| n° 07604 | Fiche technique | 26304 caractères | 26304Temps de lecture estimé : 14 mn | 10/09/04 corrigé 30/05/21 |
| Résumé: Les différents états du coeur et de la chair. | ||||
| Critères: fh hh religion bizarre laid(e)s exercice | ||||
| Auteur : Raphaël Zacharie de Izarra | ||||
~~ Hommage à une femme ~~
La beauté est autorité absolue, elle est un despote servi avec zèle par des esclaves. Sa loi est cruelle, sélective, injuste. Mais la beauté a tous les droits en amour : c’est son privilège. Et votre beauté injurieuse, vous l’héritière de Vénus, fait la loi en ces lieux. Votre gloire est dans votre éclat, soyez vénérée pour les lauriers gagnés par votre seule naissance.
Votre vénusté, c’est votre vertu : il n’y a plus de vice lorsque triomphe le faste. La séduction est votre arme cinglante, et les proies sont votre coutumière aventure. Vous seule méritez l’hommage d’un regard déférent. Votre beauté vous donne vraiment tous les droits. Abusez-en. Je vous admire, vous célèbre, vous honore.
Et je m’efface.
Le plus cher objet de mes transports se nomme FEMME, créature de luxe que vous incarnez, mystère à portée de lèvres… Oui, cette femme idéalisée vous ressemble terriblement. Elle s’exprime en vous, venimeuse. Femme vous êtes. Immodérément. Vaillamment. Farouchement. Vous êtes belle, certes. Mais plus que cela, vous êtes femme en esprit. Née reine, vous dépassez la simple beauté. Vous êtes féminité incarnée, et rien que féminité : votre face sévère est adorable.
Sous vos griffes de prestige j’incline volontiers le regard pour mieux servir, sans une once d’indocilité, votre hautaine beauté.
Avec diligence je courbe l’échine lorsque votre front me désigne, impérial. En silence je convoite votre chair. Et me plie au ton arrogant de votre voix qui prononce déjà mon nom… Sous le poids aigu de votre talon dûment chaussé de cuir et de luxe, je vous rends hommage. Et baise votre pied dédaigneux.
Raphaël Zacharie de Izarra
~~ L’amant des ailées ~~
Je suis le refuge du beau sexe, le souffle des coeurs en attente, le feu des sens en éveil, l’asile des folles amantes, l’espoir des âmes languissantes.
J’apporte la flamme de l’amour. J’élis les Vénus, je célèbre les Aphrodite, j’aime les Ève. Je suis le chantre des femmes, de toutes les femmes, des charnelles, des éthérées, des timides, des égarées, des chastes, des glorieuses, enfin de toutes ces enfants stellaires dignes de mon éclat, de ces créatures éligibles au trône de la beauté.
Je suis l’étoile fidèle, l’épée loyale, la prière inextinguible. Je règne dans le coeur des héroïnes d’alcôve.
Je suis l’Amant des hétaïres, le magicien des balcons, l’amateur des jolies causes, le conquérant des hymens, le collectionneur de lauriers impies, l’onirique séducteur agenouillé au chevet des rêveuses.
Raphaël Zacharie de Izarra
~~ Un élogieux outrage ~~
Madame,
Puisqu’une circonstance aussi impérieuse que votre coeur de femme hier offensé, presque brisé, exige que je m’amende, je me plie sans faillir à mon devoir d’honnête homme, plus galant que mondain et moins injurieux que je ne le fus l’autre jour, soyez-en persuadée. C’est avec une joie exempte de malice que je m’acquitte ici de ma dette. Je vous répéterai donc mes mots d’amour en des termes plus chastes, ceux de ma précédente missive vous ayant à ce point déplu.
Je vous aime avec coeur certes, et c’est bien sot de le dire. Mais je vous aime aussi avec manières, avec caprices, avec artifices. C’est l’amour ludique, joyeux, léger. Accédez à ma joie.
Je vous aime encore avec mensonge, avec noirceur, avec cruauté, et c’est l’amour diabolique, méchant, pervers. Acceptez mes défauts.
Je vous aime aussi avec un cierge naissant à la place du coeur et c’est pourtant l’amour outrageant, éhonté, profane. Agréez à mes prières.
Raphaël Zacharie de Izarra
~~ Belle et cruelle ~~
C’était une diablesse.
Personne ne l’aimait, tous les hommes l’adoraient. Elle était méchante, perverse, adorable, irrésistible : un coeur de silex et des doigts de fée, des yeux de biche et une langue de vipère, un corps de vestale et du venin dans les veines.
Elle était faite pour le mal et l’amour, pour les larmes et les plaisirs. Elle avait le sourire ingénu, l’oeil aguicheur, la voix suave… Et du sang sur les mains.
Elle brisait les coeurs autant que les os de volaille sous ses dents. Chez elle le sourire chaste se changeait vite en propos carnassiers. Ses amants étaient ses jouets. Son jeu favori : casser les mâles pantins qui se traînaient à ses pieds. Elle était si belle qu’on lui pardonnait tout. C’était une Diane sans coeur qui chassait pour le plaisir de tuer. L’amour était son passe-temps impitoyable. Elle abusait de son charme, servant la cause de son âme sans foi ni loi.
Sa beauté était ensorcelante, maléfique. Avec ses regards félins, ses allures d’orientale et ses savantes roucoulades, elle mettait le feu dans les maisons paisibles, semait la discorde chez les honnêtes gens, faisait tourner la tête aux étudiants, détournait du droit chemin les jeunes époux, faisait manquer la messe aux plus encrassés des vieux garçons…
Elle aimait pour mieux tromper, bafouer, blesser. Elle corrompait les corps par vice, ruinait les coeurs par plaisir. Ses amants lésés ne cessaient de chanter ses grâces. Ils souffraient avec joie ses caprices, la chérissaient avec ardeur, la servaient avec zèle. Tous l’adoraient et chacun la maudissait.
La belle était vraiment cruelle. Mais la cruelle était si belle…
Raphaël Zacharie de Izarra
Belle et chaste ~~
C’était un adorable démon, une vierge belle comme l’enfer. Malheureusement, elle était très sotte, extrêmement pieuse, d’une chasteté exemplaire, maladivement versée dans les chants de messe. Cela dit, elle vocalisait comme un rossignol. À la messe elle attirait les mâles corrupteurs de la paroisse, non que sa voix céleste provoquât de sincères conversions chez ces âmes égarées, ses femelles courbes rivalisant simplement de grâces avec la statue mariale qui trônait à l’entrée de l’église.
Avait-elle conscience de sa venimeuse beauté ? Sa sottise abyssale la rendait hermétique aux compliments continuels de ses prétendants. On lui parlait de son corsage, elle répondait par des versets bibliques. On lui faisait des promesses de menteurs, elle s’attendait à des neuvaines. Bref, elle avait une cour d’amoureux éconduits, indifférente devant leur dépit.
Les garçons, la fièvre au corps, se moquaient bien de sa stupidité. Ils ne voyaient que ses yeux de biche, sa jupe brève, ses mises échancrées. C’est que dans son insondable bêtise la belle allait à confesse vêtue comme une catin. Elle ressortait du confessionnal après y avoir laissé ses péchés véniels, plus désirable que jamais. Délivrée de ses mauvaises actions imaginaires, elle dansait de joie en revenant de l’église : sa jupe se relevait, son corsage se dénouait, sa croupe se courbait… Ça jasait derrière les carreaux sales, bien qu’on la sût irrémédiablement bigote.
Les séducteurs bredouilles ne lui pardonnèrent jamais sa dévote conduite. Ils se consolèrent dans des bras moins flatteurs, contre des girons moins glorieux, entre des flancs plus communs. Ils ne se remirent jamais de leurs frustrations.
C’est ainsi que la vestale fit le malheur de ses soupirants.
Finalement elle devint bonne soeur.
Raphaël Zacharie de Izarra
~~ Lettre à une effarouchée ~~
Mademoiselle,
Demeurez quiète puisque je vous promets de ne point accéder à votre hymen à l’heure où j’accéderai à votre huis. Je ne déchirerai point le voile hyménéal de votre appareil génital qui sépare le vice de la vertu.
Vos tissus épidermiques les plus sacrés demeureront intacts, puisque mon système uro-génital ne sera pas stimulé par les mâles effluves hormonaux saintement contenus dans ma glande hypophyse. Dans mon réseau sanguin fluera un sang pur. Ni depuis les capillaires, ni depuis le système veineux secondaire les flots de globules blancs et rouges ne seront déviés vers mon système phallique afin de l’engager à déposer sur quelques-uns de vos ovules sa féconde vitalité.
Je vous le jure Mademoiselle, je ne souillerai pas votre système salpingien avec mes séminipares débordements, ni la couche supérieure de votre épiderme avec mes dépôts sudoraux.
Je me permettrai juste de mettre en contact la partie la plus sensible de mon réseau nerveux labial contre les terminaisons névralgiques de vos tissus pré-digitaux.
Raphaël Zacharie de Izarra
~~ Une histoire ~~
Elle me parut belle.
Pâle, frêle, mourante, on eût dit que sa détresse était son unique parure. Son éclat funèbre faisait peur à voir. Les gens sur elle se retournaient. Ou détournaient décemment le regard. À la fois attirante et repoussante, elle faisait pitié dans sa morbidité figée. Son charme consistait dans sa fragilité, sa laideur. Car à la vérité elle était laide, bien que je la trouvasse belle.
Dans son sillage, elle laissait un malaise palpable. Comme un parfum de mort, un goût âcre, une vision atroce, une idée de cercueil. Elle sentait le moisi et le formol, une odeur entêtante d’hôpital et de morgue. On la devinait condamnée.
Je lui adressai la parole sur un ton que je voulus neutre, en termes banals.
Je constatai qu’elle ne pouvait correctement articuler les mots, la paralysie enchaînant son corps jusqu’au champ de la parole. Une espèce de grognement grotesque et épouvantable sortit de ses lèvres tordues. De cette bouillie de sons, je captai quelques mots cependant, reconstituant la phrase dans sa cohérence sonore : elle me remerciait poliment, m’assurant qu’elle se débrouillait très bien toute seule malgré la terrible infirmité qui la clouait dans son fauteuil roulant. À travers sa grimace hideuse, je discernais un sourire qui désespérément voulait ressembler à quelque chose d’aimable.
La jeune handicapée tentait de faire oublier sa piteuse apparence et je sentais qu’elle était en train de faire un effort surhumain pour me plaire, du moins pour ne pas me déplaire… Cette sincérité, cette indigence, cette allure simiesque étaient poignantes et j’en fus bouleversé. Je reçus ses mots brisés comme une révélation : je venais de toucher le fond de sa misère.
Ses cheveux fins se déliaient avec une grâce infinie sur son front osseux. Ses mains crispées agitaient l’air avec des mouvements saccadés, des sons gutturaux sortaient de sa gorge. Mais à travers ses traits convulsés, sa gestuelle de pantin et sa constitution débile, je ne voyais que son regard. Dans ce corps accablé de souffrances et de disgrâces, son regard semblait être la seule source de beauté. Je n’oublierai jamais la profondeur, la douceur, la douleur de ce regard qui tentait de se hisser au-dessus de ce corps impotent.
Sans rien laisser paraître de mon émoi, je lui rendis les politesses d’usage et m’éloignai. Cette nuit-là je ne pus trouver le sommeil. J’étais épris de la jeune fille invalide, sans oser convenir qu’une telle déshéritée pût faire battre mon coeur sain… Le lendemain à la même heure je la revis descendre la rue. Je lui avouai presque honteusement ma flamme.
Cette idylle sans nom fut de brève durée. La jeune fille mourut quelques jours après, rongée par la maladie, terrassée par la paralysie.
J’ai conservé une mèche de ses cheveux blonds, comme une triste relique. Parfois je repense à la jeune handicapée dans son fauteuil roulant. Je revois son regard digne et noble, je revois ses cheveux clairs flottant sur son visage déchu, je revois ses lèvres déformées tentant de prononcer mon nom. Et j’entends ses grognements mêlés de pleurs étouffés, tentant maladroitement, vainement d’émettre des sons qui ressemblent à mon nom.
Raphaël Zacharie de Izarra
Les leçons de frère Vertu
Frère Vertu était un moine de grande renommée, alors même qu’il avait fait voeu d’humilité. Depuis qu’il était entré au monastère, la population locale des alentours avait sensiblement augmenté. Le registre des naissances des paroisses voisines de l’abbaye sont là pour le confirmer. Il faut dire que frère Vertu était monté comme un bourriquot. Presque toutes les vierges et les épouses frustrées de la contrée venaient lui rendre visite. En vérité et comme on peut s’en douter, ces dévotes femelles venaient surtout se faire dignement culbuter la matrice par le bon moine. Ces visites répétées au monastère étaient une source de grande fierté pour le Père Abbé qui voyait là un signe de piété populaire bien rassurant.
Frère Vertu buvait comme un paillard, ce qui n’était pas pour déplaire à certaines gueuses qu’il fourrait infatigablement. Les rares Marquises qui le côtoyaient appréciaient quant à elles son goût pour les choses de la culture et de l’esprit : frère Vertu était le seul moine à des lieues à la ronde qui pouvait tout à la fois combler de femelles cavités et clamer des vers de Racine appris par coeur puis réciter sur un ton monotone des versets du Coran. Précisons bien : cela toujours en besognant copieusement et sans relâche ses illustres auditrices. Les Marquises ont de ces exigences…
Certaines débauchées aimaient désigner frère Vertu par de doux sobriquets : Foutracouille-le-Tondu, Tricaille-Gueuses ou encore Queue-d’âne-la-Bure.
Un jour un de ces charmants surnoms parvint fortuitement jusqu’à l’oreille du Père Abbé.
C’est ainsi qu’en autres exploits d’alcôves, le moine au phallus d’airain réalisa l’ultime prouesse de s’enfiler, à la barbe du Père Abbé, toute une congrégation de jeunes et jolies bonnes soeurs en pleine furie utérine.
Raphaël Zacharie de Izarra
~~ L’abbé Pérrin ~~
Il était une fois un curé de campagne bossu et pervers qui engrossait régulièrement ses ouailles. L’abbé Perrin était un "homme de nature", comme on dit. Son caractère était bien trempé, bien que son corps fût contrefait. Il aimait la bonne chère, les femmes, à peu près toutes les femmes, le vin, du plus aigre au plus fin, les jeux de hasard, du plus minable au plus dispendieux, et même disait la rumeur, les hommes bien montés. Bref, l’abbé Pérrin était un vrai débauché, un digne disciple de Casanova et de Sade réunis.
Souvent il revenait de ses excursions douteuses tard le soir, parfaitement ivre. Sa jeune bonne en payait généralement les frais, elle qui était belle et vertueuse comme une Vierge Sainte. Il la troussait sur-le-champ pour la saillir sur le pas de la porte du presbytère sans autre forme de procès. Il était fréquent que des passants vissent les ébats éhontés du prêtre qui ne se cachait d’ailleurs nullement. Il semblait même être particulièrement fier de ses publiques et acrobatiques prouesses… L’abbé Perrin était un authentique paillard, on devait au moins lui reconnaître cette qualité.
Le bossu impie rendait toujours visite à ses plus jolies protégées après la grand’messe du dimanche. Sans doute les vertus toniques du vin de messe que l’abbé absorbait avec une piété toute chrétienne… C’est que le curé pratiquait avec un rare scrupule la charité sur sa propre personne. Il avait au moins le sens de lui-même, à défaut d’avoir le sens de l’autre. Les plus laides de ses ouailles quant à elles se faisaient culbuter directement à confesse. L’abbé était esthète : il se réservait les plus jolis morceaux pour les fêtes. Pâques, Noël, noces, enterrements… Aux funérailles il consolait les belles éplorées. Aux mariages il exerçait son droit de cuissage sur les épousées, les déflorant au passage s’il avait omis de le faire au temps de leur communion, soit pour raison de décence à cause de leur puérilité, soit pour raison de goût, préférant les charnelles aux fluettes. Le bossu avait une solide morale. Aux jours de grandes fêtes, il besognait volontiers les Marquises, les Comtesses et quelques châtelaines. C’est qu’il avait du goût l’abbé.
A sa mort on sonna le glas dans toute la contrée : il avait tant essaimé, tant forcé de passages secrets que nulle pécheresse ne pouvait ne pas revendiquer avoir reçu au moins une fois l’hommage de son grand et fécond bâton de pèlerin, pour certaines dans le temple interdit, pour d’autres dans le vase naturel selon qu’elles furent belles ou laides.
On peut dire qu’il avait vraiment la bosse dure, l’abbé Pérrin.
Raphaël Zacharie de Izarra
~~ Le Père Gauthier ~~
L’abbé Gauthier aimait les hommes. Authentique homosexuel refoulé, sa véritable religion était l’hypocrisie. Les jeunes garçons efféminés étaient sa bête noire, les femmes son alibi. Il faisait croire à tout le monde que ces dernières étaient sa passion. Il arborait avec ostentation des signes de virilité en féminines compagnies, s’affichait sans complexe avec des putains, prenait soin à ce qu’on le vît s’enfermer dans le presbytère avec des communiantes pubères…
Le Père Gauthier n’omettait pas de forcer avec fracas et cris l’hymen de quelques-unes de ses ouailles dans le but de répandre la fausse rumeur de son hétérosexualité, jetant son dévolu de préférence sur les plus bavardes de ses fidèles (qui n’étaient pas nécessairement les plus jolies) afin de s’assurer du succès de son entreprise mensongère.
Il lui fallait à tout prix dissimuler ses passions de sodomite, fût-ce au prix de scandales plus ordinaires. Le vice du Père Gauthier consistant au commerce éhonté avec de jeunes fils de famille dénaturés, il devait sans cesse faire du zèle pour tromper son entourage, détourner son attention. Il faisait si bien diversion avec les femmes que nul n’aurait songé à le soupçonner de "coupables liaisons", si l’on peut dire.
C’est ainsi que le Père Gauthier se fit une solide réputation de trousse-jupons, lui qui abhorrait la chair femelle. Il mourut en laissant derrière lui cette fausse légende de Casanova des clochers qui effrayait tant les bonnes âmes, alors qu’il n’avait été toute sa vie qu’un incorrigible pédéraste.
Raphaël Zacharie de Izarra
~~ Laide et luxurieuse ~~
(Conte cruel de la Saint-Valentin)
Je connus une authentique vieille fille. Laide, acariâtre, avaricieuse, hypocrite, pieuse comme une pierre ponce. Un vrai rabat-joie, un cafard portant chignon, un coeur et un hymen rigides. Bref, une femme comme une figue séchée. Et bien entendu, vicieuse à faire tressaillir le Diable, en bon laideron qu’elle était.
Je la déflorai. Autant par défi à ses moeurs que par amusement d’esthète. Durant l’acte la puritaine se comporta en putain. C’est ainsi qu’après le procès charnel, l’apôtre de la fausse vertu devint enfin femme. Mais seulement sur le plan clinique, car le silex qui lui tenait lieu de coeur était toujours aussi aiguisé.
Se désolant de la perte de sa chère virginité, elle se répandait en fiel, semant sa haine stupide sur le monde et les amants qui le peuplent, tout en maudissant la faiblesse de ses sens, allant même jusqu’à insulter sans remord ce Ciel qu’elle chérissait tant en temps ordinaire ! Cependant elle se délectait secrètement à l’évocation du sceptre profanateur qui avait si délicieusement exploré ses terres vierges… En se logeant dans son temple féminin, le mâle poignard avait définitivement atteint son âme de damnée.
L’écume du plaisir lui avait laissé un goût immodéré dans le coeur.
Elle était déjà laide, sèche, sotte et méchante. Au contact de la chair virile elle était devenue perverse, insatiable, avide de stupre.
En l’espace d’une heure, elle changea radicalement. Ses habituels chapelets ne meublaient plus son coeur aride. Il lui fallait à tout prix boire à la coupe du mâle. L’ivresse des sens était devenue sa seule quête : elle avait une éternité d’abstinences à rattraper.
C’est ainsi que la bigote devint la plus fameuse catin de toute la contrée, la pire traînée de la paroisse. Mais seulement en réputation et non dans les faits car nul amant ne voulait perdre haleine entre des bras aussi osseux, contre des flancs aussi atrophiés, en face de traits aussi ingrats. Si bien que je fus son seul et unique amant une heure durant.
Elle mourut inassouvie et fielleuse, seule et laide.
Raphaël Zacharie de Izarra
~~ Prêtre homosexuel ~~
Mon inclination contre-nature pour la gent virile se confirma dès mon entrée au séminaire. Le regard clair mais le cœur troublé, la hantise du faux pas agissait comme un garde-fou. La crainte de la chute m’obligeait à la plus parfaite intégrité au contact de mes frères séminaristes. Ascèse, chasteté, volonté étaient ma seconde religion. Cependant avec les années le feu impie me rongeait de plus en plus… Ma vocation pour l’exercice de la prêtrise ne perdit pas de son ardeur pour autant. Mon âme était au ciel, ma chair en enfer, voilà tout.
Seul dans ma cellule ou en compagnie des autres étudiants, je luttais avec âpreté contre le "mâle". J’appris peu à peu à éviter les pièges de la tentation, bien que je n’ignorasse point la brièveté des trêves consenties par les sens. Je ne me contentais pas de m’éloigner certains jours de la cause de mes émois impurs, je me donnais également la discipline afin, espérais-je, de tuer le désir. Hélas ! la chair mortifiée se rebellait assez vite et je me retrouvais bientôt face à mes démons qui me défiaient de plus belle, la corne acérée, l’œil plus lascif encore… Le mal ne faisait qu’empirer, aussi dus-je changer de méthode.
La volonté seule ne suffisant plus à borner mes excès, j’optai pour la solution la moins modeste. À l’étude approfondie des livres anciens de théologie censés me distraire de mes fantaisie honteuses, j’ajoutai la chimie lourde. Latin et sel de bromure devaient me délivrer, pensais-je, des tourments grandissants de ma chair incapable de se soumettre à la loi divine. Peine perdue !
La nature prenant définitivement le dessus, je décidai d’apaiser l’ogre libidineux qui réclamait son dû : je pris un amant. Dans la foulée je m’improvisai porte-parole de mes frères d’infortune, partagés entre le désir de servir le Ciel et l’oppression de leur chair dénaturée, incompatible avec la dignité de leur futur ministère. En interrogeant les élèves et mes supérieurs je découvris que le séminaire était un repaire d’homosexuels à divers degrés refoulés mais parfaitement conscients de leur état…
Je terminai mes études dans la plénitude spirituelle et fus ordonné prêtre dans le quartier du Marais.
Raphaël Zacharie de Izarra