| n° 06705 | Fiche technique | 39465 caractères | 39465Temps de lecture estimé : 22 mn | 14/08/03 |
| Résumé: Tout ceci n'est-il que l'invention d'un cerveau malade ? Ou bien est-ce vraiment la réalité la plus triste ? Il faudra bien que quelqu'un paye... | ||||
| Critères: f fh fhhh voir facial fellation fgode humour policier -humour -policier | ||||
| Auteur : Gufti Shank Envoi mini-message | ||||
_ Commençons par le commencement ! Vous vous appelez Gufti Shank, c’est ça ?
_ Oui, c’est cela, monsieur le commissaire.
Il me fixa du regard, dardant ses petits yeux vifs et agités dans les miens, que je m’efforçais de garder calmes.
_ Drôle de nom… Pas français, ça, hmmm ?
_ Si… Enfin, non, pas vraiment, mais je suis français.
_ Mmmmmouais… Vous avez vos papiers ?
_ Oui, tenez.
_ Hmm… Et vous venez d’où avec un nom comme ça ?
_ Mon père est moitié hindou moitié anglais et ma mère est française d’origine danoise.
_ Bon, je vais cocher la case "règlements de compte entre immigrés".
_ Hein ???
_ Monsieur Shank, reconnaissez-vous les meurtres de Carmina Sanchez, Tony Sanzano et Judica Lekowski ?
_ Non, je ne reconnais rien du tout.
_ Vous savez que si vous coopérez, la justice en tiendra compte.
_ Mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Je suis innocent de ces meurtres. D’ailleurs il n’y a pas eu de meurtre.
_ Qu’est-ce que vous en savez ?
_ Je le sais, c’est tout.
_ Quels sont vos liens avec ces personnes ?
_ Aucun; je ne les ai vus qu’une seule fois.
_ Aujourd’hui ?
_ Oui, aujourd’hui.
_ Pour quelle raison ?
_ Professionnelle.
_ Vous avez vu chacun d’entre eux aujourd’hui pour la première fois, et curieusement, ce soir, on les retrouve morts… Et vous allez me dire que vous n’y êtes pour rien ?
_ Oui, j’affirme que je ne les ai pas tués… D’ailleurs c’est moi qui vous ai signalé leur mort, du moins à deux d’entre eux. Je n’aurais pas été stupide au point de le faire si je les avais tués.
_ A moins que ce ne soit justement un prétexte… Quelle est votre profession, monsieur Shank ?
_ Je travaillle chez Guiness.
_ Vous livrez de la bière ?
_ Non, Guiness, la maison qui publie le livre des records. Vous connaissez le livre des records, quand même ?
_ Oui.
_ Eh bien je suis visiteur, c’est-à-dire que c’est moi qui dans un premier temps vais vérifier les prétendus records des gens qui nous appellent.
_ Ce n’est pas un huissier ?
_ Qui valide, si. Mais moi, je vais juste vérifier. Car les trois-quarts de nos candidats sont bidons. Et si le record, ou l’invention (car je travaille aussi pour le livre des inventions), est plausible et non existant, je fais appel à notre huissier.
_ Et qu’est-ce que ça a à voir avec mes trois macchabées ?
_ Eh bien c’étaient des clients.
_ Des clients ?
_ Oui. Enfin, c’est-à-dire qu’ils pensaient avoir un record ou une invention à faire valider. Donc je les ai rencontrés aujourd’hui pour vérifier.
_ Ceci ne m’ôte pas la certitude que vous êtes leur assassin.
_ Mais puisque je vous dis que non. Et puis, vous avez des preuves ?
_ Non, pour l’instant juste de sérieuses présomptions. Mais d’abord, vous permettez, nous allons vérifier vos déclarations. Avez-vous une carte professionnelle ? Et les coordonnées de votre employeur ?
_ Oui, attendez, un instant… Tenez, voici ma carte. Et là, le numéro de téléphone.
_ Mademoiselle Carter ? … Mademoiselle Carter ?
Répondant à l’appel du commissaire, une somptueuse jeune femme entra dans la pièce.
_ Ah, tenez, mademoiselle Carter, vous voudrez bien vérifier ce numéro de téléphone. Demandez s’ils emploient bien un dénommé Gufti Shank.
_ Oui, monsieur le commissaire, je m’en occupe.
_ Ah, et puis aussi, mademoiselle Carter, lancez la bande magnétique.
La jeune femme acquiesça d’un mouvement de tête, puis sortit en refermant la porte derrière elle. Le commissaire reprit:
_ Alors, monsieur Shank, racontez-moi plus précisément vos entretiens avec les victimes.
_ Si vous voulez.
_ Carmina Sanchez, d’abord. Je vous écoute, monsieur Shank.
_ Mademoiselle Sanchez a fait appel à nous voici environ une semaine. Elle prétendait avoir inventé et conçu un appareil prodigieux et révolutionnaire.
_ Quel genre d’appareil ?
_ Un gode.
_ De quoi ?
_ Un gode, vous savez quand même ce que c’est qu’un gode, commissaire ?
_ Oui, évidemment. Mais je croyais que le livre des inventions et celui des records ne s’occupaient pas de tout ce qui se rapportait au sexe.
_ Effectivement, les livres officiels ne traitent pas de ces sujets-là. Mais il existe un livre des records réservé à un public averti. Et de même pour le livre des inventions.
_ Je n’aime pas qu’on se moque de moi, monsieur Shank.
_ Vous ne me croyez pas ? Eh bien vérifiez. Appelez mon employeur et demandez l’édition "oméga" du livre des records. Et puis si vous avez encore un doute, allez voir sur internet.
_ Mmmouais… nous vérifierons. Bon, continuez.
_ Donc mademoiselle Sanchez prétendait avoir conçu un gode, ou plutôt un vibromasseur, d’un tout nouveau genre.
_ Attendez ! Mais pourquoi n’a-t-elle pas tout simplement déposé un brevet plutôt que de faire appel à vous ?
_ Oh, c’est très simple. Les démarches de déposes de brevet sont pénibles, et si le livre des inventions "valide" l’invention, c’est eux qui se chargent de tout cela. Donc pour nos clients, c’est plus simple de faire appel à nous.
_ Qu’est-ce que vous avez à y gagner ?
_ Rien. Ou peut-être un peu de pub. Nous ne vivons que des ventes de nos ouvrages…
_ Bon, reprenons. Donc, vous êtes allés chez mademoiselle Sanchez ce matin ?
_ Oui, mon employeur avait convenu d’une visite avec elle. Il était prévu que je passe vérifier son invention ce matin. Je suis arrivé chez elle vers 10h30. Elle m’a ouvert, m’a montré son appareil. J’ai rempli le questionnaire habituel. J’ai effectué les premières vérifications d’usage.
_ C’est-à-dire ?
_ Eh bien, j’ai parcouru tous mes dossiers sur le sujet "godes et vibromasseurs" afin de voir ce qui existait déjà, et de me rendre compte si oui ou non, son engin était réellement une nouvelle invention.
Je fus interrompu par des coups légers sur la porte; c’était la jeune femme qui revenait:
_ Ah, mademoiselle Carter. Alors ?
_ J’ai appelé à ce numéro. Mais je tombe sur un disque qui me dit que toutes les lignes sont occupées.
_ Et vous ne pouvez pas laisser de message ?
_ Si, mais je ne savais pas si…
_ Allez-y, faites-le. Et tiens, composez le numéro d’ici, que j’entende ça.
_ … Voilà, monsieur le commissaire.
_ Mettez donc le haut parleur, mademoiselle Carter.
_ "Société Guiness, bonjour. Toutes nos lignes sont actuellement occupées. Veuillez rappeler ultérieurement ou bien laisser un message avec vos coordonnées, nous vous rappellerons. … Tûûûûtttt."
_ Mmouais. Bon. Mademoiselle Carter, vous réessaierez régulièrement, et si vous ne parvenez pas à les joindre, dites-leur de nous rappeler. Dites-leur que c’est pour une affaire concernant un de leurs employés. Bien, alors, qu’avait-il de particulier, ce gode ?
_ Je vous demande pardon, monsieur le commissaire ?
_ Non, ce n’est pas à vous que je parle, mademoiselle Carter.
_ Ah, excusez-moi.
La jeune femme allait sortir mais s’arrêta; on aurait dit qu’elle avait envie d’entendre la fin de l’histoire. Elle fit mine de s’occuper à trier deux ou trois choses dans la pièce.
_ Alors, monsieur Shank ?
_ Eh bien, mademoiselle Sanchez parlait de son invention en disant "mon gode intelligent", bien que, je le répète, c’était plutôt un vibromasseur qu’un gode.
_ C’est-à-dire ? Il parlait quand elle se le mettait ? Du genre: "Alors, salope, je te fais du bien, hein ?"
_ Non, ce n’était pas aussi con que ça, monsieur le commissaire. Cet objet était censé "réagir" aux variations de son environnement.
_ …?
_ En gros, c’est tout simplement qu’il ne vibrait pas de la même façon suivant l’état d’excitation de la fille qui l’utilisait.
_ Mais comment c’est possible, ça ?
_ Je ne sais pas, ce n’est pas mon boulot… Mais je pense que ça réagissait à l’humidité qui l’entourait…
Mademoiselle Carter s’était arrêtée et nous écoutait avec apparemment la plus grande attention.
_ Et pour les hommes ?", reprit le commissaire.
_ Comment ça pour les hommes ?
_ Eh bien, si c’était un homme qui l’utilisait ?
_ Vous m’en demandez beaucoup, commissaire… Si cela vous intéresse tant, je pense que le mieux est que vous lisiez les plans et les carnets de mademoiselle Sanchez.
_ Bon, oublions ça, vous voulez bien ? Et retournons à notre victime. Continuez, je vous prie.
_ Son "gode intelligent" était effectivement d’après nous une réelle invention. Nulle part je n’avais trouvé la moindre mention de quelque chose de semblable. Je fis donc part de cela à mademoiselle Sanchez, qui, heureuse, me proposa de me faire une démonstration de l’utilisation de son invention.
_ Je n’aime pas trop qu’on se foute de ma gueule, monsieur Shank.
_ Bon, c’est vrai, j’exagère un peu. En fait, c’est moi qui lui ai demandé une démonstration.
_ Vous êtes un pervers !
_ Non, c’était pour l’homologation.
_ Je croyais que c’était un huissier ?
_ Oui, mais je voulais vérifier qu’il n’y avait pas de dysfonctionnement majeur.
_ Et alors ?
_ Eh bien, il y en avait un.
_ Vous voulez dire qu’elle a accepté de vous faire une démonstration ?
_ Oui. Mais elle a fait cela relativement discrètement. Sans se dévêtir. Elle a juste remonté un peu sa jupe, a mis en route l’appareil, et se l’est introduit doucement.
_ Et alors ?
_ Eh bien tout en se masturbant, elle m’expliquait les différences de rythme de l’appareil, et la façon dont il fallait l’utiliser. Elle se déhanchait et entrecoupait toutes ses phrases de légers gémissements.
La belle mademoiselle Carter me sembla alors même esquisser comme un sourire de béatitude.
_ Vous vous foutez encore de moi, monsieur Shank.
_ Je n’oserais pas, monsieur le commissaire.
_ Et ?
_ Et elle m’expliqua notamment que le dernier problème de son appareil était qu’il fonctionnait à l’électricité, et qu’elle était obligée de le laisser en permanence branché sur du 220 volts.
_ Hein ?
_ Oui. Et c’était vrai qu’il y avait un long fil qui lui sortait de… enfin, qui dépassait d’entre ses cuisses et qui allait jusqu’à une prise de courant. Et évidemment, ça n’a pas raté. Il y a dû avoir un court-circuit, ou bien son appareil n’était pas correctement isolé, enfin, toujours est-il qu’elle s’est électrocutée.
_ Hein ???
_ C’était horrible. Elle s’est soudain mise à hurler, j’ai essayé de l’aider, mais je n’ai rien pu faire. Et en quelques secondes à peine, elle était toute raide par terre, avec toujours son invention plantée dans le corps.
_ … Mais vous croyez vraiment que je vais gober ça, monsieur Shank ?
_ Vérifiez autant que vous le voulez. Tout s’est exactement passé comme je vous le dis.
_ Et où est passée l’arme du crime, ce mystérieux gode magique ?
_ Il est resté chez elle, je l’ai posé sur la table. Par décence, je lui ai retiré, après avoir coupé l’électricité.
_ Ben voyons. Vous auriez pu au moins prévenir une ambulance, ou les pompiers ?
_ A quoi bon ? Elle était morte, je ne pouvais plus rien pour elle.
_ Bon, nous allons vérifier ça, aussi. Mademoiselle Carter ?
La jeune femme me donna l’impression de sortir d’un moment de torpeur passagère.
_ Oui, monsieur le commissaire ?
_ Vous avez entendu, mademoiselle Carter ? Alors, appelez l’inspecteur qui enquête sur l’affaire Sanchez, et dîtes-lui de vérifier tout ça.
_ Oui, monsieur le commissaire.
Elle sortit cette fois-ci de la pièce d’un pas décidé.
_ Alors, monsieur Shank, après cela, vous êtes tranquillement reparti vous promener ?
_ Pas me promener, monsieur le commissaire, je suis reparti travailler. J’avais d’autres personnes à rencontrer.
_ Oui, Tony Sanzano et Judica Lekowski ?
_ Exact.
_ Donc vous aviez un cadavre sur les bras, et vous êtes tranquillement parti travailler, sans prévenir personne ?
_ Je ne suis pas tranquillement parti travailler. Je me suis rendu à mes autres rendez-vous, point. Que pouvais-je faire de plus ? Et ne dîtes pas que je n’ai prévenu personne, car j’ai appelé le commissariat pour signaler la mort.
_ Sans vous présenter, ni donner aucun renseignement ?
_ Il fallait que j’aille à mes autres rendez-vous. Je suis payé à la com’, moi.
_ Mmmouais, tout ça n’est pas bien clair. Nous allons attendre de voir ce que dira le légiste. Mais curieusement, je ne m’attends pas trop à ce qu’il confirme votre version… Bon, continuons avec Tony Sanzano. Car c’est bien chez lui que vous vous êtes rendu ensuite, n’est-ce pas ?
_ Oui, en effet. Monsieur Sanzano nous a appelés, il y a trois jours, prétendant qu’il était détenteur d’un record du monde.
_ Et qu’était-ce donc, cette fois-ci ? Il pensait avoir la plus grosse ?
_ Oui.
_ Arrêtez vos conneries, monsieur Shank !
_ Mais ce ne sont pas des conneries, commissaire ! Il y a plein de dingues partout dans les rues, et Tony Sanzano en était un ! Un vrai frappé, un maniaco-dépressif de première classe ! Pas dangereux, mais complètement allumé !
_ Vous allez me faire croire qu’il était persuadé d’avoir la plus grosse queue du monde et qu’il voulait vous la montrer pour que vous lui confirmiez ?
_ Oui, à peu de choses près, c’est ça.
_ Vous êtes sûr que vous vous sentez bien, monsieur Shank.
_ Je me sentirais encore mieux si vous ne mettiez pas en doute tout ce que je dis.
_ Mmouais… Bon, et donc ?
_ Eh bien, monsieur Sanzano m’a dit penser pouvoir entrer dans notre édition "oméga" grâce à sa queue. J’ai vérifié rapidement quelles étaient nos données en termes de dimensions. Il m’a dit que le mieux était qu’il me la montre. Et sans attendre de réponse de ma part, il a baissé son froc.
_ Et alors ?
_ Et alors j’ai tout de suite compris que le pauvre monsieur Sanzano se foutait le doigt dans l’œil. J’avais déjà remarqué qu’il était psychologiquement fragile, alors j’ai voulu le ménager. J’ai essayé de lui dire calmement et doucement que d’après moi, il pouvait se rhabiller dans tous les sens du terme. Mais il a pris cela très mal, et a commencé à devenir verbalement violent, me disant que je ne connaissais pas mon métier, qu’il était évident qu’il avait la plus grosse queue du monde, et que d’ailleurs, il se l’astiquait plusieurs fois par jour. Du coup, comme il n’en démordait pas et ne voulait pas admettre que quelqu’un puisse en avoir une plus grosse que la sienne, eh bien, je lui ai tout simplement montré la mienne…
_ Ha ha ha ha ha ha ha ha !!!
_ Cessez de rire, commissaire. Ce n’est que la plus stricte vérité.
_ Bien entendu !
_ Autre chose, monsieur le commissaire: quand j’ai quitté le domicile de monsieur Tony Sanzano, il était tout ce qu’il y a de plus vivant. Un peu dépressif peut-être, mais extrêmement vivant.
_ C’est pourtant vous qui nous avez appelés, non ?
_ Oui. J’ai d’abord appelé l’hôpital pour signaler que monsieur Sanzano n’était pas au mieux de sa forme, et que je le sentais prêt à faire une connerie…
_ Vous voulez dire qu’il s’est suicidé ???
_ Bien sûr, commissaire.
_ Mais comment le saviez vous ? Enfin, je veux dire, pourquoi nous avez vous appelés s’il était vivant ?
_ J’allais vous le dire: l’hôpital m’a répondu qu’ils avaient autre chose à foutre que de surveiller tous les dépressifs du pays, et m’a conseillé de veiller moi-même sur mon ami. Mais comme ce n’était pas mon ami et que moi aussi j’avais autre chose à faire, j’ai décidé de vous appeler vous.
_ … Mmmmmmouais, bon. Votre petite histoire a eu au moins le mérite de me faire rigoler. Maintenant vous permettez qu’on vérifie toutes vos déclarations ?
_ Je vous en prie, faites.
Le commissaire appela de nouveau son assistante:
_ Mademoiselle Carter ? Mademoiselle Carter ?
La jeune femme revint précipitamment. Et tandis qu’elle parlait avec son patron, je me fis encore une fois la réflexion qu’elle était vraiment magnifique.
_ Oui, monsieur le commissaire ?
_ Mademoiselle Carter, je voudrais que vous appeliez le médecin légiste à propos de Tony Sanzano: demandez-lui tout d’abord quelle est d’après lui la cause du décès et si ça pourrait être un suicide. Ensuite demandez-lui de mesurer son sexe.
_ Je vous demande pardon, monsieur le commissaire ?
_ Vous m’avez très bien compris, mademoiselle Carter.
_ Vous voulez que je demande au médecin légiste s’il a un gros sexe, c’est ça ?
_ Ah, non, effectivement, vous n’avez pas bien compris. Je veux que vous demandiez au médecin légiste quelle est la longueur du sexe de monsieur Sanzano. C’est clair ?
_ Oui, monsieur le commissaire, très clair. Mais vous êtes bien sûr que ça ait une quelconque importance ?
_ Monsieur Shank ici présent le pense…
_ Ah, bon !
_ Dites, encore une chose, mademoiselle Carter ?
_ Oui ?
_ Amenez-nous également un double décimètre, s’il vous plaît.
_ !!!??? … Oui, monsieur le commissaire.
Là, je me devais d’intervenir:
_ Euh… si je peux me permettre, monsieur le commissaire ?
_ Oui, monsieur Shank, je vous écoute.
_ Un triple serait préférable.
_ !!!
Tandis que mademoiselle Carter quittait la pièce, apparemment perplexe et déboussolée, le commissaire me fixa une nouvelle fois de ses petits yeux crispés, cherchant sans doute à savoir si je me foutais ouvertement de lui ou pas. Mais après quelques secondes, il reprit doucement la parole:
_ Bon, passons, et revenons-en à nos cadavres… Continuez de me raconter votre journée, monsieur Shank.
_ Où en étais-je ? Ah oui, quand je suis sorti de chez monsieur Sanzano, j’ai donc appelé l’hôpital, puis vous, puis je me suis dirigé à mon rendez-vous avec mademoiselle Lekowski, qui elle, nous avait appelés pour nous parler également d’un record qu’elle pensait détenir.
_ Allez-y, faites-moi peur ?
_ Elle pensait pouvoir avaler la plus importante quantité de sperme frais en une minute.
_ Ha ha ha ha ha ha ha ha !!!
_ Cessez de rire, commissaire, je vous ai déjà dit qu’il y avait des tarés à chaque coin de rue. Ouvrez par hasard le livre des records, édition standard, et regardez déjà le genre de conneries qu’on peut y trouver. Et puis ensuite essayez d’imaginer ce qu’on pourra avoir dans l’édition "oméga". Rendez-vous compte qu’il y a assez de records pour en faire un livre entier…
_ Ha ha ha ha ha ! Franchement, vos histoires ont le mérite de me faire rire… Et alors, comment la brave mademoiselle Lekowski a-t-elle procédé ?
_ Très simplement: elle s’était adjoint pour l’occasion le concours d’une vingtaine de mecs qui sont tous venus se masturber autour d’elle. Quand le premier a éjaculé sur elle, elle a commencé à avaler, j’ai déclenché le chrono, et au bout d’une minute je l’ai arrêté.
_ Ha ha ha !!! Et alors ?
_ Ca a été un échec. Seuls trois des gars qui étaient là ont réussi à éjaculer dans la minute réglementaire. Mais Judica Lekowski ne s’est pas découragée, et elle a eu raison. Elle a fait une seconde tentative. Et cette fois, quand le premier type a été prêt à gicler, elle a demandé aux autres où ils en étaient. Leurs réponses ont du lui paraître encourageantes car elle s’est aussitôt mise à avaler. Et huit autres mecs lui ont offert un coup à boire avant la fin de la minute.
_ Ha ha ha ha ! Et alors, c’est un record ?
_ Oui, du moins, ça partait pour en être un.
_ Pourquoi, que s’est-il passé ?
_ Elle a avalé de travers.
_ Ha ha ha ha ha ha !!!
_ Ne rigolez pas, monsieur le commissaire. Peu avant la fin de la minute, mademoiselle Lekowski s’est mise à tousser drôlement, et est devenue presque bleue, avant de s’effondrer carrément dans de drôles de râles. On s’est tous précipités pour voir ce qu’elle avait. Mais il était trop tard, et elle mourut dans nos bras.
_ Une bien belle mort !
_ Si vous le dîtes… Enfin, pour honorer sa mémoire, je vais essayer de faire homologuer son record à titre posthume…
_ Bon, et une fois encore, vous espérez que je vais croire ça ?
_ Ben, comme c’est la vérité, oui, j’aimerais bien que vous y croyiez…
_ Alors, dans l’ordre: tous ces types dont vous parlez qui venaient lui gicler dessus, où sont-ils passés ?
_ Vous comprendrez que dans des circonstances comme ça, ils n’étaient pas pressés de se retrouver mêlés à l’enquête. La plupart d’entre eux font ça pour rigoler, et personne dans leur entourage n’est au courant, évidemment, et aucun d’entre eux ne souhaite que quiconque le sache. Quand ils ont vu la tournure que prenaient les évènements, ils ont paniqué. Je leur ai proposé de m’occuper de toutes les déclarations aux enquêteurs, et leur ai dit de rentrer chez eux.
_ Mmmmmouais… Bon, secundo: on va vérifier si on trouve des traces de sperme chez elle, ou bien sur ses fringues.
_ Inutile, elle n’en manquait pas une goutte…
_ Attendez…
Il rappela sa secrétaire, qui accourut presque aussitôt:
_ Mademoiselle Carter ? … Mademoiselle Carter ? … Avez-vous déjà appelé le légiste ?
_ Non, monsieur le commissaire, pas encore. J’étais en train de me demander de quelle façon j’allais m’y prendre pour lui poser les questions dont vous m’avez parlé.
_ Eh bien, pendant que vous y serez, vous lui demanderez aussi s’il y a du sperme dans l’estomac de mademoiselle Lekowski, et s’il y en a, vous lui demanderez s’il y en a beaucoup.
_ … ?
_ Eh bien, ma petite, ne restez pas là plantée à me regarder comme ça ! Faites-le.
_ Oui, monsieur le commissaire, j’y vais, monsieur le commissaire.
Elle sortit, cette fois très certainement plus que chamboulée.
_ Bon… Et tertio, monsieur Shank: comment se fait-il que cette fois-ci vous ayez attendu tranquillement l’arrivée de nos services ?
_ Ma journée était terminée. Je n’avais plus de rendez-vous.
_ Et vous n’avez pas eu de remords de ne pas nous avoir signalé les autres morts plus tôt ?
_ Mais je vous ai dit que je vous les avais signalés ! Et puis, d’ailleurs c’est seulement là que j’ai appris que monsieur Sanzano avait été trouvé mort…
_ Mmmmouais… Bon… Nous allons attendre les rapports du médecin légiste et ceux des inspecteurs, afin de vérifier vos déclarations. Mais sachez qu’à mes yeux, vous n’êtes pas innocent. Et ce ne sont pas vos petites histoires qui me feront changer d’avis…
_ C’est pourtant la plus stricte réalité. Voyez, monsieur le commissaire: c’est tellement sordide que jamais je n’aurais pu inventer ça moi-même.
Il marqua une pause, semblant réfléchir un instant.
_ Bon, monsieur Shank, à mon tour de vous raconter une histoire. C’est l’histoire d’un homme et de deux jeunes femmes, tous les trois relativement aisés, et tous les trois, curieusement, connus des services de police. Ces trois personnes ne se connaissaient pas, pourtant, toutes les trois ont eu un destin presque commun. Car toutes les trois ont aujourd’hui reçu la visite du même homme, et toutes les trois sont ce soir au fin fond de la morgue en train d’être disséquées par notre médecin légiste… L’homme en question se dit innocent de la mort de ces trois personnes et invente pour se faire disculper un tas d’histoires plus glauques les unes que les autres.
_ Laissez-moi raconter la fin de cette histoire: Mais le brave commissaire de police, après avoir enquêté se rendit compte que les histoires glauques de l’homme qu’il pensait coupable n’était en fait que la plus sombre réalité, et il lui rendit sa liberté.
_ Nous n’en sommes encore pas là…
_ Vous disiez qu’ils étaient riches et connus des services de police. Je veux bien vous croire, mais pourtant, ils n’avaient pas l’air de brigands, et, à part mademoiselle Lekowski, ils n’avaient pas l’air de crouler sous le fric ?
_ Ecoutez cela, monsieur Shank: Carmina Sanchez: diplômée de l’université de physique de Havana, ex call-girl de luxe en Angleterre, dont elle fut expulsée à la suite de problèmes avec la justice et le fisc anglais. Reconvertie à son arrivée en France en directrice d’agence matrimoniale spécialisée dans l’homosexualité. Tony Sanzano: directeur d’agence immobilière, connu de la police pour des problèmes de harcèlements moral et sexuel. Judica Lekowski: ex star du hard mieux connue sous le pseudonyme de Judixa, reconnue coupable plusieurs fois de corruption sur des fonctionnaires des impôts et de la police. Que pensez-vous de tout cela, monsieur Shank ?
_ Que ça colle très bien à ce que j’ai vu aujourd’hui. L’ex call-girl lesbienne fabrique des godes, le pervers dépressif obnubilé par sa queue, et la pompeuse de talent qui a pris goût au sperme, rien qui m’étonne outre mesure.
_ Vous savez que vous m’étonnez par votre froideur et votre indifférence. Vous paraissez blasé, monsieur Shank.
_ Si vous faisiez mon métier, monsieur le commissaire, vous ne vous étonneriez plus de rien.
_ C’est moi qui dis ça, d’habitude…
Le jeune femme revint d’un pas décidé dans la pièce où nous nous trouvions. J’avais remarqué qu’elle n’avait pas frappé, cette fois.
_ Monsieur le commissaire ?
_ Ah, mademoiselle Carter, alors ?
_ Alors, j’ai quelques informations. Tout d’abord, j’ai rappelé la société Guiness, et monsieur Shank est bien employé chez eux.
_ Bien. Quoi d’autre ?
_ Ensuite, j’ai eu l’inspecteur Morel, qui s’occuper de l’affaire Sanchez. Il m’a confirmé avoir trouvé sur la table du salon un appareil électrique qu’il a d’abord pris pour un sèche-cheveux mais qui s’avère en fait être apparemment un… euh… comment dire…
_ Un gode ?
_ Oui, monsieur le commissaire. Et d’après l’inspecteur Morel, cette chose avait été utilisée peu de temps auparavant, probablement par la victime. Il a essayé de le faire fonctionner, mais l’appareil a l’air en panne. Ils sont actuellement en train de vérifier les empreintes.
_ Autre chose ?
_ Oui, j’ai eu en ligne le médecin légiste. Il n’a pas eu le temps de terminer les examens approfondis des trois cadavres, mais voici ses premières conclusions: Carmina Sanchez serait morte d’un arrêt cardiaque et Tony Sanzano d’empoisonnement. Il n’a pas encore d’opinion pour la troisième victime et va, comme vous l’avez demandé, regarder son estomac. Il vous rappellera quand il en saura plus.
_ D’accord.
_ Enfin, pour cette histoire de longueur, il a dit: au repos, dix-neuf centimètres, et j’ai rarement vu ça…
_ Tu m’étonnes !" s’exclama le policier.
_ Pardon, monsieur le commissaire ?
_ Non, rien. C’est tout ?
_ Oui, c’est tout. Ah, si, voilà votre règle.
_ Merci. Bon, mademoiselle Carter, je voudrais que vous mesuriez le sexe de monsieur Shank.
_ !!!…??? J’espère que vous plaisantez, monsieur le commissaire.
_ Est-ce que j’ai l’air de plaisanter ?
_ Pfffff…
_ Ne soufflez pas comme ça, mademoiselle Carter. Le métier de policier a parfois des aspects pénibles, mais qu’il faut apprendre à surmonter. Alors, s’il vous plaît, mademoiselle Carter, veuillez mesurer le sexe de monsieur Shank.
_ Oh là là…
La jeune femme s’approcha de moi et se mit à genoux devant ma chaise. Elle m’écarta les cuisses et entreprit de déboutonner mon pantalon. Je repoussai doucement ses mains tremblantes, en tentant de la rassurer:
_ Attendez, laissez-moi vous aider, mademoiselle.
Mais le commissaire m’interpella:
_ Monsieur Shank, contentez-vous de baisser votre froc et de vous tenir tranquille.
_ Mais, commissaire, je veux juste lui faciliter un peu la tâche.
Il m’ignora, et attendit que la jeune femme ait extrait mon sexe de mon caleçon.
_ Alors, mademoiselle Carter ? Vos conclusions ?
_ Je n’avais jamais imaginé un engin de cette taille, monsieur le commissaire.
_ Et encore, je ne bande pas…" fis-je avec un sourire.
_ Monsieur Shank, personne ne vous a demandé votre avis ! … C’est bon, rhabillez-vous !
La jeune femme se releva, livide, et sortit de la pièce sans dire un mot. Mon interrogateur paraissait déçu et perplexe à la fois. Je me renfroquai et le regardai à nouveau dans les yeux:
_ Vous voyez, commissaire, je ne vous ai menti sur aucun point.
_ Taisez-vous, et laissez-moi réfléchir ! De toute façon, vous restez tout en haut de ma liste de suspects. Pour l’instant, vous êtes libre, mais je vous demande de rester à notre disposition à tout instant. Tenez, reprenez vos papiers, et foutez-moi le camp !
_ Merci, commissaire. Mais encore une fois, je vous assure que je vous dis la vérité. Il n’y a pas de méchants dans cette histoire. Juste des accidents…
Je rentrai chez moi en repensant à toute cette histoire. C’était vrai que plus rien ne m’étonnait. Je marchai nonchalamment, sans penser à rien. Quelle heure était-il ? Déjà bientôt huit heures du soir. En arrivant chez moi, je me posai longuement dans un fauteuil, savourant quelques minutes de repos. Je me servis un whisky et m’allumai une cigarette. Un peu de détente. Je me sentais presque bien. Puis quelqu’un frappa à la porte. Je me levai, allai ouvrir.
_ Tiens ?" fis-je, feignant la surprise. "Mademoiselle Carter. Bonsoir… "
_ Oh, Gufti, mon amour ! Tu as été merveilleux…
Elle sauta dans mes bras et passa les siens autour de mon cou.
_ Mais toi aussi, ma puce, tu as joué ton rôle à merveille. Le pauvre commissaire va sauter par la fenêtre quand il découvrira le rôle que tu as joué.
_ Oui. D’autant qu’il a de sérieux doutes. Quand je suis partie, il était sur internet à la recherche de renseignements concernant l’édition "oméga" du livre des records.
Je me surpris à sourire. Pauvre commissaire… Mais le téléphone sonna tout à coup. Julie (mademoiselle Carter) me regarda. Je lui fis signe d’attendre le déclenchement du répondeur. Celui-ci ne tarda guère. L’annonce retentit distinctement, nous arrachant chacun un sourire:
_ Société Guiness, bonjour. Toutes nos lignes sont actuellement occupées. Veuillez rappeler ultérieurement ou bien laisser un message avec vos coordonnées, nous vous rappellerons. … Tûûûûtttt.
_ Félicitations aussi pour ton annonce !" fis-je à Julie.
_ Allô ! … Euh… Ici, le commissariat de police…
C’était la voix du commissaire. Nous partîmes dès lors d’un grand rire nerveux, tandis qu’il continuait.
_ Euh… je vous appelle au sujet d’un certain Gufti Shank. Pourriez-vous me rappeler ? Merci.
Il raccrocha. Julie me sauta à nouveau dans les bras. Nous nous embrassâmes longuement, tournoyant doucement sur nous-mêmes.
_ Ca y est, Gufti, nous sommes riches ! On a réussi ! Nous sommes riches !
_ Oui, mon amour, on a réussi.
Je l’embrassai encore. Puis repris:
_ Enfin, on a presque réussi. Il nous reste à quitter le pays.
_ Ce n’est qu’un détail. Et puis, regarde…
Elle sortit quelque chose de son sac; c’était une petite pochette qu’elle me tendit. Je l’ouvris: il y avait deux passeports, deux permis de conduire, deux billets d’avion pour Venise et des traveler-chèques. Je tournai vers Julie des yeux incrédules:
_ Tu as réussi, mon amour ? C’est super ! Mais comment as-tu fait pour les passeports et les permis ?
_ J’ai usé de mon charme auprès d’un de nos experts, et ça a suffi.
Un éclair de jalousie passa une seconde dans mes yeux, mais je me ravisai rapidement.
_ Et de ton côté ?" me demanda-t-elle. "Tout s’est bien passé ?"
_ J’ai eu un peu de mal à faire ingérer à la pauvre mademoiselle Lekowski notre mélange, mais sinon tout s’est bien passé. Mais heureusement quand même que tu as pu intercepter l’appel du légiste.
_ Oui.
Il y eut un silence. Elle darda vers moi des yeux de braise.
_ Et si on profitait un peu de nous, maintenant ?
Je vins me coller tout contre elle, baladant mes mains le long de son corps divin. Elle m’embrassa, chaudement, longuement. Je fis glisser le long de ses épaules les bretelles de son bustier, puis dégrafai langoureusement son soutien-gorge. Je me mis à lui caresser doucement les seins, tandis qu’on s’embrassait toujours.
_ Je crois que je sais ce qui te ferait plaisir…" me fit-elle d’un faux air mystérieux.
Je l’embrassai encore une fois, avant qu’elle ne s’agenouille à mes pieds.
_ Tu as réussi à ne pas bander, tout à l’heure ?
_ Heureusement. C’était plus crédible…
Elle s’empara de mon sexe durcissant et le guida jusqu’à sa bouche. Je lui caressai amoureusement les cheveux tandis qu’elle entreprenait une pipe de rêve dont elle seule avait le secret. Nous fîmes ensuite tendrement l’amour. Lentement, passionnément. Pour moi, en plus du bonheur charnel, ce fut comme l’expiation de nos pêchés, comme de vider mon âme.
Je larvais ensuite tranquillement sur le sofa tandis que Julie prenait une douche. Je parcourus les faux papiers qu’elle nous avait ramenés. J’allais désormais m’appeler: Patrick Thomas et elle Céline Durand. Des noms passe-partout. Et notre avion partait dans trois heures. Il ne fallait pas qu’on perde de temps. Julie sortit de la salle de bains, drapée d’un petit peignoir bleu. Elle était encore plus belle que jamais.
_ Je prends ta place dans la douche." lui fis-je. "Et puis après, on peut y aller."
_ Okay. Moi, je vais appeler ma mère pour lui dire que je pars quelques temps à l’étranger.
Je pris ma douche, en repensant à tout ça. C’est vrai que j’avais des remords. Mais bon, maintenant on était riche. Et c’était tout ce qui comptait. En arrêtant l’eau de la douche pour me savonner, j’entendis la douce voix de Julie.
_ Oui, il est avec moi, là.
Tiens, elle n’avait jamais parlé de moi à sa mère. C’était la preuve que ça devenait sérieux entre nous. Quand toute cette histoire se serait tassée, on reviendrait voir toutes nos familles et nos amis. Mais pour l’heure, il fallait qu’on mette les voiles. J’entendis Julie raccrocher juste avant que je ne relance l’eau pour me rincer.
_ J’arrive, ma puce. Je serai prêt dans une minute.
_ Prends tout ton temps, mon amour," me répondit-elle, "nous avons encore une bonne heure devant nous."
Je m’imaginai la vie de rois que nous allions mener tous les deux. Ça ne pourrait sans doute pas durer toujours, certes, mais ça valait le coup de se faire plaisir quelques années. Je me séchai et sortis de la douche, cherchant à entendre ce que faisait ma princesse. Mais elle ne faisait plus le moindre bruit. Elle avait sans doute dû s’assoupir, me dis-je.
Mais quand je sortis de la salle de bains et vins dans le salon, je ne l’y trouvai pas. Pas non plus dans la cuisine.
_ Julie ?" appelai-je.
Pas dans les toilettes, pas dans la chambre.
_ Julie ? … Julie ? Où es-tu ?
Je commençai de me demander sérieusement où elle était passée. Qu’était-elle allée foutre ? Puis je remarquai une feuille de papier punaisée sur la porte d’entrée de l’appartement. Pour la première fois depuis le début de cette histoire, je me mis à douter vraiment. Je pris peur, même. J’arrachai la feuille et la parcourus rapidement: "Mon cher Gufti, désolée de te faire faux bond, mais j’ai plus de chance de m’en sortir seule. Tu auras au moins appris qu’il ne faut faire confiance à personne, et encore moins aux femmes ! Je te laisse les travelers pour te payer un bon avocat. Ta queue me manquera. Adieu. Julie." Je me mis à hurler:
_ Ah, la salope !!!
J’enrageai, je pestai. Je me mis à courir dans le couloir de l’immeuble, espérant pouvoir la rattraper. J’étais à moitié à poil, mais je m’en foutais. Plus rien ne comptait que la rage désespérée qui s’était emparée de moi à la découverte de sa trahison. Je descendis les marches quatre à quatre, et arrivais dans le hall d’entrée de l’immeuble. Elle était sans doute déjà loin. Je sortis en trombe dans la rue, prêt à foncer à droite, ou à gauche, je n’en savais rien.
Mais tout ce que je vis fus une voiture de police garée devant l’immeuble, et une autre qui s’approchait. Le commissaire en sortit aussitôt, une arme à la main. Je me mis à courir, sans réfléchir.
Voilà, j’ai écrit ces quelques lignes de la prison, où ma bonne conduite m’a valu le droit d’obtenir un stylo et un bloc de feuilles. Je viens de tout relire, et c’est seulement maintenant que j’éprouve des remords. Mais mon plus gros est d’avoir fait confiance à Julie. La police est toujours à sa recherche, et je leur ai dit tout ce que je savais. J’ai bien sûr pensé à me foutre en l’air, mais j’ai finalement une bonne motivation pour attendre de purger ma peine: quand je sortirai, d’ici une vingtaine d’années, je traquerai Julie sans relâche pour lui faire payer tout ça…