travers les yeux d’une femme à l’instant, celle dont les pupilles se dilataient — ces yeux-là étaient son miroir à elle, et ils reflétaient eux-mêmes son amie et la perspective de l’entrecuisse. Une mise en abyme de ses propres désirs en rapport avec ceux de laquelle elle caressait maintenant les lèvres du pouce, extrait de la bouche, tout mouillé, et qui appuyait fortement sur les replets charnus, les écrasant de la phalange de son pouce verni, en aplatissant les reliefs et déformant les lignes pures de sa bouche.


Et plus bas sur le corps, avec son autre main, est-ce que Louise trichait, enfreignait-elle ses propres règles ? Ce qui est sûr c’est qu’elle ne touchait pas la vulve de son amie et que ses doigts s’étaient écartés alors que les fronces des grandes lèvres s’étaient dépliées. Aussi tout demeurait ouvert et elle ne cachait rien et n’oubliait rien — ni de sa présence, ni de son action, dans le miroir.


Elle aurait voulu plonger — mais elle ne plongeait pas. Lécher, sucer, passer sa langue et aspirer, et ne pratiquait ni les unes ni les autres de ces actions. Et toutes deux se trouvaient sur la même ligne de contrainte, d’embrasement, sur la même ligne de feu.


A présent, son seul index, dont apparaissait la dernière phalange vernie dans la glace, glissait aisément sous la vulve, effleurant parfois l’anus. Ce frôlement était toutefois involontaire et tenait davantage du dérapage que du glissement. C’est que la moiteur naissait de la peau, de la proximité des chairs et semblait s’accroître — et de la moiteur elle-même, est-ce que le stade n’en était pas dépassé ? Le territoire sur quoi la phalange se déplaçait était plutôt traversé d’une grande humidité, nourrie par le ruissellement de la vulve, et plutôt du vagin — oui, cela venait davantage des profondeurs tant l’abondant liquide qui coulait ne se constatait pas sur les reliefs apparents. Il devait prendre des chemins souterrains, secrets, imprégner les plis les plus profonds, chacun d’eux, puis gonfler et s’écouler vers des fronces plus proches de la surface et s’enfler encore à la rencontre d’autres replis, et venir enfin suinter au bas des grandes lèvres désunies.


La femme gémissait, tordait son corps. Pensait : je ne pourrais pas tenir longtemps, je vais avoir mal à force d’être sur la brèche, au bord du grand vol sans décoller. Soudain elle fit glisser une main sur son ventre, mais Louise la saisit alors qu’elle approchait déjà du nombril. Sans reproche, elle la guida vers son propre entrecuisse. Couchée sur un flanc Louise eut juste à plier une jambe. Elle était trempée elle aussi, la femme s’en aperçut immédiatement. Un nouveau spasme la traversa. Et un autre sur-le-champ, car Louise avait certes amené la main de son amie en direction de son sexe, mais dans le même mouvement avait isolé deux de ses doigts qu’elle avait introduits sans détour dans sa fente. Jamais mouvement n’avait été aussi fluide ; depuis la prise de la main alentour du nombril et jusqu’au fond du vagin brûlant où les doigts avaient pénétré, tout s’était écoulé dans une admirable limpidité. Au violent piaulement de Louise la femme ne put se contenir et quitta le miroir des yeux. Louise avait penché sa tête en arrière et ses cheveux tombaient en cascade. Elle offrait sa gorge, serrait le poignet de la femme. Celle-ci se demandait si un orgasme ne la traversait pas. Louise releva la tête. Ses yeux ! Impossible de savoir où ils regardaient — ils venaient d’un autre monde en tous cas. Elle revint pourtant à elle et enjoignit la femme à regarder son reflet et pas autre chose. À peine avait-elle obéi qu’elle sentit Louise serrer son poignet avec plus de force, le tirer et le repousser à nouveau dans sa fente. Instinctivement elle tendit les doigts. Louise la fit alors aller et venir en elle. Etreignant son poignet, elle faisait entrer et s’extraire les doigts tendus de sa vulve, vite, sans arrêt et disant que c’était délicieux. Mais on ne peut agir avec un membre vivant et attaché à un corps comme avec un objet inanimé. Aussi, pour rendre tout son pouvoir au bras, elle desserra son étreinte et passa sa main sous sa cuisse afin de tenir sa jambe en l’air et s’ouvrir davantage. Elle criait maintenant à son amie de continuer, d’aller plus vite, de la branler plus vivement — et celle-ci continuait, allait plus vite, branlait vivement, balbutiant des oui, oui, oui, à chaque demande de Louise. Et Louise atteint le sommet de l’orgasme lorsqu’elle sentit une langue s’insérer entre ses orteils, et les lécher dans l’ombre qu’ils formaient entre eux. La femme avait happé le bout de la jambe tenue en l’air et serrait maintenant le gros orteil dans sa bouche, car Louise bougeait trop dans la jouissance pour qu’on ait l’idée de laisser son pied si près du visage sans le contenir un peu. Puis les petits cris qu’elle poussa encore se firent de moins en moins hauts, son souffle revint. Elle tira sur sa cuisse et du bout de son pied couvert de salive se mit à caresser le bout de sein de la femme.


Celle-ci était trempée à présent, demandait qu’on lui donne un orgasme à elle aussi. Elle avait eu du plaisir, rencontré des spasmes, mais voulait quelque chose de plus fort. Et Louise ne l’oubliait pas et continuait sa caresse sur le téton. Elle le captait entre deux orteils le tirait légèrement, les remuait afin qu’ils glissent autour de la pointe. Cela échappait : elle s’en saisissait à nouveau, et portait encore la pointe de son pied vers la source et l’imprégnait. La femme, que cela enflammait, lui offrait toute sa salive. Et le pied alors revenait se frotter au sein. Louise savait son amie friande de cette caresse, les seins étaient une des zones les plus sensibles sur son corps et elle aimait les pieds de Louise, ses orteils, sa cheville. Aussi continuait-elle à prodiguer cette caresse. Elle se disait que les plaintes de la femme étaient venues avec son orgasme à elle, que la surprise lui avait fait oublier le trouble dans lequel elle-même se trouvait déjà et que ce trouble existait toujours. C’était juste un contact à retrouver et il serait présent dans un instant avec la même intensité. Et pour l’aider elle avait repris la parole, ne cessait pas de lui dire des mots — pas de dialogue, pas d’histoire, pas de communication : juste des mots.


« Tu sens encore mes doigts autour de ta vulve, ils sont là, tu les vois, regardes comme tu es mouillée », et disant cela elle enfreignit ses règles en donnant un élan à son doigt qui alla heurter rapidement la zone clitoridienne. La femme émit une courte exclamation, un « oui » transformé en cri. « Et puis, regarde, je te le permets, regarde mon pied sur ton sein, regarde comme mon pied le caresse, il l’aime, il est doux, mouillé de ta salive, il câline ta chair, et mes orteils, tu les vois ? Tu les vois ? », « Oui je vois tes orteils oui », « Tiens, prends-les dans ta bouche, mouilles-les, ah ! J’adore ce que tu me fais, et toi regardes, regardes comme ta vulve brille, regarde comme elle suinte, ma fontaine, ma petite rivière, ma Niagara. Et vois comme mes orteils s’occupent de tes tétons, de tes doux reliefs. »


« Oui, oui, oui » une litanie de oui se glissait entre les souffles, entre les inspirations et les expirations, mais jamais là où on les attendait tant sa respiration était heurtée. Voilà tout ce dont était capable la femme ; adhérer, acquiescer, sans même le décider et en adoptant non moins inconsciemment un ton bas afin de ne pas couvrir la voix de Louise. Car celle-ci la transportait.


Et bientôt ses acquiescements furent hurlés sans plus d’attention aux paroles de son amie, au miroir et au monde entier. Existait seulement la vague sur laquelle son orgasme avait surfé durant de longues minutes et qui maintenant la renversait. Louise était passée face à elle et entre ses jambes, elle tentait de parler plus haut que son amie, plus fort, lui criait de venir, de jouir, de lui donner tout son jus, de faire s’écouler toute sa source. Elle s’était agenouillée et avait relevé les hanches de la femme, et le cul était venu à hauteur de son visage. Cessant une nouvelle fois de parler elle lui écarta les fesses et se mit à chatouiller l’anus de sa langue, le lécher, le nez enfoui dans les replis de la vulve. Cela provoqua une lente et interminable plainte et un brusque ruissellement vaginal. Louise laissa alors l’anus et vint lécher la vulve inondée, dont les lèvres semblaient elles-mêmes devenues liquides. Elle paraissait se refuser à en laisser échapper une seule goutte — impossible dessein tant son amie ruisselait — et, pendant qu’elle tentait d’absorber son entière jouissance, la longue plainte orgasmique de la femme se prolongeait.


Puis toutes deux s’apaisèrent. Louise léchait plus doucement le nectar de son amie que seuls des soupirs et quelques lents spasmes animaient. Elles s’étendirent l’une au côté de l’autre. Et Louise murmurait « Niagara », et Niagara disait « oui, Louise. »


Elles s’endormirent probablement. Et Niagara s’éveillait aujourd’hui, la lumière du palier s’était éteinte, sa porte d’entrée était entrouverte, laissant filtrer de son appartement une fente de lumière. L’ascenseur était loin… Même si entre ses jambes se mêlait le souvenir aqueux de sa rêverie et celui de la semence de son voisin. Elle regarda, comme chaque fois qu’elle entrait chez elle, son nom sur la sonnette près de la porte. « Un poème, une trace de Louise », se dit-elle. Louise qui, sortant de chez elle ce jour-là, de son écriture précise, avait couvert son vrai prénom du nouveau, comme un ultime baiser : Niagara.