| n° 06135 | Fiche technique | 63302 caractères | 63302Temps de lecture estimé : 36 mn | 17/04/03 |
| Résumé: Odile arrive en ville, à la recherche d'un travail. | ||||
| Critères: ff collègues magasin amour fsoumise fdomine photofilm lingerie fmast intermast attache ecriv_f | ||||
| Auteur : Servane | ||||
Dès que j’étais sortie du train, j’avais acheté le journal local afin d’étudier les offres d’emploi, je m’étais assise à une table du buffet de la gare et j’avais commandé un chocolat chaud. Mon doigt avait suivi nerveusement les colonnes de la page des annonces. J’avais eu soudain peur de ne rien trouver, de moi dépendait l’avenir et le bien-être de ma mère. Ce n’était pas une grande ville, le choix était donc restreint. Après avoir écarté les emplois de serveuses de café ou de restaurant, il ne restait plus qu’une place de serveuse dans une pizzeria, une de vendeuse dans une boutique, deux de femmes d’ouvrage et une de madame pipi dans un grand magasin. Les autres places vacantes demandaient un niveau d’étude bien plus élevé que le mien. Je décidai donc de me renseigner d’abord sur l’emploi de vendeuse. Si mon appel était négatif, j’essayerais les places de femme d’ouvrage. Sinon, il ne me resterait plus que celui de serveuse.
La chance fut avec moi. J’eus eu une réponse au premier coup de téléphone donné et je notai soigneusement l’adresse. Après avoir demandé mon chemin à un agent de police, je m’étais mise en route vers le centre avec mon sac de voyage. D’après les renseignements que j’avais reçus, j’en avais pour une vingtaine de minutes de marche. Je m’étais abstenue de prendre le taxi pour économiser au maximum le peu d’argent dont je disposais. La rue en question était interdite à la circulation automobile et ne comportait quasiment que des commerces. En remontant la rue, mon attention avait été attirée par une pancarte à la vitrine d’un magasin, annonçant qu’une vendeuse était recherchée, avant de m’apercevoir que le numéro de la maison était celui qui m’avait été donné. Cette maison était un magasin de lingerie. La vitrine était joliment décorée mais le fond était fermé par des panneaux garnis de sous-vêtements, empêchant de voir l’intérieur. Après une brève hésitation, j’avais poussé la porte. Je ne connaissais pas grand-chose en lingerie, mais je ne risquais rien en me renseignant et je n’avais rien à perdre.
Une femme aux cheveux noirs coupés courts et vêtue d’un tailleur pantalon gris s’avançait vers moi d’une démarche décidée. Un peu plus grande que moi, elle paraissait âgée d’une trentaine d’années. Elle avait une voix dont le timbre clair révélait une certaine autorité. Je m’étais de suite sentie un peu intimidée.
J’étais complètement prise au dépourvu.
Je me sentis rougir.
Elle m’emmena dans une pièce attenante à la boutique et qui devait être la réserve.
Les mains tremblantes, je posai mon sac et déboutonnai ma veste. Je n’avais rien d’une exhibitionniste et j’étais d’un naturel plutôt pudique. Si l’affiche avait porté la mention mannequin, jamais je ne serais rentrée. Je me sentais comme mise au pied du mur. Je me débarrassai de mon chemisier et fis glisser ma jupe.
J’étais de plus en plus rouge, extrêmement confuse. La femme me regardait attentivement, en tournant autour de moi. Bien qu’il n’y ait rien eu de malsain dans sa manière d’agir et que son regard ne reflétât aucun vice ni voyeurisme, cela me mettait mal à l’aise. C’était la première fois que je me trouvais dans une telle situation, que j’étais jaugée et jugée. Je réalisai alors qu’à côté de la gêne, j’éprouvais une certaine anxiété à l’annonce du verdict de l’examen. Allait-elle me trouver apte à présenter sa marchandise ? Je ne m’étais jamais plainte de mon physique. Sans être très grande, j’étais plutôt mince avec des hanches bien dessinées et une poitrine peut-être un peu trop lourde. Mes longs cheveux bruns cascadant dans mon dos suscitaient toujours l’admiration de mes camarades d’école. Mes jambes avaient l’habitude de la marche et mes bras celle du travail. Je ne me trouvais pas spécialement jolie, mais j’avais toujours eu mon petit succès auprès des garçons de mon école.
Elle fronça les sourcils, réfléchissant un instant.
Son tutoiement soudain me surprit un peu, plus que les conditions dans lesquelles elle me disait vivre. Devant mon air ébahi, elle éclata de rire.
Son visage se fendit d’un sourire inattendu sous son attitude austère.
Intimidée par son regard qui me transperçait, je serrai sa main ferme.
Elle me fit visiter son magasin qui se résumait à deux pièces. La boutique proprement dite était une sorte de grand salon tout en longueur, meublé de fauteuils entourant une table basse. Il y avait de nombreuses grandes photos sur les murs illustrant des modèles de lingerie portés par des filles splendides. Aucun rayonnage, aucune armoire pour ranger la marchandise. La seule chose commune avec un magasin classique était le petit comptoir dans un angle du fond. L’ameublement était de style rustique, agrémenté de plantes vertes et de plusieurs bouquets de fleurs séchées. La moquette et les murs recouverts de tissu donnaient à l’ensemble une ambiance feutrée très agréable et intime. La réserve comportait un alignement d’étagères sur lesquelles la marchandise était rangée de manière impeccable. Dans un coin, il y avait un bureau sur lequel trônait des bacs de papiers empilés et un ordinateur allumé. Au-dessus, une étagère supportait toute une série de classeurs. Dans l’angle opposé, il y avait un évier surmonté d’un miroir et d’une tablette supportant quelques accessoires et produits de beauté. À côté, il y avait un petit réfrigérateur, une table et deux chaises. Une autre table, plus étroite, était rangée contre le mur. Elle supportait une cafetière électrique, une petite bouilloire, des tasses, des soucoupes, des verres, et un coffret contenant des couverts. Au-dessus, une armoire murale était suspendue. Ma nouvelle patronne m’expliqua le fonctionnement de son commerce. C’était elle qui accueillait les clients et les installait dans les fauteuils. Suivant leur choix, c’était à moi de leur apporter du café, du thé ou une boisson rafraîchissante sortie du réfrigérateur. Pendant que je servirais, elle décrirait l’ensemble que je porterais à ce moment-là. Ensuite, elle présenterait les catalogues et me ferait passer ce que la cliente désirerait voir.
Ce n’était pas compliqué et j’avais compris que j’allais travailler dans une boutique de lingerie de luxe. Mis à part le fait que j’allais devoir m’exhiber en sous-vêtements, ce travail ne s’annonçait pas désagréable. Mais peut-être allais-je m’habituer à me montrer en petite tenue.
Ma patronne me donna tout un assortiment de sous-vêtements à ma taille qu’elle me demanda de ranger à part. Elle me fit mettre un ensemble noir classique et me demanda de rester pieds nus en attendant d’avoir des chaussures adéquates.
J’avais effectivement la peau très blanche. Sa remarque me fit sourire.
Pendant que je rangeais tout ce qu’elle m’avait donné, elle décrocha le téléphone posé sur son bureau et je l’entendis prendre rendez-vous pour l’épilation. Quand elle eut raccroché, elle m’expliqua qu’un dermatologue de sa connaissance pouvait me prendre tous les jours à midi trente pour une épilation au laser.
J’expliquai que ma mère souffrait de la maladie d’Alzheimer et qu’elle était placée dans une maison spécialisée. Seulement, sa retraite ne suffisait pas à payer la pension. Etant fille unique, j’étais seule à pouvoir compenser le manque d’argent. Je demandai qu’elle verse les trois cents Euros manquants sur le compte de l’établissement, au nom de ma mère.
Je me tortillai les mains, mal à l’aise.
Elle me montra l’appareil.
Elle s’absenta un court instant et revint avec des sandwichs fourrés que nous mangeâmes dans la réserve. Elle m’indiqua le chemin pour aller chez le médecin et je m’y rendis sans tarder. C’était un homme petit et rondouillard, de caractère jovial. Il me fit enlever le bas et m’installer sur sa table de consultation. Il promena un instrument sur les poils de mon pubis, l’immobilisant quelques secondes régulièrement. Je sentais un léger picotement et il le déplaçait. La séance dura une demi-heure et je retournai à la boutique. L’après midi, je dus affronter mes premières clientes. Malgré mon appréhension, tout se passa sans le moindre problème. Ma patronne fut enchantée de voir que je me débrouillais aussi bien pour présenter la lingerie que pour servir les boissons.
J’étais effarée de voir les sommes que dépensaient les clientes pour quelques articles. Ce qui était vendu ici était complètement inabordable pour moi. Pour le prix d’une culotte, j’en aurais acheté une douzaine dans mon magasin habituel. À la fermeture, ma patronne avait vendu quatre ensembles et une gaine. À mes yeux, elle venait de gagner une petite fortune.
Il m’avait fallu entendre son prénom dans une conversation pour savoir qu’elle s’appelait Nicole. Mais tant qu’elle ne m’autorisait pas à l’utiliser, je continuerais à l’appeler madame. Je remarquai qu’elle passait la plupart de son temps libre, entre les clientes, sur son ordinateur. Elle m’avoua qu’elle adorait surfer sur Internet. Quand je lui dis que je n’y connaissais rien, elle m’expliqua un peu. Elle prit comme exemple la maladie de ma mère, je fus sidérée par la quantité de renseignements qu’on pouvait recueillir rien que sur ce sujet. Elle m’annonça que c’était pareil pour n’importe quoi.
Après avoir éteint les lumières et verrouillé la porte, Nicole introduisit une clé dans un petit boîtier encastré dans le mur de façade et la tourna. Aussitôt, un lourd grillage métallique descendit devant les vitrines. La boutique était à l’abri tandis que les vitrines, encore illuminées, restaient visibles. Sa voiture était garée sur un parking à proximité, un gros quatre fois quatre dans lequel je me sentis perdue. Nicole conduisit en souplesse tout le long du trajet. Nous sortîmes de la ville et roulâmes un long moment sur une route départementale. La voiture quitta soudain cette route pour s’engager sur un chemin caillouteux balisé par des piquets de bois. Ceux-ci m’intriguèrent car ils ne supportaient ni clôture ni fil électrique. Nicole m’expliqua qu’ils servaient à ne pas perdre la route par temps de neige. Le trajet s’éternisa tant que je me demandai si elle ne m’emmenait pas au bout du monde. J’étais loin de m’imaginer que la maison était aussi isolée. En fait, nous montions collines après collines, traversant de grandes étendues d’herbe rase complètement désertes et parsemées de rochers. Je ne m’étonnais plus que l’électricité n’arrive pas jusqu’à cet endroit. Nous arrivâmes enfin en vue d’une maison ancienne, rénovée, toute en pierre.
La maison était divisée en deux parties. Il y avait le corps de logis d’un côté, et la bergerie avec son fenil de l’autre. Celle-ci avait été transformée en garage et atelier. La maison était de plain pied, sauf la chambre qui m’était destinée qui avait été aménagée sous le toit. Le tout était entouré d’un magnifique jardin amoureusement entretenu. Ma patronne m’apprit que sa maison et son jardin étaient toute sa vie.
L’endroit me stupéfiait. J’avais l’impression d’être plongée dans le décor d’un roman de Jean-Michel Thibaut.
J’étais littéralement en extase devant le site, la beauté de la maison et son décor splendide.
Elle remua les cendres qui gisaient au fond de l’âtre pour réveiller des braises. Tout près, il y avait du petit bois sec et des bûches. Nicole eut tôt fait de ranimer le feu.
La cuisine se faisait au gaz dont elle ramenait des bouteilles de la ville. L’eau était tirée d’un puits à l’aide d’une pompe à main installée dans la cuisine même, au-dessus d’un antique bac en pierre de taille servant d’évier. Il paraissait peser un poids considérable et avait du servir d’abreuvoir pour les animaux car deux gros anneaux métalliques étaient scellés sur sa face. Je goûtai un grand verre d’eau, elle était douce et fraîche, un réel délice. Il n’y avait pas de salle de bain, mais une antique baignoire sur pieds était installée dans la chambre à coucher de Nicole. On y accédait par une porte située à côté de l’âtre. La pièce bénéficiait de la chaleur communiquée par le feu au mur mitoyen au deux pièces. Il n’y avait pas d’eau courante, il fallait remplir la baignoire avec des seaux.
Nicole me laissa m’installer pendant qu’elle préparait un repas. La chambre était petite mais confortable. Elle était meublée d’un vieux lit blanc métallique d’une personne, qui grinçait un peu mais qui était très joli. Une antique garde-robe rustique à deux portes suffisait largement à accueillir mes affaires. Il y avait une commode recouverte d’une plaque de marbre, surmontée d’un miroir et sur laquelle étaient posés un bassin émaillé décoré de petites fleurs bleues et une cruche assortie. Près d’un mur, le sol était percé d’un large trou recouvert d’une grille, ce qui permettait à la chaleur du feu, au rez-de-chaussée, de monter dans la chambre. Tout, dans cette maison, semblait avoir été rassemblé ou conservé avec le plus grand soin. Rien n’était imitation, tout était d’époque. Je me crus retournée cinquante ans en arrière. Au repas, je félicitai mon hôtesse pour la beauté de sa demeure.
Nous expédiâmes ensemble la vaisselle, après quoi Nicole s’activa dans son jardin. Quand je lui demandai à quoi je pouvais me rendre utile, elle me demanda de me charger du repassage, tâche que j’acceptai de bon cœur. Je fus toutefois déroutée de devoir le faire devant l’âtre, ce qui était nécessaire pour faire chauffer à tour de rôle les deux vieux fers en fonte. Pour contrer l’obscurité qui s’installait, Nicole me montra comment allumer les deux lampes à pétrole posées sur la cheminée. Elle fit ensuite pivoter un gros bras métallique en forme de potence qui supportait un énorme chaudron et l’immobilisa au-dessus du feu.
Un peu plus tard, il faisait trop sombre pour travailler à l’extérieur, elle rentra au moment où j’avais terminé le repassage.
Nicole sourit en haussant les épaules.
Je sursautai.
Je pouffai.
Tout se passa sans le moindre problème. Nicole n’eut pas un regard ni un geste équivoque. La baignoire était bien assez grande pour nous accueillir toutes les deux. Ma patronne avait raison en disant que la deuxième n’aurait pas eu l’eau très chaude. D’autant plus que nos deux corps maintenant la température à un certain niveau.
Nicole était une superbe jeune femme. Elle avait des épaules bien carrées et ses muscles jouaient dans son dos bien droit. Son ventre plat et musclé était souligné par une légère toison. Ses petits seins étaient si fermes qu’ils bougeaient à peine à chacun de ses mouvements. Visiblement, elle avait un corps habitué au travail.
L’eau, très chaude au début, me détendit agréablement. Nous bavardâmes jusqu’au moment ou la température fut devenue insuffisante. Un peu pus tard, nous étions toutes les deux installées en peignoirs et chemises de nuit dans de vieux fauteuils devant la cheminée. Nicole m’avait montré la bibliothèque dont elle disposait. Comme moi, elle était amateur de romans d’aventures sentimentales. Il y en avait tellement que je n’eus que l’embarras du choix lorsqu’elle me proposa d’en choisir un. Nous passâmes la soirée à lire au son du tic tac du coucou et du crépitement des flammes. Ce fut un réel bonheur. Plus tard, nous prîmes chacune une lampe pour rejoindre nos chambres respectives.
Les jours qui suivirent, nous répartîmes tacitement nos rôles. Nicole s’occupait de l’extérieur tandis que moi je me chargeais de l’intérieur. J’avais depuis longtemps l’habitude des tâches ménagères et ce travail ne me rebutait pas. Au fil des jours, je me plus de plus en plus dans cette maison où le calme était roi. Pas de télévision, pas de circulation, rien que le silence, l’air et la nature. Il ne me fallut pas très longtemps pour m’adapter aux gestes rudimentaires des gens d’autrefois.
Une routine tranquille s’installa et je me sentis heureuse. Je m’entendais bien avec ma patronne et je crois qu’elle m’appréciait également. À la maison, contrairement au premier jour, nous parlions très peu, comme si nous avions besoin d’apprécier le calme. Il n’y avait qu’au travail que les discussions allaient bon train. Je commençais à apprécier ce que je faisais. Nicole était très exigeante sur l’ordre dans son magasin et sa réserve, et je m’efforçais de le tenir. Mes visites chez le dermatologue se succédaient et ma toison s’amenuisait de plus en plus. Je ne me doutais pas que Nicole me ferait épiler entièrement, mais je me laissai faire sans rien dire. Chaque week-end, je me faisais bronzer de manière intensive et intégrale, à la demande de ma patronne. Cela me semblait logique puisque certaines des tenues que je devais montrer auraient dévoilé des marques blanches inesthétiques.
Mais ce bonheur n’empêcha pas les vieux démons qui me hantaient de m’assaillir à nouveau. Il y avait environ deux semaines que je vivais là quand je ne pus résister à la tentation d’aller chercher dans une pochette de mon sac mes vieux bouts de corde. Depuis longtemps j’aimais m’attacher les chevilles et les poignets pour me masturber dans mon lit. Je ne savais pas d’où me venait ce penchant. Après coup je me sentais toujours un peu coupable, mais je ne pouvais m’empêcher de recommencer. D’autant plus que cette manière d’agir me procurait un plaisir inouï, alors que les rapports que j’avais eus avec des garçons ne m’en avaient donné aucun. Je fis donc attention à ne pas trop faire grincer mon lit. Il aurait été malvenu que ma patronne me surprenne nue et attachée sur mon lit, en train de me masturber. J’avais acquis une technique pour attacher mes poignets qui me permettait de me libérer rapidement. Quand je commençais à me caresser, mon esprit s’envolait dans les méandres compliqués de mes phantasmes. Je réalisai que la peur de me faire surprendre attisait encore mon plaisir. Je ne pouvais m’empêcher de pousser des petits cris. Aussi, je pris la résolution de me bâillonner chaque fois avec un foulard et un chiffon roulé en boule enfoncé dans ma bouche. Quand j’avais terminé, je me détachais de manière qu’au matin, toute trace des liens avait disparu de mes poignets et de mes chevilles, et ma patronne ne se doutait de rien.
Au travail, il arriva un jour où Nicole fut occupée au téléphone alors qu’une cliente attendait. Elle me demanda d’essayer de m’en occuper et, à sa grande satisfaction, je m’en sortis très bien sans son aide. Malgré tout, elle ne voulait jamais me laisser seule dans la boutique parce qu’il arrivait parfois que des hommes viennent acheter des sous-vêtements pour leur femme. Néanmoins, elle me laissait faire de plus en plus souvent. Cela lui permettait de tenir sa comptabilité avec son ordinateur et d’aller sur l’Internet. À force de la regarder faire et d’écouter attentivement ses explications, je pouvais aussi manipuler la souris et voyager d’un site à l’autre. Pour moi, c’était un exploit. De temps en temps, elle me laissait m’amuser.
Le temps passa agréablement. J’étais maintenant parfaitement épilée des orteils jusqu’aux oreilles, lisse comme au premier jour de mon existence. Je trouvais ça joli. J’avais reçu mes premiers cinquante Euros que j’avais rangés dans une boîte en fer dans le tiroir ma table de nuit. Je n’étais plus obligée d’aller chez le dermatologue je pouvais donc accompagner ma patronne qui faisait souvent ses courses sur le temps de la fermeture de midi. Parfois, je restais au magasin où je surfais comme une folle sur Internet. Ce fut ainsi que je découvris des sites consacrés au ligotage. Je les consultai avidement, le cœur battant, guettant le bruit du volet qui se rouvrait. J’appelais les galeries de photos et je faisais défiler les images l’une après l’autre. J’étais sidérée de voir ce que certaines personnes faisaient. Certains sites étaient vulgaires mais d’autres plus sérieux. Très peu parlaient des plaisirs solitaires qu’on pouvait se donner par cette pratique. J’en trouvai cependant un dont je retins l’adresse. J’y vis des photos et aussi des témoignages. À mon grand dam, je découvris que la majorité des gens agissaient en couple dont l’un était le maître et l’autre le soumis. Dans mes rêves, j’étais soumise, mais dans la réalité j’étais seule. Les personnes qui agissaient comme moi avaient parfois quelqu’un de leur connaissance au courant de leurs pratiques et pouvaient venir les secourir en cas de besoin. Personnellement, je ne connaissais que ma patronne et je me voyais mal lui dire ce que je faisais le soir dans mon lit et lui demander de venir voir de temps en temps si tout se passait bien.
Au fil des jours, j’apprenais certaines astuces pour s’attacher soi-même, mais j’avais peur de les mettre en pratique. La méthode que j’utilisais était sûre, silencieuse et ne laissait aucune trace. Néanmoins, ce que j’avais découvert me donnait une envie folle d’aller plus loin dans mes petits jeux et je me mis à creuser mes méninges pour trouver une solution.
La vie continuait paisiblement. Le temps se réchauffait progressivement. Il fallait malgré tout allumer le feu dans l’âtre tous les jours pour réchauffer l’eau du bain. Mais cela créait une ambiance très agréable pour les soirées. Les week-ends, Nicole organisait souvent une randonnée dans les montagnes toute proches. Nous partions tôt le matin avec de quoi manger et rentrions la nuit tombante. Elle s’amusait alors avec son petit appareil photographique qu’elle branchait à son ordinateur au magasin. On pouvait voir à l’écran tous les clichés qu’elle avait tirés. Elle faisait de magnifiques photos de plantes et de fleurs qu’elle identifiait en faisant des recherches sur Internet. Bien sûr, je lui servais également souvent de cible, même la fois où je m’étais baignée toute nue dans une rivière. Elle était restée sur la berge et je n’avais pas vu qu’elle tenait son appareil nonchalamment et qu’elle me mitraillait mine de rien. Je ne lui en voulus pas et je fus très troublée de voir des photos de nu de moi.
Cela lui donna l’idée de m’utiliser également comme modèle quand un représentant venait à la boutique avec des échantillons de nouvelles collections. Je devais les enfiler et elle me prenait en photo. Elle faisait passer les clichés sur son disque dur et pouvait ainsi choisir à son aise ce qu’elle allait commander. Ces séances duraient longtemps et m’obligeaient à me changer un nombre incalculable de fois. Cela se passait dans la boutique, les jours de fermeture. Je me changeais dans la réserve et je venais me présenter et me faire photographier dans la boutique, sous le regard du représentant. Nicole étendit l’éventail de sa marchandise vers de la lingerie très sexy, voire provocante, qui lui était parfois demandée. Ce fut très embarrassant pour moi de me montrer devant les représentants seulement vêtue d’un corset qui laissait mon ventre et ma poitrine nus. Cela me choqua un peu au début, mais le travail prit le dessus sur le trouble que cela pouvait causer.
De ce fait, les photos de moi étaient de plus en plus nombreuses sur le disque dur et Nicole les avaient triées par sortes et rangées dans divers albums virtuels qu’elle avait créés. Je savais qu’elle les consultait souvent, même les nus qu’elle faisait de moi. La photographie était son divertissement favori et je me prêtais de bon cœur à lui servir de modèle. Cela contribua fortement à établir une grande complicité entre nous, ce qui m’enchanta.
Les courses étaient un peu spéciales. En plus des provisions traditionnelles, il fallait acheter du pétrole pour les lampes, des bougies et des bombonnes de gaz. Un lundi, Nicole sortit une énorme remorque du garage et l’attela à sa voiture. Elle m’emmena alors avec elle chez un marchand de bois pour refaire une provision. La remorque pouvait contenir deux mètres cubes et l’opération serait à renouveler au moins six fois sur l’année. Ce commerce était tenu par deux frères jumeaux, aussi larges que grands. Leurs biceps et leurs épaules tendaient leurs chemises à carreaux à faire craquer les coutures. À notre arrivée, ils étaient sortis d’un hangar où étaient rangés un tracteur, une grande remorque, un gros quatre fois quatre et un tas de matériel. Ils connaissaient Nicole qui me présenta comme sa nouvelle employée. L’un après l’autre, ils embrassèrent ma patronne sur la joue et broyèrent ma main droite en me souhaitant la bienvenue au pays. Nicole devait les connaître depuis longtemps car il y avait une complicité évidente entre eux. Je me sentais un peu ridicule dans le vieux tablier en grosse toile que m’avait prêté ma patronne, mais il se révéla bien utile lorsque nous chargeâmes la remorque nous-même.
Malgré toutes ces contraintes, la vie était un enchantement à la bergerie. Pour rien au monde je ne serais revenue en arrière.
Un déclic se fit dans ma tête un jour qu’en faisant des courses avec ma patronne, nous passâmes devant un magasin de fournitures paramilitaires et que je vis en vitrine une paire de menottes. Le soir, dans mon lit, je me mis à réfléchir à la manière de l’utiliser pour m’attacher et de faire en sorte que les clés ne soient pas accessibles immédiatement. La solution me vint un soir en lisant devant le feu, quand le coucou sonna les vingt-deux heures. Le lendemain, je pris les cent cinquante Euros que contenait ma boîte en fer. Nicole fut étonnée de me voir faire des courses sans elle sur le temps de midi. Pour donner le change, je lui achetai un petit flacon de parfum. Dans le magasin d’accessoires paramilitaires, j’achetai deux paires de menottes. J’étais si nerveuse que je bafouillai comme si j’avais bu. Pour écarter les soupçons éventuels du vendeur, je demandai une facture pour la troupe de théâtre au mon de laquelle je faisais l’achat. Dans une quincaillerie, j’achetai deux morceaux de chaîne de trente centimètres. Dans un troisième magasin, je trouvai deux cadenas. Le plus difficile fut de trouver une pendule pas trop chère. Le seul impératif était qu’elle devait être actionnée par un poids et un balancier. J’en trouvai une à soixante Euros. Après toutes ces dépenses, il ne me restait plus rien. Le soir, en rentrant à la bergerie, je demandai à Nicole l’autorisation de fixer ma pendule. Elle accepta et je la suspendis au-dessus de la tête de mon lit. J’avais caché les menottes, les cadenas et les chaînes dans la boîte qui la contenait, de telle sorte que ma patronne ne les remarque pas. L’horloge fonctionnait bien. Je la réglai et pris note de la hauteur à laquelle était le poids. Lorsque je revins me coucher, deux heures trente avaient passé et le poids était descendu de dix centimètres. La chaînette qui le soutenait était assez longue pour le laisser descendre jusqu’au sol. Il se trouvait encore quarante centimètres plus haut que la tête de mon lit, trop pour me livrer à mon nouveau petit jeu. Il me faudrait attendre le lendemain. En attendant, je me servis des menottes comme je le faisais des cordes pour me donner du plaisir. Le froid du métal, sa dureté, la sûreté du verrouillage, tout cela m’excita au plus haut point. Le lendemain au matin, je pris de nouveau la mesure du poids pour confirmer mon calcul. Celui-ci s’avéra exact : deux centimètres par demi-heure. Il ne me restait plus qu’à voir jusqu’où pouvaient aller mes doigts lorsque je serais menottée au lit. Je fermai la première paire de menottes sur mes chevilles, je fis une boucle avec le premier bout de chaîne que je passai autour de la barre supérieure du pied du lit et que je refermai à l’aide du premier cadenas en prenant la chaînette des menottes. Je fis de même avec mes poignets que j’enchaînai à la barre supérieure de la tête du lit. Immédiatement, je sentis mon sang envahir brutalement mon bas-ventre. Même si je ne pouvais plus me caresser, l’effet était extraordinaire. Je regrettai seulement de n’avoir pas pris les chaînes un peu plus longues, je n’avais plus beaucoup de liberté de mouvement. Mais au fond, c’était le but que je recherchais.
Du bout de mes doigts, je tirai sur la chaînette libre de la pendule pour faire remonter le poids jusqu’à la limite de ma portée. Ensuite, je me libérai à l’aide des clés que j’avais gardées en main. Je suspendis le petit trousseau au crochet qui supportait le poids et fis monter celui-ci de deux centimètres. Je me bâillonnai et m’enchaînai à nouveau au lit. Quand le second cadenas cliqua en se refermant, je frissonnai. Quoi qu’il arrive, je ne pourrais pas me libérer avant une demi-heure. La peur déferla alors en moi et je passai par une période de panique. Je me traitai de folle, je dressai l’oreille à l’affût du moindre bruit de pas dans l’escalier. Et si l’horloge s’arrêtait ? Mais le balancier oscillait bravement. Peu à peu, je me calmai. Ma patronne n’était jamais venue dans ma chambre. Pourquoi viendrait-elle aujourd’hui ? Je me concentrai pour ne pas gâcher le plaisir que je pouvais retirer de cette expérience. Mon désir de jouir grandit en même temps que mon excitation. Mes cuisses se mirent à se frotter l’une contre l’autre sans que je les commande. L’orgasme de déclencha subitement, sans prévenir. Si je ne m’étais pas bâillonnée, je crois que j’aurais hurlé. Il s’éternisa longuement, sans diminuer d’ampleur, s’évanouit pour revenir à la charge un peu plus tard. Je crus devenir folle. Je ne sus combien de fois j’eus du plaisir et ce fut presque à regret que je me libérai quand les clés furent à ma portée. Alors, mes doigts se déchaînèrent sur mon sexe.
Les jours qui suivirent, je montai un peu plus le poids et arrivai à rester plus d’une heure enchaînée au lit, dans un état de jouissance quasi permanent. Je dus faire un gros effort pour me retenir de faire plus. Il fallait que je sois en forme le lendemain au travail et les traces laissées par les chaînes devaient avoir disparu. Pourtant, des tas d’idées tourbillonnaient dans ma tête et ce que je voyais sur Internet n’arrangeait pas les choses. À la boutique, ma patronne me demanda ce que j’avais pour être si souvent dans la lune. Plusieurs fois elle me fit de sévères remarques sur le mauvais rangement de la réserve. Je pris la décision de me calmer quelques jours, mais l’envie fut plus forte que moi. Un samedi soir, je montai le poids de vingt-cinq centimètres, plus de six heures. Le plaisir fut plus fort que jamais, si fort que je m’endormis d’épuisement, sans m’en apercevoir. Je me réveillai en sursaut aux premières lueurs du jour, toujours enchaînée à mon lit. Mes doigts fouillèrent l’espèce derrière eux. Je levai la tête et sentis mon sang quitter mon visage. Le poids et les clés étaient toujours aussi hauts et le balancier était immobile. Je crus à un cauchemar, mais c’était bien la réalité. Ce que j’avais redouté au début et oublié par la suite était bien arrivé. La panique m’envahit. Je tirai sur les bras, les tendis au maximum, rien ne me donna l’espoir de pouvoir me libérer. Je me mis alors à pleurer. Ma patronne, s’apercevant que je ne me levais pas, allait venir dans ma chambre et me trouver. J’allais être renvoyée, chassée. Je me retrouverais à la rue, sans travail. Ma mère ne pourrait pas rester dans le home. J’étais une idiote et une inconsciente.
J’avais retrouvé un peu de calme, mais mon cœur battait très fort quand j’entendis frapper doucement à la porte. Ne recevant pas de réponse, Nicole l’ouvrit. Jamais je ne m’étais sentie aussi vulnérable. Je tournai la tête sur le côté pour ne pas voir le visage de Nicole. Elle allait être furieuse. Mon cœur s’emballa, j’étais paniquée, perdue.
Il n’y eut pas de cris, pas d’exclamations. Je sentis le matelas s’écraser près de ma hanche gauche. Des doigts prirent mon menton et me forcèrent à tourner la tête vers elle. J’avais envie de disparaître dans le matelas. Mon regard croisa le sien un bref instant et je baissai aussitôt les yeux. J’avais tout de même eu le temps de m’apercevoir qu’il n’y avait pas de colère dans les siens.
Je mis un temps à me remettre de la surprise que me causait cette question. Je m’attendais à un sermon de tous les diables et elle me parlait avec compassion.
Je fis de non de la tête, fermant les yeux. Pourquoi ne me retirait-elle pas le bâillon ?
Les larmes dans les yeux, je secouai la tête affirmativement.
Le feu gagna mes joues.
J’étais sidérée par sa réaction.
Ce que je n’avais jamais osé lui demander, elle me le proposait spontanément. Je levai vers elle des yeux pleins de larmes en acquiesçant. Elle tendit le bras et décrocha le trousseau de clés.
Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas où elle voulait en venir. Je tirai sur les bras en gémissant un peu pour lui faire comprendre qu’elle pouvait me détacher.
Elle marqua une pause pour me laisser réfléchir. Elle avait raison. Ce qui attisait mon excitation était surtout la peur d’être découverte. Je repensai alors aux témoignages que j’avais lus, aux filles soumises qui attendaient avec anxiété ce que leur maître ou maîtresse allait leur faire subir.
C’était très humiliant pour moi de demander cela, surtout dans ma situation. Mais de toute façon, Nicole était maintenant au courant des choses les plus intimes de ma personnalité. Je n’avais plus rien du tout à cacher. J’acquiesçai. Un sourire se dessina sur sa bouche.
D’un réflexe, je poussai mon visage contre sa main, comme pour la remercier. Mais ses doigts descendirent vers mon cou et ensuite sur mes seins. Je fis un mouvement pour me dérober, mais ce fut inutile. Sa seconde main rejoignit la première et se mit à me caresser avec beaucoup de douceur. La droite descendit vers mon nombril, mon ventre et ensuite mon sexe lisse. Instinctivement, je serrai les cuisses, mais la main s’immisça et s’activa. Je fus effarée de sentir mon corps réagir à ses caresses, je ne m’attendais pas du tout à ce que le plaisir revienne ainsi à la charge. Mon regard croisa à nouveau celui de Nicole qui me regardait intensément. Je ne voulais pas qu’elle me voie jouir comme ça, mais je n’avais aucun moyen de me soustraire à son regard. Finalement, je me laissai aller devant elle et laissai mon corps exprimer le bonheur qu’il ressentait. Ce fut si violent qu’un voile noir obscurcit ma vue un instant. Lorsque je recouvrai mes esprits, ce fut pour voir la porte de ma chambre se refermer et entendre la clé tourner dans la serrure. J’étais toujours enchaînée sur mon lit et bâillonnée. L’horloge avait disparu avec le trousseau de clés. Désormais, je dépendais de ma patronne pour ma liberté. Une nouvelle vague de bonheur déferla en moi. Vaincue par la fatigue et le bien-être, je sombrai à nouveau dans le sommeil.
Je me réveillai alors que Nicole était en train de me libérer.
Je me levai en me massant les poignets endoloris. La vue des paires menottes restées accrochées aux barreaux de mon lit me troubla. Les bracelets restés ouverts semblaient attendre mes poignets et mes chevilles pour se refermer dessus. Je découvris avec stupéfaction que la garde robe était entièrement vide, de même que la commode. Tous mes vêtements avaient disparu, de la plus petite paire de chaussettes à mon gros anorak d’hiver. Je demeurai un instant interdite en regardant le fond de l’armoire vide. J’étais toute nue et tous mes habits m’avaient été confisqués. Est-ce que cela faisait partie du jeu que Nicole m’avait proposé de jouer ? Je descendis l’escalier, au comble de la nervosité. J’avais la nette impression qu’elle avait pris subitement sur moi un ascendant déterminant. Je l’avais déjà ressenti vaguement quand ses mains s’étaient posées sur moi et m’avaient faite jouir. Comment allais-je devoir me comporter dorénavant avec elle ? Elle s’était livrée sur moi à des attouchements homosexuels. Etait-elle lesbienne ? Et moi ? Pourquoi se contact ne m’avait-il pas répugnée ? Comment se faisait-il que j’y aie réagi de telle manière ? Que se passait-il exactement ? Comment tout cela allait-il finir ? Les questions tourbillonnaient dans ma tête et je me sentais complètement perdue.
Nicole n’était pas dans la salle du bas. Pour échapper aux soucis qui me tourmentaient, j’emplis le chaudron afin d’avoir de l’eau chaude pour la lessive que j’avais à faire après mon bain de soleil. Pour ce faire, je disposais d’un grand baquet en bois cerclé de fer, posé sur le sol. J’avais un paquet de lessive en poudre et une brosse à main. C’était un travail ardu, mais la quantité de linge n’était pas grande. Je devais faire particulièrement attention aux délicats dessous que je lavais à l’eau claire et tiède. Quand tout fut suspendu aux fils pour sécher, j’avais pris assez le soleil. Pour éviter les brûlures, je m’attaquai au ménage de l’intérieur. Ce fut alors que je constatai également la disparition du balai et de la raclette. Pour nettoyer, il ne me restait qu’une brosse dure à main, un seau et des torchons. Après les poussières, je me retrouvai à genoux sur le carrelage en train de nettoyer comme au moyen-âge. En pensant à l’image que je devais donner, je sentis l’excitation me gagner, ce qui ajouta encore à mon trouble.
Nicole était absente depuis qu’elle m’avait réveillée. Je passai tout l’après-midi à travailler sans relâche pour essayer de détourner mes pensées. Mais ni le temps que je passai au soleil, ni celui que je restai penchée au-dessus du baquet d’eau ou à briquer le sol ne me permirent d’éclaircir mes idées. Et plus le temps passait, et plus je me sentais émue par ces événements et plus je me sentais impatiente de la voir de retour. Je me sentais de moins en moins déterminée à lui demander quelles intentions elle avait exactement à mon égard. Au fond de moi-même, j’avais décidé déjà de ne rien dire et de me soumettre à ce que Nicole avait en tête, malgré les doutes qui me tourmentaient encore. Jamais je n’aurais imaginé pouvoir réagir de telle manière aux caresses d’une femme. Et le jeu qu’elle semblait vouloir instaurer entre nous me troublait énormément. Dans mes folies nocturnes, je me voyais souvent en esclave livrée aux caprices de son propriétaire. Etait-ce cela qu’elle voulait faire ? Etait-il possible que mes rêves se réalisent ? Comment allais-je le vivre ? La réalité sera-t-elle aussi délicieuse que les fantasmes ? Le fait d’avoir vu tous mes vêtements confisqués et d’avoir travaillé nue durant toutes ces heures avait embrasé mon ventre d’une douce chaleur qui ne m’avait pas quittée. Je ne m’étais même pas sentie blessée par la disparition de mes affaires et à aucun moment je n’ai pensé à me couvrir. Il y avait pourtant la garde-robe de Nicole dans sa chambre, qui regorgeait de tenues splendides. Mais, inconsciemment, je considérais cette confiscation comme une directive. Pourquoi réagissais-je comme ça ? Je me sentais poussée par l’envie de vivre mes fantasmes et par quelque chose d’indéfini que j’éprouvais pour Nicole, mais également freinée par le côté amoral que tout cela représentait.
Lorsqu’elle reparut, le ménage était fait, j’avais rentré du bois, l’eau du bain était chaude et le repas du soir était prêt. Le soleil s’était couché, j’avais vu s’approcher les phares de sa voiture et je m’étais surprise à sentir mon cœur s’emballer. J’étais sortie dans la cour pour l’accueillir. La fraîcheur de la nuit me fit moins frissonner que le plaisir de la revoir. Je m’étais sentie vibrer quand elle s’était approchée de moi avec son sourire qui fit tomber mes toutes dernières défenses.
Je me précipitai pour servir les assiettes et versai du vin dans les verres. Quelque chose avait changé dans sa manière de me regarder, tout comme moi je la voyais différemment. Elle n’était plus la patronne qui m’avait engagée. Elle était celle qui connaissait mes secrets les plus intimes, qui les partageait et qui m’avait révélé une autre facette de moi-même. Je sentais encore ses mains sur moi, sur mes seins, sur mon ventre, entre mes cuisses. J’avais encore très présente à l’esprit la manière dont elle observait mes réactions, sa satisfaction de voir monter mon plaisir.
Après le repas, je m’activai à la vaisselle alors qu’elle sortait de la maison. Je la vis revenir avec un sac de grosse toile qu’elle posa sur le sol, près de l’évier.
Sans chercher à comprendre la raison de cette demande, je me séchai les mains et rejoignis l’âtre. Nicole s’activa un moment près de l’évier. Elle me tournait le dos et la table nous séparait, ce qui faisait que je ne pouvais voir ce qu’elle fabriquait. J’étais intriguée, mais je n’osais pas demander d’explication ni même trop regarder. Il régnait à ce moment une atmosphère étrange, mystérieuse. Quand elle eut terminé, elle se redressa.
Je ne savais pas pourquoi, mais je savais que quelque chose d’important allait se passer. J’étais très nerveuse et mon cœur battait à toute allure. Elle était toujours accroupie près de l’évier, elle tenait quelque chose de luisant dans ses mains, quelque chose qui mit tous mes sens en alerte.
Je levai la jambe droite. Quand elle avança l’objet qu’elle tenait, j’entendis le cliquetis caractéristique d’une chaîne. Je sursautai mais ne me dérobai pas. D’un geste vif, elle referma un large bracelet métallique autour de ma cheville.
Il me fallut faire un effort énorme pour m’arracher à la paralysie qui me clouait sur place. Je reposai mon pied sur le sol sans pouvoir quitter des yeux ce gros bracelet duquel partait une épaisse chaîne enroulée sur elle-même par terre et dont l’autre extrémité était reliée à l’aide d’un gros cadenas à un des anneaux scellés dans l’évier Un frisson intense me parcourut tout le corps lorsque je compris ce que cela signifiait. Je me sentis envahie d’une délicieuse inquiétude, d’une joie immense et d’une gratitude sans bornes envers Nicole.
Ces paroles et ce geste m’étaient venus spontanément, comme par réflexe. Mais je réalisai que, par eux, je venais de marquer mon acceptation complète de ma soumission. J’eus beaucoup de mal à garder le contrôle de moi-même en retournant près de l’âtre, avec le bruit de la chaîne qui se déroulait derrière moi. En l’entendant cogner contre les pieds de la table, je m’arrêtai pour la tirer vers moi afin de ne pas les abîmer. Il semblait y avoir une longueur considérable. Alors que je terminais de retirer les cendres mortes, Nicole s’empara de son livre et s’installa au fond de son fauteuil. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Il me fallut prendre appui sur le montant de la cheminée pour ne pas m’écrouler sur le sol, tant mon plaisir fut intense. Mon attitude et mes petits gémissements étouffés ne purent échapper à ma patronne qui assista pour la seconde fois à l’expression de mon plaisir.
Rouge de confusion, je retournai travailler près de l’évier. Pendant un long moment, je sentis le regard de Nicole sur moi. Une fois la vaisselle terminée, il me restait à préparer le bain. Mais il me sembla judicieux d’en demander l’autorisation. Cela sembla faire plaisir à Nicole qui me gratifia de son sourire enchanteur. Traînant la chaîne derrière moi, je fis des allers retours avec les seaux de la salle à la chambre à coucher. Je n’osais pas la regarder, mais je savais que ma patronne ne me quittait pas des yeux. La situation échauffait mes sens au plus haut point et j’avais l’impression qu’il en était de même pour elle.
Elle referma et posa son livre. Combien de pages avait elle lues ? Probablement aucune. Elle se leva et prit ma main pour m’emmener avec elle. Elle ne disait rien et paraissait tendue. Je la suivis docilement dans la chambre.
Sa voix, d’habitude si claire, était rauque, inquiète. Je me sentis étrangement heureuse de cette demande. Avec des gestes nerveux et maladroits, je déboutonnai son chemisier et fis glisser sa jupe. Je passai derrière elle pour dégrafer son soutien-gorge et libérai ses magnifiques petits seins. Je m’agenouillai ensuite pour faire glisser son slip le long de ses jambes. En me redressant, je dus lutter contre l’envie de déposer un baiser sur chacune de ses fesses. Je ne savais pas d’où me venaient ces pulsions, mais je n’avais pas envie de les repousser. Elle fit demi-tour pour que je défasse les boucles de ses chaussures et les lui enlever. Quand elle fut nue, magnifique devant moi à genoux à ses pieds, je ne doutai plus de mon amour pour elle.
Je levai la tête et vis sa main tendue vers moi. Je la pris, elle me força à me lever et m’entraîna lentement vers son lit. Elle me prit soudain dans ses bras et serra son corps nu contre le mien. Sa bouche vint à la rencontre de la mienne qui ne se déroba pas et répondit spontanément à son baiser. Nous tombâmes sur le lit et elle m’entraîna dans un déchaînement de plaisirs fabuleux dans lequel je trouvai d’instinct les gestes pour répondre à l’amour qu’elle me donnait. Je m’en allai à la découverte de son corps, goûtant le sel de sa peau, buvant les larmes qui s’échappaient des ses yeux à cause de l’émotion qui nous étreignait, goûtant ses saveurs intimes. Je me délectai d’entendre ses râles de bonheur, de l’entendre suffoquer, de la voir se tendre, se tordre ou se relâcher. Je découvris le bonheur de sentir son corps vibrer sous mes caresses, de le sentir venir à ma rencontre et en redemander.
Quand, épuisées, nous cherchâmes à prendre une position plus confortable, la chaîne tinta légèrement au bout de ma cheville, il ne nous en fallut pas plus pour nous relancer dans une nouvelle joute sensuelle, aussi intense et merveilleuse que la première. Les mots d’amour qu’elle me chuchota alors à l’oreille me firent chavirer dans un bonheur si grand que j’en eus le vertige.
Un rayon de soleil passant par la petite fenêtre caressa mon visage et me réveilla. Je pris tout de suite conscience du poids du bras de Nicole sur ma poitrine et tout me revint à la mémoire d’un seul coup. En même temps, une joie intense me serra le cœur. J’étais amoureuse, follement amoureuse de Nicole. Je venais de passer la nuit avec elle, nous avions fait l’amour avec une passion extraordinaire et j’avais joui comme jamais. Son visage était tout près du mien et je sentais son souffle léger sur ma joue. J’étais heureuse.
Mais notre amour n’était pas comme tous les autres amours. Le bracelet métallique qui enserrait toujours ma cheville était là pour me le rappeler. Nicole n’était plus seulement ma patronne, elle était devenue mon amante et surtout ma maîtresse. En moins d’une journée, elle m’avait ouvert les yeux sur ce à quoi j’aspirais inconsciemment. Elle avait fait de moi son esclave. Je venais de découvrir que c’était ce dont je rêvais sans le savoir. En quelques heures, elle m’avait révélée à moi-même et faite tomber amoureuse d’elle. Et cette nuit, les larmes de bonheur qu’elle avait versées, la force avec laquelle elle m’avait serrée dans ses bras, les mots qu’elle avait murmurés m’avaient donné la preuve que ce sentiment était réciproque. Désormais, je ne vivrais plus que pour son bien-être et son plaisir.
Je soulevai doucement son bras pour me laisser glisser hors du lit sans la réveiller. Elle soupira légèrement, je la contemplai un moment avant d’aller dans la grande salle. Comme elle était belle, dormant d’un sommeil paisible, à moitié découverte dans le lit défait. Je dus résister à l’envie de me jeter sur elle pour la dévorer une nouvelle fois. Je fis un effort pour m’arracher à la contemplation et aller ranimer la vie dans la maison. Dans la baignoire, l’eau était toujours intacte, mais refroidie. Nous n’avions pas eu le temps de prendre notre bain. Tout en avançant, je ramassai la chaîne pour éviter de faire trop de bruit en la traînant et réveiller Nicole. Je frissonnai en entrant dans la salle, fraîche comme tous les matins. Je me dépêchai de ranimer les braises et faire repartir le feu, comme elle me l’avait appris. Faire bouillir de l’eau pour le café, emplir le chaudron pour la toilette du matin, couper quelques tranches de pain, le beurre, la confiture, le tout rangé sur un plateau. Par la fenêtre au-dessus de l’évier, j’aperçus un gros bouquet d’œillets sauvages dans un des parterres. Je sortis pour aller en couper un et l’offrir à mon amour. Il était encore très tôt, mais l’air était déjà doux. Comme chaque fois que je sortais nue de la maison, je goûtai la sensation de liberté que cela me procurait et avalai une grande goulée d’air. Le silence fut seulement troublé par le bruit de la chaîne que je traînais derrière moi. Cela me rappela que la liberté n’existait plus pour moi, que j’étais désormais une esclave. Par curiosité, j’avançai jusqu’à a limite que me permettait la chaîne. Elle était très longue, juste assez pour que je puisse aller jusqu’au dernier des piquets qui soutenaient les fils à linge, et bien assez longue pour aller chercher du bois et aussi pour pouvoir cueillir le plus bel œillet du parterre.
Quand je poussai la porte de la chambre avec le plateau, Nicole m’accueillit avec son immense sourire. Je dus lutter pour ne pas courir et me jeter sur le lit.
Nous mangeâmes sans prononcer une parole, goûtant seulement la présence de l’autre. Aucune conversation, aucune explication n’était nécessaire. Tout ce que nous avions à dire passait par nos yeux. L’une comme l’autre, nous étions affamées. Pourtant, nous ne terminâmes pas notre repas. Nous ressentîmes toutes deux un besoin irrépressible de prendre l’autre dans les bras et de la serrer très fort comme pour l’empêcher à tout jamais de s’éloigner. Nous découvrions un amour d’une force et d’une intensité inimaginable, un amour qui m’inspira enfin les mots que je prononçai avec sincérité et conviction et auxquels elle répondit spontanément et avec autant de ferveur. Ce fut un moment solennel où quelque chose d’indélébile s’imprima dans nos cœurs, où nous nous unîmes l’une à l’autre pour ne faire plus qu’une, pour plus longtemps que toujours.