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n° 03789Fiche technique8714 caractères8714
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Temps de lecture estimé : 7 mn
02/01/24
corrigé 02/01/24
Résumé:  Tout va mal, tout va mal, heureusement j'ai rendez-vous avec Christine, mais Christine n'est pas venue, alors je suis allé voir Karima mais l'ascenseur est étroit
Critères:  fh prost ascenseur volupté intermast préservati tutu
Auteur : Estonius  (Estonius a un peu le blues)      
Karima (ou le petit ascenseur)

Perdu dans mes volutes, je traverse la pluie de ce mardi midi sans même un parapluie.

M’abriter, pour quoi faire ? Je vais de plus en plus mal, ce ne sont pas quelques gouttes résonnant sur les dalles qui augmenteront mon immense et noire déroute ! Et de toute façon, j’ai perdu, je crois ma route !


Ce matin encore, je me suis fait engueuler par ma nouvelle responsable. « Et je vous avais bien dit de faire comme ci comme ça, et vous n’en faites qu’a votre tête ! » Menteuse ! Mais est-ce que je peux la traiter de menteuse ?

Et puis l’estocade : « Je me demande si nous n’allons pas réfléchir à la façon de faire faire tout cela par quelqu’un d’autre ».

Je ne me fais aucune illusion. La dynamique du « flanquage à la porte » est engagée, et en principe ces choses-là ne traînent jamais trop ! J’aurais dû me rebeller ! Je n’ai rien dit !


Et puis, je m’en fous ! En fait non je ne m’en fous pas, mais je fais comme si je m’en foutais, pas facile de se mentir à soi-même, tout un art !


Et si je dis que je m’en fous, c’est que ce midi je mange en ville, j’ai rendez-vous avec Christine. Tralalèrereu ! Christine c’est une ancienne collègue, une belle brune aux yeux bleus, on n’a jamais concrétisé quoi que ce soit, on a failli, on savait les risques énormes, on savait que si on le faisait une fois on ne pourrait plus s’en passer, qu’on mettrait nos couples respectifs en péril. Alors on ne l’a pas fait ! Et maintenant, on est divorcés chacun de notre côté. Je croyais l’avoir perdu de vue, je l’ai retrouvée sur l’intranet de l’entreprise. Cinq ans, six ans que je ne l’ai pas vue, elle a dû changer, mais moi aussi ! Je me suis fait mon cinéma dans ma tête, envisagé plein de scénarios, et ils se terminent presque tous dans le plumard !


Il avait plu toute la matinée, tant pis, ce n’est pas cela qui va me décourager. Et un peu avant l’heure méridienne, miracle de la nature, une belle éclaircie. Je fonce à la rencontre de ma future nouvelle vie.


Et j’attends ! Ah ! Ça, j’adore attendre ! Un quart d’heure ! Une demi-heure… et non seulement Christine n’est pas là, mais l’éclaircie n’est plus qu’un souvenir et il tombe des cordes ! Elle m’avait demandé mon numéro de cellulaire. Mais de quoi j’ai l’air, moi, perdu sous cette porte cochère, à regarder si parfois, après tout, on ne sait pas, elle m’aurait envoyé un message.


Eh bien non, pas de message, ce rendez-vous devient un lapin !


Pourquoi dit-on un lapin d’ailleurs pour signifier ces rendez-vous où l’une s’est moquée de l’un ?


Allez, ouvrons une parenthèse, vous vous serez au moins cultivés en lisant cette anecdote à l’aise.

On appelait lapin au 19e siècle un client de bordel qui malgré toutes les précautions prises par les tenanciers s’enfuyait sans avoir justement rétribué ses hôtes. Quant au terme « poser », il avait le sens général d’« attendre sans rien faire » ! Ainsi on posait et on pose toujours chez le photographe, mais on posait également en attendant son petit ami au coin de la rue. L’expression revient un peu ces temps-ci : « qu’est-ce que tu fais, posé là ? »

Si ces deux références sont authentiques, il n’est pas évident que leur association puisse expliquer l’expression. N’empêche, que poser un lapin signifie donc faire attendre quelqu’un dont on estime à tort ou à raison que sa réputation ou son comportement ne vaut pas grand-chose, et même que c’est bien fait pour lui rajouterait Zazie ! Avec le temps, ce serait donc devenu tout simplement un rendez-vous qui n’aboutit point.


Quant au lapin lui-même, vous savez celui avec les grandes oreilles… et bien ce mot n’était qu’une des appellations parmi d’autres pour désigner cette bestiole ! Jusqu’au 16e siècle, on désignait plutôt l’animal sous le nom de conin ! Le problème c’est que ce mot désignait aussi le sexe féminin ! La partie la plus pudibonde de la haute société de l’époque, le clergé, les châtelains, les naturalistes et les maîtres queux tentèrent et réussirent à imposer le mot « lapin »… Voici un combat bien ridicule et bien vain, car le langage évoluant, du conin ne resta que le con (qui en est l’abréviation où peut-être à l’origine une variante régionale), mais ce mot à la con, n’eut qu’un succès limité, remplacé dans nos cœurs et nos désirs par le mot chatte. Et de savoir pourquoi le sexe de madame à de telles prédispositions animalières est un autre débat dont je vous ferais grâce…


… et reprenons !


Quel démon m’a donc conduit dans ces rues chaudes où il m’arrive parfois de traîner mes guêtres les soirs de grands stress ?

J’y ai noué quelques complicités avec d’accortes bougresses. Alors pourquoi pas ? Justement dans cette rue peut-être ? Quoiqu’à cette heure ? Je cherche ce visage connu, mais ne le découvre pas. Tant pis ! Je traîne un peu ! Mouillé pour mouillé, que m’importe !

Certaines de ces femmes sont très belles, mais je n’aime pas leur beauté froide, presque inaccessible, trop lointaine.


Tiens celle-ci, je ne l’ai jamais vu !


Mais, faut-il te prévenir, ami lecteur, ce récit se poursuivra maintenant en style tutu !


Tu m’as fait un petit sourire mutin !

Une belle brune toute de noir vêtue, mais plus genre « fourrure » que « domina ».

Tu me chuchotes quelques mots d’invitation. Ton visage est coquin, tes yeux pétillent et ton petit nez est mutin.

Je réponds par un sourire, toujours très correct, mais je continue ma route ! Non, mais des fois !

Et puis – trou de mémoire – qu’ai-je donc fabriqué pendant cinq minutes ? Toujours est-il que j’ai fini par revenir, et de nouveau me rapprocher.

Nous échangeons des paroles si rituelles, si banales, ton sourire est trop craquant.



Tu me fais passer devant toi dans ce minuscule ascenseur.

On a du mal à tenir à deux. Ton visage est très près de moi.

Je sens ton parfum, je découvre mieux ton beau visage exotique, tes yeux de braise, ta peau de miel, ton sourire de fée !

Tu me fous la main sur la bite.

Je me laisse faire.

Malicieusement, je te questionne :



Alors tu enchaînes sur le même registre.



Tu me pelotes jusqu’à ce que la cabine stoppe. Tu m’ouvres ta chambrette où tu fais tes amourettes. Le protocole : la chaise pour les affaires, quelques paroles pour te dire ce qui me ferait plaisir, je ne suis, je pense pas, très compliqué.

Et puis ce gag impossible ! Celui qu’on n’ose même pas inventer ! Tu enlèves son soutien-gorge et pendant que tes seins magnifiques se libèrent, une petite pluie de pièces toutes neuves dégringole sur le parquet. Une pluie de centimes d’euros !

Serais-tu, beauté méditerranéenne, une magicienne dont les seins feraient jaillir la fortune ?

Je t’aide à les ramasser, ta poitrine dans cette position est magnifique.

Tu me racontes que tu es allé acheter je ne sais trop quoi il y a cinq minutes, et que n’ayant ni poche ni porte-monnaie sur toi, il fallait bien que tu mettes la monnaie quelque part !



Nous rions aux éclats !

Je te demande ton prénom, mais je ne le comprends pas

Tu m’invites à venir sur le lit, mais avant, je te caresse un peu, ta peau est douce, tes seins sont délicieux, tes pointes sont des fraises sous ma langue, je bande comme la tour de Pise !

Tu me procures les gestes que j’attendais de toi, tu es douce, tu es tendre, tu te penches vers mon corps, ton visage est très proche du mien, tu débordes de sensualité. Instants délicieux où le temps se fige ! Instants trop courts. Je jouis, tu me caresses les épaules. Pas si pressée de me voir me relever.

La conclusion triviale, l’essuie-tout, le préservatif que l’on retire, la poubelle, le lavabo, on se rhabille.


Je te demande de nouveau ton prénom, je ne comprends toujours pas, je te fais répéter, c’est Karima, tu me dis que tu es égyptienne, que tu viens de Louxor, tu me parles un peu de tes clients :



Je te promets de revenir. Tu es contente, j’ai la faiblesse de te croire sincère (je n’ai pas dit « désintéressée »).


Tu m’aides à réajuster le col de ma veste, celui de ma parka.

Retour dans le minuscule ascenseur, on est aussi serré qu’à la montée, ta main s’avance, je me demande :



Non, ce n’est pas cela, elle m’attrape le dessus de mes mains, me les caresse et me les serre avec une infinie douceur, tout en me regardant avec une quasi-tendresse… Je ne sais plus où me foutre !

Je ne me rappelle plus si je l’ai embrassée pour la quitter ! Dehors, il pleut toujours !


Elle est soft, mon histoire, elle est bête, mon histoire, je n’ai rien contre le hard et le serais une autre fois, mais de cette histoire vraie, de cette rencontre avec Karima, ce n’est pas nos ébats pourtant charmants dont je garderais souvenir, mais ses mains sur les miennes, son regard… Chienne de vie !