| n° 03203 | Fiche technique | 9452 caractères | 9452Temps de lecture estimé : 6 mn | 30/11/01 corrigé 22/09/22 |
| Résumé: Cheminement de pour réveiller un être endormi par la routine. | ||||
| Critères: fh volupté intermast pénétratio | ||||
| Auteur : Lionel (Jeune homme, 21 ans, sans prétentions) | ||||
Parenthèse dans une vie monocorde, induite par des petits gestes qui déroutent de la routine.
Je vivais une vie bien paisible, sans excès ni moments forts ; la vie d’un fonctionnaire célibataire aux mœurs solitaires. Je voyais défiler à longueur de journée la misère de personnes implorant une aide donnée parcimonieusement, aux gens, estimés par d’autres gens, appelés méritants. Vie embourbée par l’horreur de l’accoutumance à la pauvreté qui glace le cœur au point de ne plus s’apercevoir de la profonde souffrance de ces êtres, qui finissent par ne plus être qu’un nom ou une photo sur un dossier. Comment ne plus être écœuré par ces personnes qui marchent allégrement sur cette misère pour s’octroyer la fortune ou la reconnaissance aveugle de ses pairs ?
La grisaille était mon lot quotidien, les cris d’appel au secours ma musique, les pleurs ma litanie. Pourtant, rien de tout cela ne parvenait à m’extirper de ma torpeur, à m’inspirer la compassion qui seule permet le réconfort. Je continuais à marcher d’un pas lent, sans un regard pour personne, le cœur aussi froid qu’une tombe.
Jusqu’au jour où une touche de gaieté illumina mon bureau d’ordinaire si bien rangé, si impersonnel. Une rose rouge qui répandait son délicat parfum, posée en son centre, la tige recouverte par une fine feuille de papier teintée de jaune pâle. Je m’en saisis et pus y lire : « Apprends à me connaître, laisse-toi guider et tu reverras le jour ». Ce bout de papier sorti de l’ordinaire, sans signature, mais empli de chaleur et d’espoir éveilla en moi un petit chatouillement dans le cœur et l’esprit. La curiosité piquée au vif se fit maître de mes pas et se chargea de me faire tourner en rond, déchaînant ma mémoire qui se mit à égrener les noms connus tel un lecteur acharné du bottin.
Une semaine s’en suivit sans nouvelle qui me permit de m’émerveiller de la capacité de mon cerveau à travailler sans repos. Serais-je à nouveau capable de ressentir des émotions ? Chaque jour, je guettais un signe, un objet m’indiquant la route à suivre, mais toujours rien. Au bout de la deuxième semaine, j’ouvris ma boîte aux lettres sur une enveloppe vierge que je m’empressai de décacheter. Elle contenait un dessous de bière de fabrication artisanale. C’est avec l’anxiété mêlée de curiosité chevillée au corps que j’accomplis mes tâches du lendemain. Et ce fut le soir à peine tombé que je me mis en route pour ce qui allait s’avérer être un pub, situé au bord de la mer et à proximité du port.
Chemin faisant, je scrutais tous les visages pour tenter de confondre l’auteur de cette mise en scène. Dès la porte de l’établissement poussée, une forte odeur de fumée et de poisson vous sautait à la gorge. Pas un signe, pas un visage n’affichait l’attitude de l’attente, alors je pris place au comptoir et commandai une bière maison. Ma tenue vestimentaire stricte ne mit pas longtemps à me faire remarquer et rapidement des contacts furent noués autour de ma provenance. Le cidre remplaça la bière et les discours enflaient à mesure que les chopes se vidaient. L’immersion de ce monde inconnu me valut quelques bonnes claques, notamment du côté de mon avarice. Le sommeil fut court et au matin, les nains étaient à l’ouvrage, mais un sourire était né aux commissures de mes lèvres. Seulement le mystère n’était toujours pas résolu. Qui pouvait bien dépenser autant d’énergie pour un être sans intérêt ?
Alors que mes extrapolations allaient bon train, je constatai qu’une affichette avait été déposée sur mon bureau. Il s’agissait d’une fête de quartier organisée dans le but de faire connaître les multiples ethnies vivant en ce lieu. Je laissai la fin de semaine s’écouler lentement puis me rendis à cette réunion avec l’espoir d’éclaircir cette énigme. Les musiques allant du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, se succédaient sur l’estrade, permettant aux groupes folkloriques du même pays de se produire. L’ambiance était chaleureuse, tous les sens étaient satisfaits. Pendant que je me promenais entre les stands africains aux couleurs chatoyantes et fleurant bon la noix de coco, j’entraperçus une jeune femme qui s’avérait être la secrétaire que j’avais engagée il y a six mois de cela. Immédiatement, la lumière se fit jour dans mon esprit. C’était elle, la seule qui me permettait d’apporter une réponse à chaque question. C’est vrai que je n’avais pas cherché à la connaître en dehors de ses capacités professionnelles.
Elle irradiait, elle était splendide avec ses cheveux châtains remontés en un chignon libre, laissant les pointes de sa chevelure retomber. Ses yeux bleus s’illuminaient tout au long d’une conversation menée avec un groupe d’hommes.
Je décidai de continuer ma déambulation, car trop bouleversé par cette découverte. Je me mis à voyager à travers le Japon, la Corée, la Thaïlande, l’Iran, puis la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Au tournant du dernier étal voué à la gastronomie marocaine, je faillis tomber dans ses bras, aucun son ne put sortir de ma bouche. Elle était survenue sans bruit, sans perturber la rêverie dans laquelle toutes les splendeurs étalées m’avaient plongé. Elle était, et est toujours radieuse, un sourire franc et limpide ouvrait son visage.
Alors que je tentais de me remettre de mes émotions, elle me prit par la main et m’offrit de m’asseoir à la terrasse d’un café cubain. Je ne pouvais que la regarder et m’émerveiller sur les changements qu’elle avait su provoquer en moi. Elle était comme divine, sirotant son verre de jus de fruit de la passion. Celle-là même qui naissait dans ma poitrine, rythmant les battements de mon cœur. Sa voix était douce, presque suave et elle me fit tressaillir quand elle m’annonça son désir de m’enlever pour me conduire à son appartement en banlieue. Comment, si vite, déjà ? Les derniers lambeaux de ma froideur volèrent instantanément en éclats.
C’est durant le trajet qu’elle choisit de déclarer que maintenant qu’elle avait réveillé mon cœur, il était temps de réveiller mon corps. Ses paroles furent immédiatement suivies par des caresses dont le but était de ranimer et de maintenir éveillé le désir qui fut prompt à réagir. Elle me plaça sous ce traitement le temps que l’on parvienne au pied de son immeuble. Elle avait si bien œuvré qu’une flamme virevoltait au sein de mon bas-ventre et dans mon cœur, je sentais mon corps aimanté au sien. Mes lèvres se ruèrent sur les siennes qui s’évertuèrent à calmer les débats, imposant leur tendresse à ma brutalité et à ma fougue. Nos langues se heurtaient, se nouaient, se déliaient pour recourir s’unir à nouveau en prélude à l’union de nos corps. La chaleur de son être m’embrasait.
Nous dûmes nous séparer pour franchir les derniers obstacles à nos tâtonnements, à notre danse de l’amour. Elle jouait avec mon désir, lui insufflant force ou au contraire l’affamant.
Elle lança un disque aux airs légers délivrés par une flûte de pan merveilleuse. Son corps se mit à onduler, alors qu’elle me rejetait sur un canapé, au rythme de la musique, faisant disparaître une à une la moindre parcelle de tissu. M’invitant à faire de même, elle m’entraîna dans une danse lascive, ses pas conduisant le couple et sa voix guidant mes caresses pour me faire découvrir la moindre partie de son anatomie. Son plaisir se faisait gentiment visible, ses beaux seins ronds se gonflant, son ventre venant se plaquer sur mon membre raidi qui radia de sa mémoire les longs mois d’inactivité. Elle saisit une de mes mains et l’attira vers son jardin secret tout en me disant qu’il était temps de préparer l’antre de nos amours. Sa voix et ses gémissements se firent maître de ma langue et de mes doigts, incitant la fontaine sacrée à délivrer son nectar. Ses lèvres se perlèrent de rosée alors qu’un fin ruisseau cherchait son chemin le long de ses jambes toniques. Ses caresses se firent plus pressantes, et se renversa sur le rebord du lit, ouvrit les jambes, souleva ses hanches et m’ordonna de combler cet orifice, de me muer en pompier pour éteindre ce brasier ainsi allumé. Le foyer fut localisé et l’orifice comblé avec précautions mais ardeur.
Nous restâmes ainsi enlacés, nos bouches et nos cœurs unis. Ce fut elle qui d’un subtil mouvement du bassin prit l’initiative de notre monologue corporel, jouant avec la profondeur du discours. Les mots s’égrenèrent, tendres, entrecoupés de petits cris, le souffle allant en s’accélérant, nous contraignant à relever la tête. Nos corps se murent en un ballet habillé par les draps humidifiés par la sueur de nos amours. L’escalade menant au sommet s’accomplit : des contractions en entraînant d’autres invitèrent mon éruption à se produire puis, soudain, elle rejeta la tête en arrière et balbutia les termes d’un contrat qui n’a pas trouvé son épilogue.
Notre route continua, œuvrant pour le réveil des cœurs et des corps, se fondant dans la masse des êtres en mouvements.