Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 07021Fiche technique9274 caractères9274
1684
Temps de lecture estimé : 7 mn
31/01/04
Résumé:  Patrick et Fanny bébarquent en Guadeloupe. Ils sont inquiets : leur ami JPP aurait été marabouté...
Critères:  bizarre vacances campagne jeu -lettres humour
Auteur : Planque  (J'ai publié une quarantaine de nouvelles SF et Fantastique.)      
L'Homme à queue de cochon

(Moun a qué cochon)



Une nouvelle de JPP



© JPP, Avril 2003.




« Ma Dile,

J’ai plein de choses folles à te raconter… Figures-toi que je suis en Guadeloupe, sous les palmiers depuis déjà 15 jours. La plage, les cocotiers, le ti’ punch, une vie de rêve, quoi… L’amour, le sexe, la déconnade à fond. Pourtant, ça avait si mal commencé, ma Dile, que j’avais craint de ne jamais revoir le jour !


Nous sommes arrivés, Tybi et moi en Guadeloupe, le 1er juin 2004. Notre ami JPP (que tu connais) ne semblait pas en très bonne forme. Il nous avait envoyé un courrier des plus inquiétant dans lequel il parlait de "mal des îles", de tchimbwa, maraboutage, et autres bizarreries encore. Nous étions inquiets pour sa santé. Avait-il irrémédiablement pété les plombs ? Mon mari et moi avions aussitôt sauté dans un de ces vieux rafiots de la compagnie Air France, un de ces aéronefs français dans lesquels on voyage serrés comme des sardines. Ah, putaing ! Fallait que je l’aime, mon JPP, pour accepter de ne pas fumer pendant 8 heures, merde, et la bouffe était comme toujours dégueulasse et ils ne passaient pas de film de cul. Nul !


Quand l’avion a négocié son virage sur la mangrove, j’ai jeté un coup d’œil vers Tybi. Mal, nous étions mal ! On a bouclé nos ceintures et j’ai aperçu la piste qui se rapprochait à toute vitesse. J’étais à deux doigts de gerber dans les fauteuils, mais fallait rester digne !



Bon, ça y était. On s’était posés. Je reconnaissais l’aéroport de Pointe-à-Pitre. Il était où, mon JPP ? Il n’allait tout de même pas me refaire le coup du faux douanier, avec fouille intime ? La dernière fois, il avait bien failli m’avoir avec sa fausse moustache et sa perruque fluo. Quand il m’avait demandé de le suivre dans la cabine de fouille, j’avais eu comme un doute. Mais je m’étais tout de même exécutée.


La cabine était spéciale: Il y avait un bar et un lit circulaire. Il a dit : « Déshabillez-vous. Je dois vérifier que vous ne transportez pas d’objets dangereux… »


Pendant que je laissais tomber mon tee-shirt et ma jupe, je le voyais qui s’activait au bar. Il avait sorti deux petits verres et confectionné deux ti’ punchs selon la coutume ancestrale :



Après avoir lancé un CD de Zouk Love, il avait dit : « Ça, c’est pour après ! »


Tu sais, ma Dile, j’ai commencé à baliser. Tybi avait disparu et j’étais quasiment à poil devant ce type, avec la clim qui durcissait la pointe de mes seins.


En hésitant, j’ai demandé : « Après quoi ? »


« Quand je serai certain que tu es bien ma Fanny ! » Avait-il crié en arrachant moustache et perruque fluo. Il était contre moi et ses mains pétrissaient mon corps, effleuraient ma peau.


Qu’aurais-tu fait, toi, mon Odile ? J’avais eu envie de le frapper, de crier, d’alerter tous ces innocentes passagères en transit et en même temps mon corps s’était offert à lui, s’était abandonné à ses caresses, avait retrouvé celui qu’il n’avait jamais cessé d’espérer.


Il était enfin là, tout contre moi, sa langue pénétrant ma bouche et son sexe dressé contre mon ventre nu. Ah, c’était vraiment bon ! J’en avais tout oublié : les huit heures d’avion, le décalage horaire, mon mari. J’étais ailleurs. Dans les îles avec lui !



Cette fois-ci, aucun douanier n’a prétexté la moindre fouille. C’est plus tard, après la récupération de nos bagages qu’un flic s’est avancé vers nous. Il a dit :



Je me suis aussitôt écriée :



Il jouait l’étonnement, mais j’aurais parié ma chemise et le reste que c’était lui !


Tybi me faisait des signes. Il avait envie de se la jouer cool. On était tout de même en vacances…


« Tu vois bien que c’est un black » m’a-t-il glissé dans l’oreille. Puis s’adressant au policier :


« Qu’est-ce qui se passe ? Sommes-nous, oui ou merde, dans un pays démocratique ?



Nous l’avons suivi jusqu’à sa Toyota qui attendait sur un parking non éclairé.


« Monté abo’… » nous a-t-il invités. Et il a aussitôt enclenché la première, direction la sortie !



La nuit était tombée d’un coup.


L’homme roulait vite et bien, évitant adroitement les vélos dépourvus d’éclairage. J’étais montée devant, Tybi s’était affalé à l’arrière avec les bagages. L’air frais de la nuit me fouettait le visage.


Soucieux de détendre l’atmosphère, le flic demanda :

« Vous aimez la Guadeloupe ?



Un portable s’était mis à sonner dans une des poches de sa chemise. Il le colla à son oreille, écouta un moment, puis marmonna quelques mots en créole :


" Cé moun’ la rivé ! " (Ils sont arrivés).


La Toyota traversait Morne-à-l’eau. En d’autres circonstances, nous aurions certainement apprécié l’animation des rues, toute cette foule bigarrée, ces couleurs, ces odeurs et tous les parfums qui flattaient nos narines. Mais le cœur n’y était vraiment pas. Où nous menait ce vrai/faux flic et qu’allions-nous découvrir ? Je m’attendais au pire.


Nous roulions en direction de Port Louis. La nuit s’épaississait en même temps que nos cerveaux. Ma pauvre Odile, je commençais à avoir peur de chez peur ! Tybi, lui, restait calme. Je me suis même demandé s’il ne s’était pas endormi.


La Toyota s’est engagée dans un chemin complètement défoncé. On a roulé comme ça une bonne centaine de mètres avant de s’arrêter devant une case entourée d’herbe haute et de manguiers.


« C’est là ! » A dit le flic. Il nous a invités à descendre, a balancé nos valises dans l’herbe et s’est tiré, oui tiré comme s’il avait le diable aux trousses !


Je te dis pas …


« Bon, qu’est-ce qu’on fait ? A demandé Tybi. On va pas rester là comme deux nazes… »


J’ai crié :



La terrasse de la case s’est illuminée, une vague silhouette s’est dessinée dans la porte avant de tituber dans notre direction. C’était lui ! Mon cœur battait à tout rompre. J’allais enfin le retrouver.


Nous nous sommes précipités. Son visage nous apparut en pleine lumière: Pâle à mourir, ravagé, rongé par la misère et par le rhum. Le jeune homme qui m’avait follement aimée un an plus tôt n’était plus: Devant nous se tenait une épave, un pauvre vieillard tremblant de tous ses membres et qui semblait tout juste bon à baiser une mouche…


Tybi pleurait:


« JPP, mon JPP, qu’est-ce qui t’est arrivé ? »


Alors Odile, tu me croiras jamais. La créature qui était devant nous a émis des sons qui ressemblaient à des paroles.


Dans la bouillie des mots qui sortaient de sa bouche, j’ai clairement distingué :


« Ké cochon, bwoi bandé ! »


Ces mots, il les a prononcés une dizaine de fois. C’était comme un leitmotiv assourdissant : Ké cochon, bwoi bandé !… Qui se mit à emplir la nature autour de nous. Comme si les grenouilles, les manguiers, les flamboyants, les coqs et les chiens, répétaient ces mots terribles : « Ké cochon… bwoi bandé… »


Nous ne comprîmes la signification de ces terribles paroles que quelques heures plus tard, quand notre ami, calmé par nos soins, trouva la force de s’exprimer :


« C’est terrible, nous confia-t-il, une salope de sorcière m’a jeté un sort. Une Jamaïquaine belle à crever, mais jalouse pire qu’un pou ! »


Tybi et moi sirotions nos ti’ punchs. Par la fenêtre ouverte montaient les cris d’un bœuf assoiffé. Le jour commençait à poindre. Tybi s’impatienta :


« Qu’est-ce qu’elle t’a fait, bordel ? Raconte !



Il se leva et, devant nos yeux ébahis, baissa son short.


« Regardez : Ké cochon ! Un sale matin, je me suis réveillé avec ça entre les jambes : une queue de cochon, une queue en tire-bouchon ! Dites-moi quelle nana je pourrais bien contenter avec un truc pareil !



Et, il s’est mis à rire, à rire, à se bidonner, à tel point qu’on s’est tous mis à rigoler comme des bossus. J’en ai pissé plusieurs fois dans ma culotte.


Et puis, tout à coup, JPP a arraché le masque en latex qui couvrait son vrai visage, il a dévissé la prothèse d’entre ses jambes et l’a jetée sur la table au beau milieu des verres, des bouteilles vides, et des cendriers pleins.


« Je vous ai bien eu, bande de potaches ! S’est-il écrié. Bienvenus en Guadeloupe, et que la fête commence ! … »


La suite, ma Dile, tu l’imagines sans peine…



Ta Fanny.