| n° 07762 | Fiche technique | 5640 caractères | 5640Temps de lecture estimé : 4 mn | 24/09/04 |
| Résumé: Un homme écrit, une femme l'aime | ||||
| Critères: fh tutu | ||||
| Auteur : NonHomologue Envoi mini-message | ||||
Tu avais un stylo pour chaque chose: celui à plume offert par ton père pour écrire au fil de l’inspiration, un stylo noir pour les corrections et les remarques, un crayon à papier pour noter les idées vagues, textes en germes, un feutre vert pour corriger les épreuves. Quand tu m’ouvrais ta porte, rien qu’aux tâches sur tes doigts, je savais la qualité de ton activité. Tu n’étais jamais aussi rayonnant que les doigts bleus.
Parfois je venais te rejoindre à ton bureau. J’aimais te serrer dans mes bras, tout en restant derrière le dossier de ta chaise, embrasser ton cou, faire jouer mes doigts dans les poils de ton torse, aller cherche ta verge, la sortir et la flatter de mes doigts ou de ma bouche.
Si tu posais ton stylo, j’avais gagné. Souvent alors je venais m’asseoir sur tes genoux, offrant mes seins à ta bouche, m’agrippant à ta nuque comme à une branche, m’empalant sur ton sexe, te présentant mon con ou mon cul en signe de totale offrande, jouissant de la plénitude de t’avoir en moi.
Savent-ils tes lecteurs que les vers qu’ils ont dans leurs mains je les ai eu sous mon cul bien avant eux, que nous avons fait l’amour sur ton bureau aussi souvent que dans ton lit, et que les originaux qu’on exposera un jour sont parsemés de sperme, de cyprine et d’un peu de merde ?
Parfois aussi tu continuais à écrire, et tu as joui dans ma bouche bien souvent sans lever la main de ta page. Ces vers là sont de ta main, mais aussi de ma langue…
***
Quand tu me faisais l’amour, je vivais un poème. Tes mains sur mes fesses ouvraient les pages de mon désir, tes doigts sur ma peau suivaient les lignes de mes soupirs, ta langue entre mes jambes récitait des alexandrins, ton sexe dans le mien me parlait en octosyllabes, la sodomie se vivait en vers libres. J’étais ta muse, ta compagne, ta première lectrice, ton instrument.
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Après le succès de ton premier recueil, tu as abandonné tes études, nous nous sommes mariés et installés ensemble.
Le matin, je partais travailler pour nous faire vivre pendant que tu restais à écrire. Je rentrais le soir, préparais le repas. Tu étais souvent sorti te promener au petit parc en bas de la rue, ou écouter les bruits d’une cours de récréation. Je rangeais ton bureau, je recapuchonnais tes stylos, je fermais tes cahiers, je vidais ta poubelle.
Dans notre petit appartement, je t’ai demandé de faire des efforts, de ranger ton linge, de ne plus fumer. Maintenant que nous vivions ensemble, je t’ai demandé de te raser chaque matin, de changer d’eau de toilette, d’utiliser une serviette différente pour le haut et le bas.
Comme je travaillais, j’étais fatiguée le soir, moins disponible de mon temps et de mon sexe. Et le week-end, il y avait le ménage, les courses, tes parents et les miens, la piscine. Tout devenait minuté. D’ailleurs, toi qui auparavant me faisait jouir à peine tu me pénétrais, tu perdis la main, éjaculant trop tôt ou trop tard. À moins que ce fusse moi ? Le résultat fut le même, je me lassais. Et puis il y avait des choses toujours plus urgentes au quotidien.
Tu n’écrivis plus grand chose, plus grand chose de valable. Ton éditeur te proposait d’attendre encore quelques mois, te suggérait de revoir l’équilibre de l’ensemble, repoussait les rendez-vous.
Je t’encourageais, te reprenais, te corrigeais.
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Je me refusais à toi, systématiquement, jusqu’à ce que tu ne tente plus rien, que le dimanche après le journal du soir, où je t’ouvrais mes jambes.
Mais chaque jour, au bureau ou à la maison, j’allais aux toilettes en dissimulant ton premier recueil. Je lisais tes poèmes en me masturbant. Je mouillais comme une folle dès que j’avais ton livre en main. Je me caressais au rythme de tes vers, mon clitoris lisait autant que mes yeux, mon sexe s’ouvrait comme on ouvre un livre… Et j’avais mes orgasmes toujours aux mêmes endroits, en bas des mêmes pages.
***
Sur ton bureau, j’ai installé un ordinateur. Cela te prenais un peu de place, mais c’était tellement pratique: je pouvais surveiller nos dépenses, prévoir notre budget. Nous étions un couple, nous pouvions partager ton bureau, non ?
Avec le petit, il nous fallait plus d’argent. Tu as cherché un boulot à temps partiel. Tu t’es retrouvé caissier. Fallait-il que tu n’aies plus le moindre gramme de virilité pour qu’on te recrute dans un boulot de femmes. De quoi parlais-tu aux pauses ?
Notre vie de couple était paisible, sans heurt, tout se déroulait comme il faut. Tu étais mon mari. Nous nous aimions.
Un dimanche, tu ne tentas rien, ni le suivant, ni le troisième. Notre vie sexuelle est morte un dimanche soir, sans que personne ne dise un mot.
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Quand as-tu trouvé le temps, comment as-tu trouvé l’énergie de te remettre à écrire ? Je t’avais si bien enfermé, si bien attaché, si bien encadré. Ce peut-il que tu aies écrit tout cela dans le bus bondé, ton calepin sur les genoux ?
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Je n’ai pas gagné grand chose dans le divorce. Je t’ai pris ton fils. Je me suis mise en ménage avec un informaticien aux doigts blancs qui tapent sur un clavier mort.
Quand il me pénètre, je pense à toi et je jouis.