| n° 05177 | Fiche technique | 12332 caractères | 12332Temps de lecture estimé : 8 mn | 13/11/02 |
| Résumé: la frustration et ses conséquences | ||||
| Critères: hh intermast fellation hsodo init | ||||
| Auteur : Denis | ||||
Je savais que j’étais attiré par les garçons. Je m’étais suffisamment masturbé en pensant à eux pendant toute mon adolescence. Mais élevé dans l’ignorance de l’homosexualité, et son rejet ensuite, je ne pouvais admettre ni même songer que j’étais çi ou ça. Je prends cet état de fait comme un énorme avantage. Ce récit est la tentative d’expliquer pourquoi.
A l’adolescence j’ai commencé par aller vers les filles. J’avais du succès mais je barrai toute relation sexuelle concrète, ce qui n’était pas une complication vu le milieu dans lequel je vivais. J’étais perçu comme un type moralement fort, en résistance à son époque.
Ma vie fantasmatique était, elle, depuis longtemps (l’enfance), dominée par le fantasme. Fantasmes des mecs. Fantasmes des filles. Mon idéal de pureté me faisait imaginer ces dernières seulement entre elles. Je me caressais en pensant aux relations que pouvaient entretenir les jolies amies de ma mère, les copines de mes copains… et moi-même avec les frères de mes copains. On se surprenait, on s’échangeait Bref tout mon réseau de proches fut bientôt sexué et pris dans une construction mentale permanente.
Je rêvais de surprendre la première relation de ma voisine avec sa meilleure amie. Je me les imaginais timides et rougissantes, trouvant mille expédients pour avoir accès sans ambiguïté possible au corps de l’autre. Je me les représentais dans une salle de bain, se frictionnant, puis se passant des crèmes, puis s’offrant tour à tour des massages qui les mettaient dans des états d’excitation incroyables. Je faisais en sorte de retarder le plus possible le passage à l’acte même, qui m’intéressait beaucoup moins que les chemins pour y parvenir.
Combien ai-je imaginé de premières fois? Combien de filles ont fait d’essayages de vêtements coquins, se sont offerts des sous-vêtements, ont dormi dans le même lit après avoir travaillé à des exposés de classe? Combien de femmes mariées se sont amusées des après-midi entières avec leurs amies, ont-elles aussi essayé des vêtements, ou sont allées à la piscine ou dans les vestiaires de clubs sportifs? Combien mon imagination a-t-elle créé d’orgasmes?
Qu’est-ce que ça a fait à mon esprit d’imaginer tout ça? Car cette activité entamée dès les débuts de l’adolescence a complètement barré la route à toute réalité sexuelle. J’avais des amitiés, parfois des petites copines, mais finalement assez peu, et je consacrais énormément de temps à des schémas mentaux et masturbatoires qui m’emmenaient très loin.
Les filles constituaient une protection efficace. Car le fait de m’exciter sur des filles, presque exclusivement lesbiennes, mais sur des filles permettait, à chaque fois que la force de mon attirance homosexuelle prenait le dessus, de dériver l’envie sur une homosexualité parallèle. Je dis presque exclusivement car dans ma tentative de conduire mes fantasmes vers un peu plus de normalité j’avais trouvé une solution satisfaisante qui était de me mettre en situation de baise avec des femmes plus âgées. Presque toutes les amies de mes parents, toutes les voisines, et la plupart de mes profs ont donc participé à des scénarios, principalement d’initiation.
La chose commune à tout ça est, de fait, la pratique de l’initiation. Quel que soit le mode de fantasme ! Mais bien-sûr la thèse est que je créais toutes ces aventures pour accompagner ou masquer la seule énorme Initiation dont je rêvais : celle des garçons.
Dans la réalité j’étais parfaitement hétéro, je jouais au foot, j’avais un groupe de copains pour boire de la bière, j’embrassais des filles et je les tripotais un peu, donc tout allait bien. Mais dès que je me retrouvais seul j’avais qu’une envie c’était de baisser mon pantalon et de me toucher pendant des heures en pensant à des trucs, parfois à des garçons que j’avais vu au foot, le plus souvent à des scénarios déjà échafaudés par moi depuis des lustres et aussi racornis que mes vieilles revues pornos et qui étaient pris tels quels, ou améliorés, c’était selon l’urgence de jouir et ma capacité du moment à retarder l’éjaculation.
Mais ces années de pratiques ont fini par peser. Les filles ont commencé à demander plus. J’ai eu quelques déconvenues qui m’ont forcé à renforcer mon arsenal moral. Toute mesure morale avait sa contrepartie dans le fantasme. Mon imagination en demandait chaque fois plus. J’ai commencé à acheter des revues, à lire des récits, à me gaver de films pornographiques. Et là j’étais dans une réalité. Ça débordait. Je devais me cacher de plus en plus, j’avais des besoins érotiques qui s’accroissaient. La focalisation sur les garçons commençait à me poser des problèmes.
Je ne me sentais plus très bien avec les copains du foot. En pension où j’ai fini par être envoyé à cause de mes mauvais résultats, le malaise s’est accru. J’ai été soupçonné. J’ai été amoureux aussi.
Là bas je n’ai pas eu de relations à proprement parler. J’ai assisté à des trucs. J’ai été à deux doigts de rejoindre un garçon dont je suis maintenant certain que c’était ça qu’il voulait. Mais à l’époque la peur de me tromper m’avait fait reculer.
Ensuite j’ai été étudiant. J’ai eu mon studio. Et là je me suis laissé déborder. Par la pornographie d’abord. Pendant des mois je n’ai fait que ça Acheter des revues, des films etc. Je me branlais tout le temps, et pendant des heures. Je m’étais mis à fumer et je crois que ça jouait pas mal. Je fumais puis je me mettais à poil, de préférence devant une glace, puis j’imaginais toute sorte de trucs, je répandais des images autour de moi, et je me laissais aller.
Les images étaient exclusivement hétérosexuelles ou lesbiennes. Je n’avais aucun goût pour l’iconographie homo, ce qui était une autre façon de la tenir à distance. Les récits que je lisais concernaient beaucoup plus l’homosexualité masculine, sa découverte.
Je commençais très souvent mes séances de masturbation par le lesbianisme, et puis petit à petit j’entrais en scène, bref passage par des filles mûres, puis par des filles mûres avec des garçons, puis continuant à fumer, j’en arrivais aux garçons, à des images très anciennes, le collège, le foot, la pension, les premiers fantasmes de bite contre bite, les premières fellations virtuelles, l’arrivée du désir d’anus… bref tout le matériel d’une parfaite entrée dans le monde de l’homosexualité était là.
Mais rien ne se passait.
Rien ne se passait et en même temps, le fait de me laisser dominer par la pornographie et par céder quasi quotidiennement à mes pulsions, me rapprochait dangereusement d’un passage à l’acte.
J’ai commencé à appeler des téléphones roses. À discuter avec des types. À leur raccrocher au nez dès que nous avions joui. Et à ne jamais me rendre aux rendez-vous fixés au summum de l’excitation. Une branlette me remettait toujours les idées en place. Mais je m’approchais.
Quand je rentrais un peu saoul d’une soirée entre amis, il n’était pas rare que je fume un joint sur le chemin et que ça me fasse passer à proximité d’un lieu de drague homo. Petit à petit je m’enhardissais. J’ai fini par entrer un soir dans le parc, par baisser mon slip et m’exhiber. Mais quand j’ai senti une présence je me suis rhabillé et j’ai fui. Une autre fois c’est à un rendez-vous téléphonique que je me suis rendu, mais quand le type a proposé qu’on aille dans sa chambre, j’ai dit non. Ces dérobades me rassuraient. Au réveil je me disais que je n’enavais pas tant envie que ça. Que c’était la frustration, le fantasme. Mais qu’en réalité, ce n’était pas ça que je voulais.
Plus tard j’allumais un joint, et je retrouvais mes slips gonflés, mes bites, mes éjaculations… et la tentation de plus en plus hallucinante du passage à l’acte.
Avec les filles c’était le point mort. Je suis rentré dans une période assez sombre, je buvais et fumais beaucoup, et n’allais presque plus en cours. Je voyais moins mes amis car l’alcool et le hachisch me mettaient en porte-à-faux, me faisaient fuir leur réalité, et surtout dans ma tronche je n’arrivais plus à me représenter celui que j’avais toujours feint d’être vis à vis d’eux. Et que j’étais, mais la frustration brouillait tout.
C’est devenu tellement injouable qu’à un moment je me suis dit c’est soit je passe à l’acte soit je me tue. Un soir aux abords du parc une voiture s’est arrêtée à ma hauteur. Le type m’a demandé ce que je faisais là, j’ai dis "je me balade", il a fait "tu veux faire un tour", j’ai fait "oui". Il m’a emmené sur le parking d’une déchetterie. Il m’a déshabillé. Il était très excité, je me laissais faire. J’y étais, j’ai senti son sexe, je l’ai un peu sucé, lui il a éjaculé hors de sa voiture, il voulait qu’on aille chez lui, j’ai dit non. Moi par contre je n’ai pas joui.
Mais le lendemain, j’avais encore la sensation d’un pénis sur mon ventre. J’arrivais à jeun à maintenir la possibilité de recommencer pour de vrai.
Je suis retourné plusieurs fois dans ce parc. Je baissais mon slip, j’attendais que des types s’approchent, je me laissais caresser, puis je suçais, on se finissait en se branlant.
Des types m’ont proposé d’aller chez eux, il y a eu des beaux garçons, et je découvrais les soixante neufs, les baisers, les tendres baisers que deux garçons se donnent, les nuits à frotter des glands trempés pour jouir enfin, et s’endormir dans le sperme. J’ai appris à me réveiller avec la vue d’un sexe de garçon, avec l’odeur de sperme.
Je n’avais pas besoin d’apprendre à masquer tout ça. Maintenant que le gros de la frustration était évacué, je reprenais du poil de la bête, je rentrais à nouveau dans ce rôle qui était le mien et qui m’allait. Mais j’avais toujours ces envies qui me faisaient faire des trucs incroyables, style un jour je fuis une soirée où je m’ennuie. Je vais au parc. J’entame vaguement des trucs qui ne marchent pas. Je décide de me finir dans une boîte gay, où une fille m’offre un verre, m’embrasse, je finis la nuit avec elle. Nous sortons ensemble plusieurs mois.
Alors j’essaye enfin de calmer les fantasmes. J’essaye aussi de céder moins facilement. J’acquiers parallèlement une solide expérience homosexuelle. Je deviens un suceur insatiable et un an après ma première expérience, je connais enfin les joies de la sodomie. Dès lors je bascule car le plaisir ressenti est absolu par rapport à tout ce que j’ai déjà connu. Des hommes entrent dans ma vie alors parce qu’ils entrent en moi, et parce que j’aime la manière dont ils entrent en moi. Mais je suis toujours dans le même temps dans des affaires avec des filles. Finalement je refuse d’aller complètement vers un mec, je refuse cette exclusivité que la plupart des homos revendiquent après leur coming out.
Je continue avec les filles par une sorte de schizophrénie due à cette configuration fantasmatique de départ. Je prends un plaisir pas aussi fulgurant, c’est certain, je suis plus sujet à des pannes mais du point de vue de la vie c’est plus de bonheur.
Même si je sors satisfait de m’être bien fait baiser dans un sauna, mes pensées vont presque immédiatement à celle que j’aime, parce que je ne pourrai jamais regarder un homme comme je la regarde, jamais un homme ne m’offrira les promesses d’un tel amour.
Tout ça c’est bien joli mais au sauna un type m’a proposé un plan avec une de ses copines. Ça réactive des fantasmes : me faire baiser en train de baiser. Je fais quoi. C’est du nouveau. Ça m’excite. J’ai l’impression que demain je nierai être l’auteur de ces lignes.