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Temps de lecture estimé : 18 mn
03/09/04
Résumé:  Dans une maison nocturne, un homme et une femme affrontent leur passé et leurs interdits
Critères:  fh couple amour voir jeu conte
Auteur : Olivier F Thomas  (Un auteur qui se cherche encore...)      
Les lumières dansantes de la clairière aux fauves


Elle entrouvrit la porte d’un geste prudent. La nuit dispersait ses petits bruits tout autour de la maison, et quelques rafales de vent faisaient claquer les stores de l’étage supérieur. Un train de nuit résonnait parfois dans le lointain, rivalisant de discrétion avec quelques voitures égarées. L’obscurité de la pièce lui sauta aux yeux. Folle d’angoisse, elle posa les yeux sur lui.


Ils avaient pourtant un contrat, et elle avait toujours accepté de s’y tenir, au cours de ces trois premières semaines de vie en commun. La taille de la maison leur permettait de se retrouver sans jamais se perdre complètement, de s’appartenir de manière indépendante. Chacun s’était rapidement aménagé un petit espace vital, un sanctuaire non pas inviolable, mais que l’autre était tenu de respecter. Et curieusement, les choses avaient bien tenu, de part et d’autre. Lui n’avait jamais cherché à entrer de façon ostensible dans la petite chambre à l’étage, dans laquelle elle se réfugiait de temps à autres afin de se débarrasser progressivement de son passé. Il savait où se trouvait la petite clé, mais il s’était toujours dit qu’elle l’y inviterait peut-être un jour, quand l’envie de partager deviendrait un peu plus forte… De son côté, elle savait que le petit bureau du rez-de-chaussée, juste à droite dans le couloir qui menait au salon, était un territoire hostile. Pas vraiment hostile non… Mais indiscutablement étranger. Elle s’y sentait assez mal d’ailleurs, comme si une présence étrangère tentait de la pousser en dehors de la pièce à chaque fois qu’elle venait y passer quelques secondes.

Et pourtant, cette nuit-là, elle avait pris la décision de descendre et d’ouvrir la porte, de venir le rejoindre. Elle s’était éveillée au milieu d’un rêve d’escalier, pour se retrouver seule dans le grand lit. Rien d’inquiétant à cela, c’était même plutôt une bonne nouvelle, par certains aspects. Entre le roman qu’il se promettait d’écrire et les divers articles insipides qu’il corrigeait pour assurer les fins de mois, le deviner en train de travailler était signe d’équilibre. C’était quelque chose qu’elle comprenait et respectait au plus haut point… Mais l’envie était entrée insidieusement dans son corps. Elle avait tourné et retourné dans les draps, cherché le sommeil, hésité, puis avait cédé à ce ténébreux appel qui l’avait saisie dans la poitrine et le ventre. Le besoin d’une chaleur, d’une présence. La sienne.


La porte était ouverte, et elle avait peur de son regard. Peur qu’il ne la chasse d’un haussement d’épaules ou d’une de ses phrases cruelles dont il avait le secret. Tout d’abord, il n’y eut aucun bruit. Seul le ronronnement de l’ordinateur troublait le silence de la pièce. Il était assis là, au milieu d’une légère odeur de tabac et d’encens. Son visage, tourné vers elle, était éclairé par l’écran ouvert sur Word. Les secondes cessèrent de couler l’espace d’un instant. Elle le regarda et le trouva beau. Elle sut lire dans ses yeux qu’il la trouvait belle. L’alchimie des mélanges.


Il ouvrit la bouche après un sourire mystérieux, et elle anticipa sur un frisson incertain.

« J’espérais que tu viendrais…, dit-il d’une voix légère.


Elle fit un pas en avant dans la pièce, et ne ressentit aucun signe de son malaise coutumier. Le désir dissipait ses appréhensions comme un courant d’air chasse l’atmosphère lourde des soirs de crises. Ses yeux noirs partirent à la rencontre des yeux verts rendus gris par le reflet de l’écran. Elle entra pour de bon et passa derrière lui, se laissant glisser dans son dos, d’une épaule à l’autre, insistant bien sur la nuque. Il sembla hésiter un instant, puis lança un bras derrière lui. Ses mains ne rencontrèrent que le vide : elle s’était éloignée d’un pas. Puis d’un autre. Il l’entendit s’asseoir sur le sol, dos collé au mur, juste sous la fenêtre ouverte.


Par défi, il reprit sa phrase là où il l’avait laissée. Une façon comme une autre de monter les enchères. Il s’appliqua à reprendre son texte, un commentaire en voix off qui devait être lu tout au long d’un reportage animalier sur la Cinquième. Il enchaîna les phrases sans y penser, en évitant de laisser son esprit vagabonder trop loin hors de la feuille. Mais le rappel à l’ordre était impossible à ignorer. Loin derrière son dos, un léger bruit de clapotis s’accompagnait d’une respiration profonde. Il tenta d’aménager un espace protégé à l’intérieur de ses pensées, un abri sur lequel rien de réel n’aurait prise… Mais la respiration lourde devenait saccadée, les clapotis s’emballaient et les premiers gémissement s’échappaient de la gorge d’une femme aux abois. Incapable de résister plus longtemps, il se retourna.


Une main posée à plat sur le ventre et l’autre enfouie un peu plus bas, jouant avec les différentes zones de son sexe, elle sourit en voyant à nouveau ses yeux verts lui faire face. Elle avait choisi sa pose, sachant qu’il ne résisterait pas longtemps à l’appel du plaisir. Son sourire de satisfaction se mua en rictus de victoire alors qu’elle avisait la bosse qui déformait son pantalon. Elle avait envie de lui, besoin de lui… Et un vrai frisson de plaisir la parcourut en constatant que le désir était partagé.


Il fut à sa hauteur en moins d’une seconde, ouvrant son jean d’un geste vif. Le sexe dressé jaillit aussitôt, bien plus dur qu’elle ne l’avait jamais vu. Elle l’engloutit en une fois, langue en avant, et commença à le sucer avec lenteur. Sa main libre quitta son ventre et vint le serrer à la base, pour bien lui faire sentir qu’elle le tenait, qu’elle avait le droit d’en faire ce que bon lui semblait. Il durcit encore, sous les impitoyables caresses de sa langue agile.

La sensation était fantastique. Il était debout, face à elle, les mains cramponnées à la poignée de la fenêtre, et il avait l’impression que les battements de son cœur étaient rythmés par cette bouche avide, ces lèvres luisantes de salive qui le prenaient, l’avalaient, le dévoraient, lui envoyant vague de plaisir sur vague de plaisir…


Il s’échappa soudain dans un mouvement d’orgueil, et la força à se relever en faisant pression sur sa gorge. Leurs yeux à tous deux étincelaient de désir et d’un subtil soupçon de défi. La main cramponnée à son cou, ils traversèrent la pièce. Il s’arrêtèrent, dans un même mouvement, à nouveau éclairés par la lueur de l’écran.


D’un revers de coude, il fit voler les différents brouillons de l’article et autres post-its qui recouvraient le bureau, et la jeta sans ménagement sur l’espace dégagé. Elle tomba assise, un peu à la renverse, et n’eut pas le temps d’esquisser un mouvement qu’il lui écartait déjà les cuisses, approchant sa queue raidie de la petite chatte détrempée. Le gland entra en contact avec le clitoris qui semblait presque vibrer de plaisir, puis descendit dans un geste à la fois lent et impatient, écartant les grandes lèvres sur toute la longueur, bref instant de répit avant un assaut rageur.


Elle le sentit s’enfoncer en elle d’un seul coup, qu’elle marqua par un cri de surprise bref et aigu, suivi d’un miaulement d’excitation. Elle ne sentait plus rien de sa position inconfortable, plus rien de sa nuque a demi pressée contre le moniteur, plus rien de la fraîcheur du bureau sous son dos et ses fesses… Elle ne voulait plus vivre que pour ce sexe, cette bite solidement arrimée en elle qui commençait à effectuer ses délicieux mouvements dans son ventre. Elle ferma les yeux et se laissa glisser pour s’allonger complètement, soupir après soupir. Son bassin venait à sa rencontre, l’accompagnait le plus longtemps possible dans les va-et-vient. Le rythme était lent, soutenu. Il entrait à chaque fois très loin en elle, y restait une seconde, puis repartait pour sortir presque entièrement. Et il revenait, à chaque fois un peu plus en profondeur, avec un sexe de plus en plus gonflé d’excitation. Le rythme, agaçant, lancinant, leur mettait les nerfs à vif. Bien qu’incomplet, le plaisir était fort, et il portait un nom : retrouvailles.


Elle entendit un grognement et ouvrit grand les yeux. Un signal inconnu s’empara de leurs corps, et il accéléra brutalement le rythme, leur arrachant à tous deux des soupirs satisfaits. Leurs yeux devinrent flous, leurs lèvres grimaçantes… Elle le sentait bouillant, pris d’une fièvre rageuse. Lui la regardait se tordre et crier son plaisir à voix basse. Des petits cris qui se perdaient dans des souffles et qui lui donnaient envie d’aller plus vite, de la poignarder chaque fois un peu plus fort… Il se laissa glisser sur elle et passa ses bras derrière son dos. Leurs bouches entrèrent en contact dans un premier baiser plein de force. Elle était serrée contre lui, pressée contre ses vêtements de plus en plus humides, et cherchait à se rapprocher encore. Sa petite nuisette frottait contre la chemise en lin, l’intérieur de ses cuisses caressait le jean déboutonné. Collés, écrasés l’un contre l’autre, ils échangeaient leur sueur avec volupté.


Serrant sa prise autour de son dos, il la souleva soudain, avec un grognement menaçant. La décollant du bureau, il la maintint collée contre lui en la débarrassant de tout appui. Elle eut le réflexe de se cramponner à son cou et de serrer ses jambes autour de ses fesses pour ne pas tomber. Et ils étaient là, lui debout, elle blottie contre lui mais avec la sensation d’être dans le vide. Impressionnée. Un long regard glissa sur leurs visages, assez intense pour arrêter le temps. Leurs lèvres se séparèrent enfin. Il reprit ses mouvements, et elle décida de l’aider en se laissant glisser de bas en haut, prenant appui sur son cou et ses épaules. Sa petite chatte trempée facilitait les allées et venues, comme déconcertée de se retrouver dans une telle position. Un équilibre pas si précaire que cela, ou elle n’avait que trois points d’appui : son cou, ses reins, sa bite. Cette dernière allait de plus en plus loin, de plus en plus profond. Le rythme était redevenu lent, mais la situation était assez claire pour que le message passe bien. « Je te tiens. Tu ne tomberas pas. Je suis la seule réalité de cet instant. Tes sens sont perdus, mais moi je suis bien réel. Ma queue est dans ton ventre, mon souffle dans ta gorge. Tu n’as pas à avoir peur. Je te tiens ».


Elle se laissa faire quelques secondes, puis décida de reprendre son indépendance. Au terme d’une longue redescente, elle posa le pied par terre et se dégagea tout à fait. Sa main s’empara du sexe dressé, auquel elle imprima quelques coups de poignet tout en faisant pivoter la chaise en face du bureau.


Il la regarda s’installer à quatre pattes sur la chaise, le front collé contre le tapis souris. Il la vit sans trop y croire glisser une main entre ses cuisses, et écarter les lèvres de son sexe avec deux doigts. Il l’observa quelques secondes, remuer ses fesses d’avant en arrière, au cas où il n’aurait pas compris le message. Il s’avança et fit glisser sa bite exactement entre les doigts écartés. Il la saisit fermement par les hanches et la dirigea d’avant en arrière, sans faire le moindre mouvement. Elle venait s’empaler sur le sexe de sa propre volonté, lui se contentant de la guider, de coordonner les deux corps qui s’offraient. La situation semblait lui plaire, car elle laissait échapper des gémissement profonds, des « Houiiiiiiiiiiiiiiiii » murmurés par saccades, qui ne tardaient pas à devenir des cris quand un coup plus violent que les autres venait plaquer ses couilles sur les doigts écartés.


Tout en se laissant prendre au jeu du plaisir, il quitta l’hypnotisme des fesses qui allaient et venaient devant lui pour laisser son regard se perdre sur l’écran. L’article était presque fini, et il regarda pour la première fois la photo qui servait d’illustration. La ville de Biarritz semblait luire sous un soleil de circonstance. La légende était d’une nullité sans appel : Les surfeurs ont trouvé des vagues à leur mesure. Il regarda à nouveau les fesses hypnotiques qui partaient pour mieux revenir à sa rencontre, et glissa sur la chute de reins, la colonne vertébrale, le dos, les épaules, le cou, les cheveux.


Elle le sentit changer d’attitude. Elle entendit sa voix articuler « ma lionne » et décida que ce surnom lui plaisait. Il changea d’angle, posa un pied sur la chaise, et multiplia les coups de reins agressifs et sauvages. À présent, elle ne pouvait plus bouger. Il attrapa ses poignets et les joignit dans le dos. Faisant porter tout son poids dans sa queue, il la baisa de manière frénétique et hystérique. Elle sentait les vagues de plaisir arriver, sans rien pouvoir faire pour les contrôler. Elle sentait sa bite grossir en elle, occuper de plus en plus d’espace. Elle se sentait possédée, prise, baisée… Chaque coup de rein était un espace de moins qui la séparait d’une jouissance inévitable. Et il redoublait sa rage, enfonçait ses doigts dans sa peau, frappant son pubis contre ses fesses.


Un cri s’empara d’elle, partant des graves pour accompagner chaque coup de reins vers les aigus. Un orgasme violent s’insinuait en elle, se diffusant depuis son ventre dans tout son système nerveux. Le plaisir roula en elle comme un coup de tonnerre, alors qu’un cri violent la trahissait à son bourreau.


Il cessa de bouger aussitôt, lui libérant les poignets. Elle en profita pour se dégager et se retourner. Lui faisant face, elle prit son gland entre ses lèvres, suçant, aspirant aussi fort que possible, lui serrant les testicules dans la main.

Une sueur glacée coula dans son dos quand il sentit la jouissance arriver. Le plaisir fou de se sentir disparaître dans la bouche d’une femme aussi superbe, aussi aimée, aussi aimante. Incapable de tenir plus longtemps, il éjacula dans un râle, sentant le sperme quitter son sexe pour se répandre dans sa bouche, et s’effondra en arrière, tombant au ralenti sur le sol.


Elle le regarda avec un rictus de plaisir, et tenta de conserver le plus longtemps possible les échos de son propre orgasme. Elle le regarda allongé en inclinant la tête. « Une lionne… Pourquoi pas ? »


Elle s’assit sur la chaise et le regarda tendrement. Les feuilles de brouillon jonchaient le sol, ce qui semblait beaucoup amuser la lionne silencieuse.


Il finit par se relever et s’approcher d’elle, mais elle refusa chacun de ses baisers et se contenta de mettre un doigt sur sa bouche alors qu’il faisait mine de lui poser une question. Elle caressa son visage avec ce même doigt, fit le tour de son front, de ses joues… Elle descendit le long de son cou, se pencha en avant pour recueillir quelques effluves de son parfum ravivé par la transpiration, puis défit un à un les boutons de la chemise. Le vêtement de lin tomba à ses pieds.

La lionne se lova derrière son amant et le prit dans ses bras, écoutant attentivement sa respiration. Elle glissa ses deux mains de chaque côté du pantalon, et elle le descendit avec lenteur.


Il sentit le blue-jean dévaler la pente de ses jambes et il se laissa faire sans protester. Ce silence lui plaisait, chose inhabituelle, lui qui la harcelait avec d’incessants « à quoi tu penses ? » aussi malvenus qu’inutiles. Une fois le pantalon au sol, il le chassa au loin d’un coup de pied, puis il se retourna pour confronter sa nudité au regard de la femme qu’il aimait. La lionne le contempla d’un air patient, puis elle se débarrassa de sa fine nuisette qui ne cachait plus grand chose. Enfin elle était nue devant lui. Ses petits seins aux tétons gonflés menaient un assaut fier et orgueilleux vers l’avant, signe que la nuit ne faisait que commencer.

Elle était nue et elle se sentait à l’aise. Elle était nue et elle se sentait belle. Elle était nue et elle se sentait libre. Elle ne voyait que du plaisir dans son regard à lui, ce qui la libérait de toutes les entraves qu’elle s’était patiemment forgées au fil des ans. Posant une main sur ses fesses, elle l’invita d’un geste silencieux à quitter la pièce.


Ils traversèrent le salon et le grand couloir, abandonnant leurs vêtements derrière eux. Tout en marchant, il sentait sa main lui caresser les fesses d’un geste tendre et pressant. Une vaguelette d’excitation se déversa en lui et vint s’échouer à l’intérieur de son sexe… Les petits picotement familiers étaient perceptibles, loin, très loin…


Elle lui fit monter les marches de l’escalier, et elle fut heureuse de ne voir aucune trace de surprise dans ses yeux quand elle ouvrit la porte de la petite chambre. SA petite chambre. Elle le poussa doucement à l’intérieur, puis entra à son tour, sans allumer.

Il se sentait heureux d’être ici. Non pas pour la symbolique de l’endroit, mais parce que c’était une envie subite qu’il avait eue en la voyant pousser la porte de son bureau, une heure plus tôt. Il n’avait pas besoin de tout savoir d’elle pour l’aimer, mais cette nuit était différente des autres. Ils avaient tous deux rompu un contrat pour mieux en signer un autre.


Elle disparut dans un coin, et craqua une allumette. Une petite flamme vint danser à hauteur de ses seins alors qu’elle allumait des bougies parfumées . Elle revint ensuite vers la porte et la ferma doucement. À clé. Toujours sans dire un mot, elle se dirigea vers une grande étagère sur laquelle reposaient des boites de classement en carton. Elle prit la première de la série, se déplaça jusqu’au centre de la pièce, et en vida le contenu sur le sol. Un torrent de feuilles de papier se déversa sur la moquette dans un bruit aérien. Jetant la boite vide de côté, elle se saisit d’une autre, qu’elle vida à côté du petit tas de la première. Et ainsi de suite avec toute la rangée. Parfois, au milieu des feuilles, on pouvait apercevoir quelques photos qui se perdaient dans la masse. Quelques petits objets semblaient également faire partie du naufrage. Mais tout sombrait si vite dans l’océan de blanc qu’il était impossible de vraiment distinguer quoi que ce soit.


Il la regarda tasser du pied le monceau de feuilles qui recouvrait désormais le sol. Elle essayait d’étaler au mieux les dunes de papier pour éviter de trop grandes courbes de niveaux. La regarder nue en train de bouger lui donnait des envies de plus en plus difficiles à ignorer. La lumière dansante des bougies créait des ombres mouvantes qui semblaient la caresser à chaque instant et il ne pouvait détourner les yeux. Son sexe se tendait, lentement, sans à-coups. Le sang irriguait les veines de façon lente mais inexorable, ce qu’elle ne manquait pas de remarquer à chaque fois qu’elle posait à nouveau les yeux sur lui.

Après un temps, elle s’estima satisfaite du décor. Bougies, parfums, et un océan de papier qui déferlait sous leurs pieds. Elle s’approcha de lui, esquiva un baiser, et frotta sa joue contre la sienne. Les amants se frôlèrent avec intensité, achevant de réveiller leurs sens assoupis.


Lui plaçant les mains sur les épaules, elle le força à s’asseoir sur les feuilles, puis à s’allonger tout à fait.


Il lui trouvait un drôle de sourire, un peu pervers, un peu flou. Un sourire qui l’excitait de plus en plus, rendant à son sexe sa vigueur initiale. Ainsi il était chez elle, dans son monde. Assez curieusement, il se sentait en confiance, en sécurité. Loin de son ordinateur et de la pression des mots à coucher sur le papier, il respirait mieux. Et pour l’heure, c’est lui qui était couché sur le papier.

La lionne s’approcha de sa victime consentante. À genoux devant le corps allongé, elle caressa sa poitrine avec sa joue et ses cheveux noirs, les faisant glisser du cou jusqu’au ventre, et provoquant de véritables décharges électriques au passage. Elle frotta ensuite sa joue contre le sexe dressé, poussant des petits grondements avec sa gorge. Le premier son qu’elle émettait depuis de longues minutes. Elle plaça ses lèvres fermées sur le haut du gland, et ne bougea plus. Son regard devint sauvagement sensuel. Un regard qui disait : « regarde-moi, regarde-moi bien ».


Il avait la respiration coupée, totalement soumis à ce regard et à cette bouche posée contre lui. Tous les deux étaient figés dans une attitude qui évoquait le rebord du monde, la frontière de toutes les vies.

Elle ouvrit tout doucement la bouche, le plus lentement possible, en conservant ses lèvres à quelques millimètres de son sexe. Elle poussa un son guttural en sentant le mélange de sperme et de salive quitter sa bouche pour recouvrir le gland, et descendre lentement vers la base de la queue dressée. Une longe coulée blanchâtre glissait, recouvrait, s’étalait.


S’il n’avait pas eu à ce point envie de la prendre, il aurait aussitôt éjaculé une nouvelle dose de sperme devant un tel spectacle. Le souffle toujours coupé, il regardait sa lionne jouer avec son sexe comme personne ne l’avait fait avant. Il se sentait dur à en exploser, mais elle continuait de l’observer comme si de rien n’était. Il n’avait jamais rien ressenti de tel : l’excitation à elle seule était plus forte que bien des jouissances qu’il avait connues avant elle.

Elle le reprit finalement en bouche, l’avalant aussi loin qu’elle le pouvait, puis remontant doucement avec un soupir satisfait. Elle rattrapa le sperme échappé et le sentit glisser dans sa bouche, puis dans sa gorge. Elle regarda les yeux verts avec un sourire tendre.


Il se remit sur les genoux pour venir à sa hauteur. Il embrassa son front, ses paupières, ses lèvres, trouva sa langue dans un baiser charnel. Il descendit dans son cou, sa gorge… Il plaça une main sur son sein gauche et s’amusa à lécher et aspirer le téton de son sein droit. Elle avait un corps brûlant, qui irradiait chaleur et désir tout autour d’elle. Il la tétait, l’embrassait, faisait mine de la mordre et s’arrêtait au dernier moment. La femme se rendait, s’abandonnait aux coups de langues et aux caresses. Elle fermait les yeux et communiquait par soupirs. Elle écartait machinalement les cuisses, comme une invitation à la langue de finir son voyage sur sa petite chatte, qu’elle sentait inondée, trempée de cette liqueur si précieuse qui le rendait fou. Il ne résista pas à l’invitation et ne tarda pas à plonger, langue en avant, sur le sexe offert. Il léchait, lapait, dégustait… Il se délectait du nectar comme du plus merveilleux des alcools.

De son côté, elle se sentait partir de plus en plus loin, s’enfoncer dans une vague de plaisir qui était intimement liée aux mouvements de cette langue qui se frottait contre son clitoris. Elle tremblait d’un mélange de plaisir/désir incontrôlable, et elle se laissait faire, abandonnant son corps sans résistance aux assauts mouillés. Les vagues de plus en plus violentes touchaient le rivage de plus en plus fréquemment. Elle porta instinctivement une main en travers de sa poitrine tandis que l’autre agrippait des feuilles de papier au hasard. Ses mains à lui étaient plaquées sur ses cuisses, qu’il écartait fermement alors qu’elle luttait pour les serrer autour de lui. Elle se sentait vraiment nue, découverte, mais loin de toute gêne, la sensation l’excitait terriblement. Elle était nue pour lui, ce qui changeait tellement de choses…


L’orgasme la saisit de plein fouet, lui arrachant un « Oui ! » aux intonations évocatrices. Elle se laissa retomber quelques instants, puis le prit dans ses bras, serrant aussi fort qu’elle le pouvait. « Tu es à moi… » dit la femme-lionne en souriant de tous ses crocs. Elle s’allongea sur lui, l’embrassant à pleine bouche et mélangeant son souffle au sien. Elle partit d’un rire nerveux avant de s’asseoir sur lui, guidant sa queue à l’intérieur de son ventre.


Il la regardait, émerveillé. La lionne qui le chevauchait semblait avoir perdu tout contrôle sur lui même, dans un état que ni alcool ni drogues ne lui permettrait jamais d’atteindre. En lui faisant l’amour, elle semblait plus réelle, plus authentique qu’elle ne l’avait jamais été. À califourchon sur lui, elle allait et venait avec une frénésie inimaginable.


A l’intérieur d’elle, lui aussi se sentait différent, plus vrai, plus vivant. Il était encore ivre de son goût, ivre du bonheur qu’elle lui donnait. Les mains à plat sur ses fesses, il avait de plus en plus de mal à se retenir de jouir.

De son côté, la femme-lionne donnait libre cours à ses instincts. Une foultitude de pensées et paroles obscènes allaient et venaient dans sa tête, sachant fort bien que viendrait un moment, tôt ou tard, où les mots franchiraient le barrage de sa gorge. Elle lui demanderait s’il aimait ça, s’il prenait son pied à l’intérieur d’une chatte aussi trempée, s’il jouissait autant avec les autres, s’il se branlait en pensant à elle… Et à chaque mauvaise réponse, elle ferait mine de partir…

Elle se pencha sur lui avec un sourire mauvais, frottant ses seins tendus contre sa poitrine, et lui chuchota dans l’oreille : « Tu sais pourquoi je te baise ici ? ».

Il ne s’attendait pas à une voix aussi douce… Il faisait du mieux pour ne pas gicler sans plus de cérémonie, et la question lui permit de souffler une petite seconde.

« Parce que c’est chez toi ?, hasarda t-il la voix tremblante. La lionne avait ralenti ses mouvements, et il réalisait à son grand désespoir que cela ne faisait qu’amplifier son envie de jouir.

« Oui, répondit-elle. Mais aussi… Regarde sur quoi tu es en train de te faire baiser ! »


Il tourna la tête et ses yeux partirent à rencontre des vagues qui composaient l’océan de papier. Il reconnut l’ensemble d’un seul coup. Des nouvelles. Des textes. Des lettres. Des brouillons. Des mots. Des échanges. Des cris, des soupirs, des larmes, des douleurs… Imprimés, conservés, probablement lus et relus. Leur passé commun, si beau, si dur, si flou, si violent, était étalé autour d’eux comme un bref témoignage de tout ce qu’il leur en avait coûté pour se retrouver en ce moment précis du temps…

« Tu vois tout ça ? », lui demanda t-elle d’une voix sourde.

« Je vois, oui », dit-il avec sérieux.

Elle arrêta brusquement tout mouvement du bassin et se redressa.

« Tout ça, c’est nous », dit-elle très sérieusement.

Elle appuya son ventre le plus loin possible contre sa queue, comme pour marquer une trace d’une dernière étreinte.

« Je dois te dire… », commença t-elle.

Il la regardait, hypnotisé… Elle marqua un long temps, regarda les feuilles, le regarda lui, et ouvrit finalement la bouche :

« Je t’aime ! »


Elle appuya sa phrase d’un coup de rein féroce, un coup lâché de fauve en perdition… Elle s’acharna sur lui avec rage et jouissance, attrapant ses doigts et les léchant avec délectation pour ensuite les guider vers la raie de ses fesses. Elle grognait, riait, soupirait, hurlait, suppliait, jouissait. Et il n’en pouvait plus, et il se sentait happé, dévoré, porté au sublime de la jouissance, avec le sentiment très net qu’il n’oublierait jamais ces deux dernières heures de sa vie.


Il fut pris de spasmes alors qu’il s’apprêtait à jouir. Elle s’en aperçut et se déchaîna plus encore. Voir cette homme en train de jouir d’elle l’excita assez pour que les quelques derniers coups quelle porta en hurlant la terrassent au même moment que lui, emportés par la même lame de fond…


L’air vibra autour d’eux, leurs corps se fondirent en une seule âme, et ils s’écroulèrent, l’un à l’intérieur de l’autre… Et tout s’éteint. Seul le plaisir demeurait, veillant sur eux et les couvrant de milles caresses qu’ils emportaient en rêve.

Elle se réveilla quelques heures plus tard, alors que les bougies achevaient de se consumer. L’encre des feuilles sur lesquelles ils s’étaient roulés avait été effacée par la sueur, rendant une grande partie du texte désormais illisible. Tout resterait désormais en eux. À eux de ne pas l’oublier, d’en souffrir, d’en rire parfois, et de l’accepter.


La lionne se leva, embrassant délicatement son amant sur les lèvres et le sexe, mais en prenant bien soin de ne pas le réveiller. Elle enfila une culotte et partit pour la salle de bains.