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n° 02749Fiche technique25628 caractères25628
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26/08/01
corrigé 26/12/23
Résumé:  Célia finissait de liquider l’héritage de sa vieille tante décédée. Elle s’efforce de négocier un lot de livre anciens traitant d’ésotérisme...
Critères:  #fantastique f bizarre strip piquepince
Auteur : Nicolas_Solovionni  (Nicolas Solovionni participe au concours d’été (softement))            Envoi mini-message
Célia et le vampire

À la « vraie » Célia, ce récit très soft…



Célia n’a pas encore trente ans. Grande, des formes évidentes, des yeux bleus et des cheveux blonds cendrés, coupés mi-longs. C’est ce qu’il est convenu d’appeler un beau brin de fille, cela ne l’empêche pas de se trouver un peu trop large d’épaules, quelques kilos de trop et un visage pas assez fin… Jamais contentes…



Pour la troisième fois, Célia reposa sur le sol ces deux lourdes valises !



Célia finissait de liquider l’héritage de sa vieille tante décédée. De la bibliothèque, il n’y avait pas grand-chose à récupérer. Malgré tout, certains bouquins étaient fort anciens et Célia avait d’abord pensé les garder, mais en en découvrant le sujet, elle y renonça, tout cela avait trait à l’ésotérisme, et ce n’était vraiment pas son truc !

Ce matin, elle avait donc entassé une bonne trentaine d’ouvrages dans deux valises, et était partie les proposer à un libraire d’occasion. Le type refusa de faire affaire avec une moue de mépris. Elle en chercha un second qui fut aussi mal aimable que le premier. Sa troisième tentative ne fut pas meilleure, mais le commerçant eut la gentillesse de lui conseiller de s’adresser carrément à une échoppe d’ésotérisme en allant même jusqu’à lui en indiquer l’adresse.



Enfin, elle arriva dans la boutique, un personnage de caricature l’accueillit, de longs cheveux blancs, maintenu en queue de cheval par un élastique, un catogan, que ça s’appelle, il paraît.



Ne pas lui dire, surtout qu’on n’en a rien à foutre, ne pas le vexer… surtout ne pas le vexer…



Elle se rendit compte à la mine amusée du type que son explication frisait le ridicule.



Le type semblait réellement alléché par tout ce bazar, il prenait les livres un à un et les mettait de côté, puis se reprit et recommença tout en notant des indications sur une feuille de papier !



Bien sûr que ça allait ! C’était même inespéré ! Le type alla chercher des billets dans l’arrière-boutique et les tendit à Célia.



Pourquoi était-il si affirmatif ?



Le type s’énervait, Célia commençait à se demander si elle n’allait pas passer à côté des quatre mille francs. Elle avait cru l’affaire conclue, il fallait qu’elle se ressaisisse.



Machinalement, elle ouvrit le livre, l’écriture y était incompréhensible.



Célia se résolut à ne pas contrarier le type d’autant qu’il ne lui avait pas encore donné les billets !



Elle empocha enfin le produit de la vente, disparut de la boutique, se rendit compte que son estomac criait famine et acheta un pain aux raisins dans la boulangerie mitoyenne, puis s’engagea vers le métro ! Sur le quai, elle déposa le livre dans une poubelle, puis entreprit de regagner son domicile dans le 11e arrondissement, après avoir fait quelques courses qu’elle rangea dans une des valises. Arrivée à la maison, elle les déballa sur la table sans trop faire attention.


Il restait un objet au fond !

… Le livre !

… Non, ce n’était pas possible ! Elle était certaine de l’avoir jeté !


Cet événement la perturbait bien plus qu’elle ne voulait l’admettre. On se persuade parfois que l’on a fait des choses que l’on n’a point faites. Mais quand même, elle se revoyait le jeter, se remémorant y compris sa chute jusqu’au fond de la poubelle où il était allé rejoindre une canette de bière et un emballage de gâteaux secs. Mais bon… sans doute était-elle victime de cet étrange climat un instant ressenti chez cet occultiste ? Elle n’avait jamais été bien à l’aise face à ces gens-là et avait en fait du mal à assurer la contradiction entre le fait qu’elle affirmait haut et clair ne pas croire à une seule goutte de leurs élucubrations, et celui qui quelque part caché dans les recoins de son subconscient lui faisait peur.

Elle s’empara du bouquin, sortit sur le palier, le jeta dans le vide-ordures et rentra ranger ses achats.

Bon, qu’est-ce qui se passait encore ? Qu’avait fabriqué cet imbécile de gérant de supérette ? Il avait mélangé ses propres courses avec celles d’un autre client. Le chapelet d’ail qu’elle se souvenait avoir choisi n’était plus là et était remplacé par un concombre. Elle ne consommait jamais de concombre, ne le digérant pas !



Elle s’apprêtait à redescendre dans ce magasin et engueuler ce gros nul qui ne pensait qu’à lui mater les nichons quand elle se souvint qu’au moment de régler ses achats, elle y était seule. Comment une telle confusion avait-elle pu alors se produire ?

Si elle ne savait plus ce qu’elle faisait, ça devenait grave ! Il faudrait, se dit-elle, qu’elle se dépêche d’aller consulter tant qu’elle avait conscience de son état !

Pour l’instant, elle décida de se faire un petit en-cas, mais après avoir toutefois effectué un petit crochet à l’autre bout de l’appartement afin d’y accomplir un petit et nécessaire besoin naturel.

Et quand elle revint dans la cuisine… le livre était à nouveau apparu !



Cette fois-ci, c’était la panique ! Plus d’ailleurs par crainte de la folie que pour d’autres raisons.



Lentement, elle s’approcha du livre. Elle eut alors l’impression qu’il venait de s’ouvrir tout seul ! Non ! Un livre ne s’ouvre pas tout seul ! N’empêche qu’il était bel et bien ouvert ! D’un mouvement involontaire ! Ce ne pouvait être autre chose ! Elle le referma puis alla chercher une feuille de papier et un stylo bille puis écrivit :


il est 12 h 55, je vais jeter ce livre.


Elle l’enferma dans un sac en plastique après y avoir rajouté les informes saloperies qui gisaient dans la poubelle de sa salle de bain.

Elle jeta le tout au vide-ordures sur le palier et consigna la chose sur son bout de papier :


À 13 h, je l’ai entendu tomber dans le conduit.


Elle punaisa ensuite la feuille sur le petit panneau qui lui faisait office de pense-bête.

Du coup, elle n’avait plus faim. Elle avait peur, peur de voir réapparaître ce satané bouquin. Et puis que faire ? Face à l’adversité, pour ne pas se laisser bouffer, il faut avoir un minimum de défense, un embryon de stratégie. Mais là, elle ne voyait pas ! Ou alors… à moins que… recontacter cet abruti d’occultiste…

Claque !



Une fenêtre qui claquait comme sous l’effet d’un courant d’air. Mais aucune fenêtre n’était ouverte. Elle allait regarder dans sa chambre, et réalisa… on voulait l’éloigner de la cuisine… et quand elle reviendrait, le livre aurait une nouvelle fois réapparu.

Non ! À ce jeu, elle cesserait d’être passive. Quelqu’un s’amusait à ses dépens. Elle pouvait essayer de prouver qu’elle n’entendait pas se laisser dominer par les événements, aussi bizarroïdes fussent-ils !

Elle dépunaisa son petit papier de tout à l’heure, le plia en quatre et le garda en main. Elle se rendit alors dans la chambre, constata que tout était normal, et revint le cœur serré sachant que le livre serait là ! Elle ignorait si elle avait vaincu sa peur.

Effectivement, le bouquin trônait de nouveau au milieu de la table en formica de la cuisine.



Et ce disant, elle déplia son morceau de papier qu’elle n’avait pas lâché et jeta une exclamation de surprise horrifiée ! Il n’y avait rien, absolument rien d’écrit sur ce foutu papelard !



Elle respira un grand coup, puis à nouveau se rapprocha du livre. Tout à l’heure lorsqu’il s’était ouvert, il l’avait donc fait tout seul. Sans doute recommencerait-il maintenant ?

Effectivement, il récidiva !



Elle s’approcha de la page découverte. Le texte était en clair, il était même très clair :


En déplaçant cet ouvrage de l’endroit où il était resté immobilisé, tu as brisé le sort qui emprisonnait mes pouvoirs magiques. Il faut que tu le lises à présent, il faut que tu le lises tout de suite !



Les pages se tournèrent alors toutes seules, puis finirent par s’immobiliser, là où il était uniquement indiqué en bas d’une illustration cauchemardesque ces simples mots :


Je ne te laisserais plus jamais en paix !


Elle savait que ça au moins, ce serait vrai !



Pas de réponse ! Bon, le téléphone ! Évidemment, la librairie ésotérique ne figurait pas dans l’annuaire. Voilà qui était bien dans la mentalité de ces gens-là. Soi-disant dépositaires de pouvoirs magiques terrifiants, ils craignaient cependant de rendre leur téléphone public. Dérisoire ! Minable ! Donc pas de numéro, mais qu’importe ! Elle sortit, acheta une bouteille de white-spirit et décida que si les explications du magicien de service ne la satisfaisaient pas elle le menacerait de foutre le feu à sa boutique de merde. Où avait-elle noté l’adresse ? Elle était sûre d’avoir glissé le petit carton dans son petit carnet qui ne quittait jamais son sac à main. Sans doute l’avait-elle jeté machinalement ? Elle irait au pif !

Retrouver la grande avenue en sortant du métro n’était pas difficile. Par contre la librairie… Elle aurait pourtant juré qu’elle se trouvait de ce côté ! Elle redescendit la rue, la remonta, recommença… Rien ! Alors elle eut l’idée de rechercher la boulangerie chez laquelle elle avait acheté une viennoiserie ce matin. Elle la retrouva facilement. Du moins, c’est ce qu’elle se dit sur le moment, car l’instant d’après elle en était beaucoup moins sûre… parce que juste à côté, là où il aurait dû y avoir la vieille librairie ésotérique, se tenait un dépositaire de presse tout ce qu’il y a de plus commun.

Elle devait se tromper de boulangerie. Voulant en avoir le cœur net, elle y rentra. C’était bien la même, elle reconnaissait parfaitement les lieux ainsi que la petite boulangère beurette. Elle commanda une tarte aux fraises et lui demanda :



Ah, les répliques idiotes ! Non, pas dans le quartier, idiote ! À Hong Kong !



En d’autres circonstances, elle aurait trouvé la réponse troublante, elle ne la trouvait présentement que décevante.


Elle sortit et pénétra ensuite sans grande conviction, juste « pour voir » chez le marchand de journaux. Celui-ci, un grand échalas, apercevant Célia, se tendit alors comme un arc et redressa son menton à ce point qu’on aurait pu croire qu’il s’apprêtait à exécuter un numéro de claquettes.



Décidément, ce livre était plus fort qu’elle ! Elle se débarrassa de son liquide inflammable devenu inutile et rentra chez elle.


Elle lut alors l’opuscule, la chose se lisait d’ailleurs assez vite et était fort parcellaire. On y indiquait qu’un certain Roman Enescu avait été frappé de la « malédiction des vampires ». Un chasseur de vampires en était venu à bout très exactement en 1968. Tout cela était assez peu intéressant, la suite était par contre plus originale. On y apprenait que certains vampires prenaient la précaution de s’octroyer les services de simples mortels qui en cas de destruction se chargeraient d’ordonnancer les conditions de leur résurrection.

On découvrait ainsi qu’à la mort de Roman, un dévoué serviteur avait ramassé quelques restes du vampire foudroyé et avait enfermé et cousu ses cendres dans la couverture de ce livre. Il fallait ensuite un délai de trente-trois ans, trois mois, trois semaines et trois jours pour que le livre reprenne conscience. Le vrai réveil spirituel ayant lieu dès que quelqu’un consentirait à le bouger de place…


Bon ! Jusque-là, c’était du bizarre de chez bizarre ! Ça ne disait pas comment se débarrasser de ce foutu bouquin ! Le brûler ? Mais est-ce que ça fonctionnerait ? Il faudrait bien pourtant qu’elle s’en sorte… plus que quelques pages à lire… Marre de ces salades… Mais la fin lui réservait une autre sorte de surprise et de taille !

Le livre lui demandait carrément d’officier à la résurrection du monstre.


Un protocole de dingue ! Digne des plus mauvaises séries Z sur le sujet. Il fallait tracer au sol un double cercle à la craie blanche. Dans l’anneau ainsi formé, il fallait effectuer un découpage en douze secteurs, y dessiner des symboles bizarres, plus ou moins astrologiques. Super pratique de dessiner sur un carrelage blanc ! Mais ce n’était pas tout ! Il fallait ensuite se mettre au milieu de cette idiotie, débiter une incompréhensible invocation, en versant sur le livre ouvert dans un premier temps quelques gouttes de sang féminin, puis quelques gouttes de sperme d’un homme de moins de 33 ans ! Du sperme ? Où allait-elle dégotter cela ? Elle était seule depuis quelques mois maintenant. Elle n’allait tout de même pas s’envoyer en l’air avec le premier venu pour faire plaisir à l’instigateur de ce qui ne pouvait n’être que des manigances géniales ! Il fallait ensuite effectuer une danse au son de la musique et recourir au service d’un musicien ! C’est tout ? Oui ? Non pas tout à fait… mais le reste concernait des détails d’ordre beaucoup plus pratique, il fallait plusieurs produits heureusement d’usage courant, mais aussi préparer des vêtements pour habiller le vampire ressuscité. Ah oui ? Et je trouve ça où ? Et qu’est-ce qu’il nous fait comme encolure, le phénomène ?

Il était finalement spécifié que l’opération devait se faire la première nuit de pleine lune suivant l’ouverture du livre.



Elle se décida à aller réfléchir dehors ! Prendre le frais lui ferait grand bien. Les godasses. Le sac à main. Les clés. Elle actionna la poignée de la porte… Bloquée !



Ça n’avait aucun sens, une poignée de porte ne se bloque pas ! Elle était donc enfermée chez elle ! Cocasse comme situation. On fait comment ? On appelle le serrurier ! Mais il fait comment pour entrer le serrurier ? Après tout, autant l’appeler, c’est son métier, il saura dire, il saura faire !

Elle décrocha le combiné. Pas de tonalité, elle vérifia la prise, tout semblait normal. Quelle étrange malédiction était-elle en train de lui tomber sur la tête ? Et puis, elle comprit… le livre ! C’était le livre qui la punissait de ses atermoiements ! Elle le regard avec haine :



Les pages se mirent à nouveau à tournoyer pour s’arrêter une nouvelle fois sur une illustration, il s’agissait cette fois d’un vampire menaçant un infortuné voyageur. La légende en était :


Il suffit de le vouloir !



Mais la porte refusait toujours de s’ouvrir, le livre savait donc qu’elle mentait. Elle ne s’en sortirait pas, il lisait dans ses pensées !

Cette fois, ce fut la crise de désespoir. Elle ne voyait tout simplement pas comment se sortir de cette nasse. Elle finit par se calmer, but un grand verre d’eau minérale et comprit que, ne serait-ce que provisoirement, il lui fallait bien composer avec cette sorcellerie. Elle ignorait comment faire. Elle improviserait.

Cette fois, la porte s’ouvrit. Elle commença par le plus facile, acheter la craie blanche et du papier d’emballage qui lui servirait de support pour le dessin magique.

Ensuite, les habits, elle se rendit dans une boutique qui fournissait des costumes de scène. « Non, on ne pouvait pas acheter une panoplie de vampire, juste la louer en laissant une caution ». Elle essaya de négocier. Elle voulait l’acheter, mais l’homme ne voulait rien savoir ! L’adresse du grossiste alors ? Il n’y avait pas de grossiste ! Ces trucs-là étaient faits sur commande spécialement pour le magasin. Alors l’adresse de la personne qui confectionnait les costumes ?



Elle s’était en effet persuadée qu’elle pourrait dans cette affaire dépenser au-delà de ses moyens. Une fois le vampire ressuscité, ces choses-là devraient s’arranger facilement !



Ils s’engueulèrent pour de bon et le loueur de costumes finit par chasser Célia manu militari de sa boutique.

Qu’à cela ne tienne, elle achèterait un flingue et reviendrait braquer ce connard !

C’est en se mettant en quête d’un armurier qu’elle se fit la réflexion que le vampire n’avait pas demandé d’habits particuliers, mais simplement de quoi se vêtir. Du moins, c’est l’impression qu’elle en avait et si celle-ci n’était pas la bonne, le livre saurait bien le lui manifester. Oui ! Mais acheter quoi ? Et dans quelle taille ?

Elle se décida pour un jogging, une paire de chaussettes, et pour ce qui était des chaussures elle acheta trois paires de basquets dans trois pointures impaires différentes et des semelles si d’aventure sa pointure était du pair !



Et voilà, notre vampire ressusciterait en jogger ! Mort de rire ! On pouvait sans doute résonner de la même façon pour la musique, se dit-elle en observant un joueur d’harmonica qui faisait la manche dans le métro ! Quoique celui-ci, assez mignon, aurait pu cumuler les fonctions de musicien résurrectionniste et de donneur de sperme ! Non ! Pour la musique, sa chaîne Hi-Fi suffirait amplement ! Restait donc la semence ! Comment faire ? Allez faire un casse dans une banque du sperme lui paraissait assez ridicule. Elle eut alors l’idée d’aller négocier la chose avec une prostituée. Puisque tout s’achète et tout se vend, pourquoi alors ne pas essayer d’acheter l’un des condoms bien remplis qui gisaient dans leur poubelle de salle de bains ?

C’est ce qu’elle fit ! Elle prit soin de choisir au feeling une fille qui ne risquait pas de lui répondre de façon agressive. Celle-ci venait de terminer justement son premier client du jour, un jeune homme, précisa-t-elle ! C’était parfait !


Elle rentra. Elle s’angoissait malgré tout de savoir que son interprétation toute personnelle des « courses à faire » aurait la bénédiction du livre vampiresque. Mais il n’y eut pas de réaction.


Elle occupa le temps qui lui restait à faire de la place dans son living. Elle devait attendre l’heure exacte du coucher du soleil pour entamer les « vrais préparatifs » ! À ce moment-là elle disposa le papier kraft, traça les symboles à la craie à l’exception du dernier, alluma les bougies dans toute la pièce, fit un essai de musique, son choix s’était porté sur les Carmina Burana de Carl Orff ! Elle disposa ensuite au centre du cercle, le bouquin, le préservatif, une petite aiguille, et les vêtements du vampire ainsi que quelques autres bricoles.


Puis elle ouvrit la fenêtre, et attendit que la lune soit visible. Elle s’étonna du silence relatif de sa rue d’ordinaire si bruyante, à peine entendait-on au loin l’aboiement inquiétant d’un chien impatient. La lune était là à présent, brillant de sa majesté mélancolique tandis que les nuages poussés par le vent passaient devant son globe, allant provoquer sur les murs blancs des façades, une improbable farandole d’ombres.


C’était parti !


Elle dessina le dernier symbole, et pénétra dans le cercle, provoquant instantanément un courant d’air glacial qui ne persista pas.

Elle récita le charabia imposé, se piqua le doigt avec l’aiguille, fit tomber le sang sur le livre, puis elle éventra le condom pour en libérer une partie de son contenu. Elle pointa ensuite la télécommande de la chaîne et déclencha la musique (pratique le progrès !). Tout devint alors assez flou ! Elle entama sa danse.


Elle ne s’était pas habillée spécialement ! Elle était restée en chemisier. Le protocole précisait qu’il ne fallait rien dévoiler en bas de la ceinture. Drôle d’idée !


Cette musique presque uniquement rythmique permettait de faire des gestes très saccadés, des séquences de gestes très brèves. Pendant cinq minutes, elle joua à « je retire ou je retire pas » avec son chemisier, s’amusant à dévoiler ses belles petites épaules et ses bras encore bronzés, puis finit par le retirer. Elle s’était mis ce matin un soutien-gorge blanc bordé en son haut d’une fine bande de dentelle presque transparente qui ne cachait pas grand-chose de ses aréoles à condition toutefois d’y être attentif. Elle s’amusa à y passer la main et à faire pointer le petit bourgeon de ses tétons. Quand elle jugea ce manège suffisant, elle se débarrassa du sous-vêtement. Il ne lui restait rien à retirer ! Elle ne savait pas quand il faudrait arrêter, sans doute le livre le savait-il lui ? Alors elle dansa, elle dansa de toutes ses forces, gesticulant des bras, des mains, du visage. Elle fut rapidement en sueur, son dos perlait de gouttes qui en accusaient le relief, mais c’est bien sûr sur les seins que la transpiration se faisait taquine en surlignant les globes parfaits magnifiquement éclairés par la double lueur des cierges se consumant et celle de la lune triomphante. Excitée, elle passa sa main sur ses mamelles en fièvres, les fit glisser l’une contre l’autre, les pressa de ses doigts écartés, les pinça, puis en gagna rapidement le centre, où chaque main s’empara alors du bout du téton en le serrant avec force, lui arrachant un cri de douleur souhaité. Une douleur qui ne lui suffisait pas, non contente de serrer, elle roula l’excroissance de chair entre ses pouces et ses index, relâchant, recommençant pour aller à chaque fois un peu plus loin et un peu plus fort dans ce mouvement, jusqu’à les tordre. Et puis, n’y tenant plus, elle se risqua à y imprimer le bout des ongles, timidement, puis de moins en moins doucement…

Elle ne savait plus bien où elle en était, elle appuyait de toutes ces forces, elle hurlait, mais ne s’arrêtait pas… jusqu’à ce qu’un frisson la parcoure. Était-ce le moment ?


Oui !


Une explosion ! Un nuage de fumée ! Un éclair ! Et au centre le flou qui devint de moins en moins flou, de plus en plus net. Le vampire apparaît, il est revêtu de son jogging. Il a l’air heureux d’être là ! Il prend Célia par la main. Il la contourne, il dévoile ses dents, il mord dans ses épaules, elle se laisse faire. Le voici en train de siroter son sang. De nouveau, tout est flou.


Deux chiroptères prennent leur envol par la fenêtre et virevoltent au-dessus d’un cimetière !

Ils se rematérialisent dans un sous-bois que bien sûr seule la lune éclaire.


Célia et le vampire courent tous les deux en jogging. Le logo de la marque est indiqué sur le vêtement, on peut voir en gros : ALIMAS, puis leurs chaussures sur lesquelles on distingue également la sempiternelle marque…




Baudouin, le directeur de la publicité d’Alimas-France hurle !




– FIN (glups) –


(c) Nicolas Solovionni – 8/2001