Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 05137Fiche technique11807 caractères11807
Temps de lecture estimé : 8 mn
06/11/02
Résumé:  Un bus, une femme...
Critères:  f inconnu bus voir fmast ecriv_f
Auteur : Clezo            Envoi mini-message
L'inconnue du bus 69


Mai 1981. Il y a eu les élections présidentielles. Liesse populaire dans la capitale. L’air est chargé d’électricité, le temps est à l’orage. Il fait lourd. Les femmes sont courtement vêtues depuis quelques jours. Les hommes ont les yeux fixés sur leurs jambes et leurs culs. Sept heures du matin. Je rentre chez moi après une nuit chez mon amant. Le sommeil s’est fait rare. Pas d’air, pas un souffle de vent. Je sens encore ses mains sur ma peau, le poids de son corps sur le mien, les morsures qu’il me laisse toujours comme pour me punir de partir déjà, si tôt, de quitter son lit, les draps défaits, nos affaires éparpillées sur le sol de la chambre, l’odeur de nos sexes et de son foutre qui envahit la pièce. Je quitte tout cela à l’aube, repue, le ventre douloureux des orgasmes vécus à répétition et la fente encore humide. Un sourire aux lèvres, j’arrive sur la Place Gambetta. J’aime cet endroit populaire, ouvrier où se côtoient les ménagères, les peintres en bâtiments, les vieilles avec leur chien et leur cabas et les rentiers des petits pavillons. C’est encore un quartier vivant et humble, rassemblé autour du poumon de verdure qu’est le Cimetière du Père Lachaise. Un lieu où les amoureux s’embrassent sans retenue sur les bancs de la place sous l’œil placide des flics du commissariat de la mairie.


L’air sent le goudron, et par endroits des odeurs de merde, de crasse, de sueur, de rance. Sous ma jupe en coton léger, mes petites lèvres se frottent contre mes cuisses. Je souris au ciel bleu azur de ce matin de printemps. Je n’aime pas me laver le sexe après une nuit d’amour, j’aime garder l’odeur du sperme. Pour peu que mon amant m’ait rempli le con de sa semence, je sais qu’après quelques minutes de marche, le trop-plein coulera le long de mes cuisses.


Le bus 69 stationne sur la place. Je jette un œil dans la vitrine de la fleuriste encore fermée. Elle me renvoie l’image d’une femme heureuse et repue, l’œil étincelant et les cernes marqués sous les yeux. Je remets une mèche blonde qui me chatouille le cou et je monte dans le bus sous le regard amusé et connaisseur du chauffeur.


Une place seule juste avant la porte centrale. Le bus est vide. En ce samedi matin tôt, les passants, les passagers sont encore dans le fond de leur nuit. Je pose ma tête un peu lourde du manque de sommeil contre la glace. En face de moi, sur un siège seul aussi, une femme à qui je ne peux donner d’âge. Elle porte une robe grise délavée à gros boutons sur tout le devant. Elle garde son sac à main, vieillot bien posé sur ses genoux. Ses cheveux sont ternes et gras. Son corps a l’air usé et fatigué. Je vois le regard du chauffeur posé sur moi dans le rétroviseur. Quand nos regards se croisent il me sourit d’un air entendu dans lequel je sens poindre la lubricité. Je lui souris et je sens ma fente qui s’ouvre comme une corolle. J’aime sentir le regard d’envie des hommes sur mon corps. J’aime penser que leur queue grossit dans leur slip et qu’ils se sentent oppressés, enserrés dans leur pantalon. J’ouvre un peu mes cuisses pour lui montrer que j’ai compris son regard. Il ne me quitte plus des yeux. Je croise mes jambes. Je n’ai pas encore assez envie de lui en donner plus. En montant j’ai remarqué ses grandes mains, claires et blanches, presque laiteuses. Les longs doigts. Les ongles coupés courts. Il met le bus en marche, les vibrations se répercutent dans mes pieds, mes mollets, mes cuisses, mon ventre, mes seins, libres sous mon tee-shirt, tressautent. Le bus démarre, s’engageant dans l’avenue Gambetta qui longe le Cimetière et le Mur des Fédérés en descendant vers le cœur de Paris. À chaque feu rouge le chauffeur me scrute. Personne ne monte, personne ne descend. Je laisse mon regard errer sur les façades endormies, les rues vides. Ma voisine d’en face se tient droite sur son siège, elle a les yeux dans le vague. Sur le moment, je ne m’aperçois de rien, je repense à ma nuit avec mon amant. Une nuit douce et tendre, je revois nos deux corps emportés ensembles vers des orgasmes longs et violents. Je ressens les morsures et la déchirure de sa queue quand il entre en moi, ses doigts pétrissant ma chair, laissant des traces sur ma peau blanche. Ma voisine dodeline doucement de la tête, elle a les yeux fermés… Elle s’est endormie au rythme des soubresauts du bus. Je la détaille, quelque chose m’interpelle pourtant dans son comportement. C’est là que je remarque que son sac est tombé à ses pieds. Je me lève pour le ramasser et lui tendre, mais je vois ses jambes bouger dans un mouvement furtif et révélateur. Elle ne dort pas, elle s’est lancée dans une masturbation qui lui procure des sensations bien légitimes. Je m’approche les genoux tremblants, la gorge sèche, les lèvres entrouvertes recherchant l’air, elle me fait mouiller cette femme inerte du haut de son corps, que l’on pourrait croire morte, et dont le bassin et le ventre et les mains s’activent comme des marionnettes menées par un marionnettiste invisible. Je sens une onde vicieuse qui me tord les reins, qui remonte dans mon dos et mon con palpite en éjectant un jus qui coule le long de ma cuisse. Nous sommes trois dans ce bus qui file sans arrêt vers le centre de la ville. Le chauffeur ne me quitte pas des yeux. Il a bougé son rétroviseur pour m’avoir toujours dans son champ de vision. Il a le regard allumé d’une étincelle. Je dois être belle, ainsi au milieu de l’allée, le corps tendu, les seins frémissants, les jambes légèrement écartées, les genoux fléchis, ma main serrant la barre pour ne pas tomber, regardant cette femme inconnue, sans forme ni couleur qui prend son plaisir en solitaire, aux yeux de tous, sans bruit, seule avec elle-même. Elle a ouvert les jambes, inconsciemment, sa main est passée entre deux boutons ouverts de sa robe grise, je ne peux pas quitter des yeux cette main qui s’active, qui fouille, qui ouvre les lèvres intérieures, qui caresse violemment le clitoris. D’où je suis je peux sentir l’odeur intime de son sexe. Une odeur marine, musquée, forte, de femme qui ne se lave pas tous les jours. Une odeur excitante pourtant. Mélangée à celle de l’eau de Cologne bon marché. Une odeur qui me fait penser à celle qu’on pourrait sentir sur un marché dans un pays exotique, rayon des poissons. Ma main libre se referme sur ma jupe, devant. Sur ma fente qui s’ouvre et se ferme au rythme du va-et-vient de la main de la femme. Mes yeux ne se détachent pas du bas de ce corps qu’on dirait agité d’une vie propre. Je vois son bassin qui glisse vers le bord du siège en skaï orange. Sa jambe droite se relève et son pied trouve appui sur la grosse bosse que fait la roue à l’intérieur du bus. Un pan de la jupe grise a glissé sur le côté. Je vois le haut de ses cuisses, blanches, laiteuses, fermes et j’imagine douces à l’intérieur. Je m’approche doucement. La femme ne bouge pas, elle n’ouvre pas les yeux, toute à son plaisir solitaire. Je suis excitée, mouillée, mes reins sont en feu, sous mon tee-shirt, je sens les pointes de mes seins qui se durcissent, qui me font mal. J’aimerais qu’une main virile les empoigne, les torde, les pince, les violente, qu’une bouche les suce, les morde, les tire. Je prends délicatement le pan de la robe grise entre deux doigts et je l’écarte jusqu’à voir apparaître les poils noirs, frisés, abondants. L’odeur est plus forte. Je vois ses doigts entrés dans son trou, rose à l’intérieur comme une fleur qui s’épanouit, gris et terne dehors sous l’ombre des poils. Se sexe offert, ouvert m’affole, me rend folle. Ma main se resserre sur mon vagin. Je frotte ma paume sur mon clitoris. Mes jambes plient et s’écarte pour que je puisse mieux profiter de mon geste. J’accroche le regard du chauffeur. Il me sourit béatement. Il n’en perd pas une miette. A-t-il vu le geste de cette femme ? Son abandon ? A t il senti son odeur, lui aussi ou est-ce la mienne qui arrive jusqu’à lui ? Je reste là, devant elle, devant ce fantôme qui se branle ouvertement devant moi, qui se donne en spectacle, qui m’offre son sexe comme un coquillage vivant. Ses deux mains fouillent maintenant son ventre, elle a rentré deux, puis trois doigts en elle, elle les fait entrer et sortir pendant que de son autre main elle se branle le clitoris avec une force qui me fait mal. Je me mords les lèvres pour ne pas gémir. Cette image me dégoûte mais en même temps je prends un plaisir fou à la regarder faire. J’ai l’impression que ses doigts me fouillent aussi. Les muscles intérieurs de mon vagin se contractent de plus en plus vite. Je vais avoir un orgasme, là, debout dans l’allée de ce bus parisien, j’ai honte et en même temps j’ai hâte que le plaisir monte en moi. Elle a basculé sa tête vers la vitre, les yeux toujours fermés. Son odeur est puissante, sale, trop forte. Ses mains aux ongles noirs et cassés me rebutent, pourtant mes yeux sont fixés sur elle. Je ne me branle pas. Je tiens juste mon sexe dans la paume de ma main. Je sens mon jus couler sur mes doigts. Mon ventre, ouvert lui aussi, me fait mal tant les vagues de plaisir et de désir s’entrechoquent au fond de lui. Elle a ouvert la bouche, sa langue sort et elle se lèche les lèvres avec une petite langue pointue et rouge. Un gémissement sort. Un souffle qui sent le vin et l’ail vient jusqu’à moi. J’ai une nausée mais je ne peux pas m’empêcher de ressentir du désir encore plus fort. Et puis, ses pieds, ses jambes, son ventre se mettent à trembler. Elle est secouée de toutes parts. Elle ne dit rien, elle a juste les traits de son visage ridé qui se contractent dans une grimace obscène qui me fait jouir. J’inonde ma main de mon jus. Je sens la vague m’emporter, remonter dans mon dos jusqu’à ma nuque et je jouis, là, debout, abandonnée, en la regardant avoir son orgasme.


Je ne sais pas comment j’ai pu aller me rasseoir sur mon siège. J’ai les jambes engourdies. Je sens mes yeux creusés et la sueur coule entre mes seins, durs, dressés, pointus qui me font mal. Elle a rouvert les yeux, comme si elle sortait d’un rêve merveilleux. Elle a remis sa robe sur ses cuisses, a refermé ses jambes dans une position de bonne sœur, a ramassé son sac. Je ne la quitte pas des yeux et pourtant je me sens coupable, coupable d’un voyeurisme malsain, comme celui des hommes. Elle se lève. Passe la main sur les plis de sa robe. Remet le bouton défait. Lisse ses cheveux gras et ternes. Elle passe à côté de moi, sans un regard. Sa main se pose sur mon épaule. Me fait sursauter. Elle serre mon épaule comme la griffe d’un oiseau de proie. Je la regarde et lui sourit. Le chauffeur ouvre la porte. Elle descend, droite et digne. Je la suis des yeux et je la vois disparaître au coin de la rue. Je me sens observée. Je croise les yeux du chauffeur dans le rétroviseur et de loin, il m’adresse un sourire et ses yeux me remercient aussi. Je sonne l’arrêt suivant et je descends, les jambes tremblantes, le cœur affolé, la tête pleine d’images obscènes et sales. Le bus repart. Je le regarde s’éloigner.


Le soir, j’ai parlé de cette scène à mon amant. Il m’a encouragé à lui raconter tous les détails. Il se branlait en m’écoutant, son beau sexe luisait dans la pénombre. Je me suis caressée aussi et j’ai eu le plus bel orgasme de ma vie.


L’inconnue du bus 69 m’avait donnée du plaisir et j’ai aimé cela.


Clezo 2002