| n° 02684 | Fiche technique | 34281 caractères | 34281 5935 Temps de lecture estimé : 24 mn |
30/01/24 corrigé 30/01/24 |
Résumé: Fatiguée depuis pas mal de temps, elle se décide enfin à aller consulter un toubib de quartier.... | ||||
Critères: fh couleurs médical forêt volupté intermast fellation cunnilingu pénétratio | ||||
| Auteur : Nora | ||||
J’étais particulièrement fatiguée depuis quelque temps. Certes, je travaillais beaucoup, ce qui n’était guère dans mes habitudes, mais quand même ! J’ai fini par me décider à aller voir un toubib, chose que je n’avais pas faite depuis mon déménagement. J’ai pris l’annuaire et j’ai choisi un nom au hasard.
J’aurais préféré que ce soit une femme, car j’ai horreur de me déshabiller devant un homme, excepté évidemment pour faire des choses coquines, mais je n’en connaissais pas dans mon quartier et mon ami ne m’avait pas laissé la voiture.
Il a commencé par m’ausculter, l’air grave, sérieux comme un pape, un grand bonhomme roux de forte corpulence, donc rien qui puisse déclencher quoi que ce soit du côté de ma libido. De toute façon, la table d’auscultation, le stéthoscope, la forte odeur d’éther, ce n’est pas vraiment mon truc. Seule petite touche sympa dans son cabinet, une reproduction de Picasso, forte et tarabiscotée, des morceaux de corps humain comme découpés au scalpel. Décidément, cet homme-là n’avait qu’une passion pour la médecine. J’ai prié secrètement pour qu’il ne s’agisse pas en fait du docteur Frankenstein et qu’il ne fasse pas de moi un être désarticulé.
Fassions ! Fassions ! Fassions donc ! Ne lésinons pas avec la Sécurité sociale… Moi qui m’attendais à un simple fortifiant !
Je suis allée au labo. Ils m’ont pris du sang, beaucoup de sang. Moi qui ne supporte pas la vue du sang… voir tout ce sang, MON sang, qui remplissait les éprouvettes, je suis tombée dans les vapes et il a fallu me ranimer. J’ai refusé un taxi, mais suis rentrée chez moi avec les jambes flageolantes ; rien qu’à l’idée de ce qu’ils venaient de faire, j’en étais toute retournée.
Deux ou trois jours plus tard, j’ai reçu les résultats… Je ne suis pas une spécialiste, mais quelques mots m’ont tout de suite inquiétée, comme « positif », « anormalement élevé », « déficit ». J’ai fouillé dans les cartons à la recherche des résultats d’une autre prise de sang que m’avait fait faire ma gynéco quelques années plus tôt.
Putain, c’était pas vrai, il n’y avait rien de comparable, comme si mon sang devenait fou.
J’étais en nage, complètement paniquée, j’ai tout de suite décroché le téléphone pour appeler mon toubib. Ce feignant n’avait pas encore ouvert son courrier. Il s’est excusé parce qu’il y avait quelqu’un dans son cabinet et m’a proposé de venir en fin de matinée.
J’ai gueulé, je l’ai littéralement incendié, j’étais folle de rage. Devant mon insistance, il a quand même accepté de me recevoir tout de suite, entre deux rendez-vous !
Dix minutes plus tard, j’étais dans la salle d’attente, pas lavée, mal fagotée, survoltée, trépignant d’impatience et de nervosité. Dès que la porte s’est entrouverte, j’ai foncé, propulsée par un ressort comme Zébulon, tournicoti-tournicoton, ceci mis à part que je n’avais nullement l’intention de tournicoter cent sept ans dans des préambules. Le docteur s’est excusé auprès des autres clients pour mon impolitesse et est venu se rasseoir tranquillement devant moi à son bureau, comme si de rien n’était.
Mais au fur et à mesure qu’il lisait, je voyais bien qu’il pâlissait, et qu’il perdait peu à peu sa bonne assurance du début…
Il a fini par répondre, d’une voix rauque et étouffée, presque tremblotante, en regardant sa feuille, en évitant mon regard :
OUF ! Je n’avais pas le Sida, j’étais heureuse, joyeuse, légère, soulagée d’un grand poids… J’avais presque envie de faire la fête, j’étais prête à l’embrasser.
C’est en voyant la mine déconfite de mon vis-à-vis que je me suis dit que, malgré tout, il devait quand même y avoir anguille sous roche.
Relevant la tête et me regardant cette fois droit dans les yeux, il finit par ajouter :
J’ignore si j’ai payé ou non cette consultation. Je me suis retrouvée dans la rue, errant comme une âme en peine, flânant le long des boutiques, mais ne semblant rien voir ni rien entendre.
Je venais de bousculer une petite dame qui n’y était pour rien. J’ai continué mon chemin sans rien dire, comme une somnambule.
Si ça se trouve, j’allais crever…
Je devais partir deux jours plus tard en vacances avec mon ami. Mais le toubib m’avait donné un mot pour un grand professeur, un spécialiste des maladies endocriniennes, un des meilleurs, m’avait-il assuré !
Ce soir-là, l’atmosphère était chaud tendue. Le temps était à l’orage, en tout cas pour ce qui est de l’appartement. Je n’étais pas à prendre avec des pincettes, je faisais des étincelles. Évidemment, Pascal n’était nullement au courant de ce qui venait de se produire, je n’avais pas vu la nécessité de l’en informer et n’aurais surtout pas voulu qu’il l’apprenne. C’est très con, me direz-vous, comme attitude, c’est très con, mais c’est comme ça, quelque chose venait de se briser en moi, je devenais une autre, telle une chrysalide qui se transforme en papillon. D’ailleurs, c’est un peu ça, j’étais en train de muter, mais plutôt en mouche de mai, cette espèce qui ne vit qu’une journée.
Cela faisait presque six mois que nous vivions ensemble Pascal et moi, qui plus est sous le même toit. Nous avions eu de grands moments d’intense intimité et avions conçu plein de projets ensemble, y compris celui de fonder une famille et d’avoir des enfants, complètement inhabituel en ce qui me concerne et à contre-courant par rapport à mon intense besoin de liberté. Mais Pascal était beau, brillant, adorable, aimant, d’une intelligence au-dessus de la moyenne… un concentré de qualités.
Et puis là, crac, fini, terminé, je n’avais plus envie, plus du tout envie, tout ce qu’il représentait m’était désormais étranger et tout cela me dérangeait, m’agaçait, m’énervait : ses phrases, ses attitudes, ses façons d’être, tout ce qui avait fait que je l’avais trouvé par le passé séduisant, tout ceci me révoltaient. Le pire, c’est que lui croyait que j’avais mes « ragnagnas » et que ce petit problème féminin était la cause de mon caractère irascible. Ça, ça me mettait encore plus en rogne, c’était pour moi une monstrueuse connerie et j’avais envie de lui arracher les yeux rien que pour ce raccourci stupide !
Après m’être copieusement engueulée avec lui, j’ai fini par claquer la porte, complètement furibarde. J’ai chopé un bus pour aller n’importe où, mais en tout cas ailleurs, de préférence dans un endroit où je pourrais être tranquille, où je pourrais réfléchir ou du moins essayer.
« Et si demain tu apprends que tu es guérie, si la vie reprend son cours, comme avant ? » Non, non, plus jamais ça, plus jamais cette vie-là ! Je m’étais complètement trompée, je suis désolée, mais ce n’était pas ça, mon rêve ! Je venais de m’en apercevoir, j’avais commis une erreur, c’était sans doute un peu tard, mais comme dit le proverbe, il n’est jamais trop tard pour bien faire.
En tout cas, je ne voulais plus continuer ainsi, je ne voulais plus faire semblant, il fallait absolument que je rompe avant notre départ en vacances. Continuer aurait de toute façon été au-dessus de mes forces, déjà que j’étais malade, je ne pouvais pas me permettre en plus de gaspiller le peu d’énergie qui me restait pour maintenir une relation que je savais bancale !
Quoi qu’il en soit, je ne voulais pas lui faire trop de peine, j’ai horreur de faire de la peine, j’aurais préféré que ce soit lui qui m’envoie chier le plus naturellement du monde, qu’il trouve un prétexte vaseux, qu’il me soupçonne d’infidélité, qu’il m’accuse de tous les maux… mais je n’avais pas vraiment le temps de me rendre imbuvable.
En tout état de cause, j’étais l’unique coupable, la seule responsable, c’était moi qui m’étais trompée, il me fallait donc assumer, prendre le problème de face ; au besoin, subir son courroux et sa colère.
Certains moments de la vie sont vraiment pénibles à vivre, et dans ces moments-là on aimerait bien trouver un petit trou où se cacher…
Je suis rentrée tardivement à la maison. Il était devant son ordi, il travaillait à son projet, ils allaient sans doute gagner beaucoup d’argent avec Karim, j’espérais au moins que ça les rendrait heureux. Je ne leur voulais aucun mal, mais il se trouvait que moi, je n’avais plus rien à faire dans tout ça, ni dans le projet, ni dans la propriété avec piscine, ni dans les dimanches en famille, ni dans les samedis soirs entre amis : je voulais bien tout, mais ne désirais rien de spécial, que je sois malade ou pas n’était même pas le problème…
Même ces longues soirées amoureuses, tout empreintes de technicité, tout ça me laissait de marbre. Un bon baiseur qui me fait jouir comme une folle, ce n’est pas forcément ce que je cherchais !
J’ai pris mon courage à deux mains et je me suis lancée.
Ça a fait l’effet d’une bombe.
Ensuite, évidemment, j’ai passé un sale quart d’heure et même une sale nuit. Je me suis fait secouer !
Il a voulu me baiser, j’avais pas trop envie, mais finalement j’ai cédé, en souvenir du bon vieux temps ou alors par pitié… C’était horrible, une véritable torture pour moi, je ne voulais plus, je ne voulais pas, je voyais tout ça comme une obligation… Dépêche-toi de jouir et fous-moi la paix… Dire que deux jours plus tôt nous nous entendions à merveille !
Tout ça n’a effectivement rien changé, ça ne pouvait rien changer, ça ne pouvait que creuser un peu plus le fossé qui nous séparait.
Le lendemain, j’ai manifesté mon désir de chercher une piaule pas trop chère et de déménager.
Il ne le croyait pas, il pensait que je bluffais. Il m’a proposé de rester là quelques jours, histoire de faire le point, le temps de réfléchir, jusqu’à la fin des vacances par exemple…
Il se proposa même de partir seul avec nos amis, il leur expliquerait que je n’étais pas trop dans mon assiette ces temps-ci, que j’avais besoin de me retrouver seule quelque temps, que j’avais besoin de décompresser, que ce n’était qu’une crise passagère, qu’après ça irait mieux… il s’inventait son petit cinéma dans sa tête.
La dernière soirée fut particulièrement pénible. Il insistait un peu trop lourdement. Il me disait que je n’allais quand même pas tout briser sur un simple coup de tête, que ce serait dommage… Pourtant j’ai vite compris qu’il s’en remettrait sans trop de problèmes, il ne faisait que battre des ailes…
Lorsque je l’ai vu partir le lendemain matin, j’ai été comme soulagée.
Malgré la fatigue, je me suis aussitôt mise en quête d’un appartement. Je n’avais que cette idée en tête, je n’avais pas pris contact avec le spécialiste, je ne m’étais pas occupé de ma prise de sang, je n’étais même pas allée chercher mes médicaments. Une seule chose comptait désormais : avoir mon chez-moi !
Lorsque le téléphone a sonné en soirée, je n’ai pas décroché.
J’ai eu une chance phénoménale. Avec mon petit salaire de caissière à mi-temps pour payer mes études, je ne roulais pas sur l’or, je ne connaissais personne mis à part Pascal qui puisse se porter caution pour moi, j’étais donc a priori mal barrée, mais suis tombée sur un mec hyper sympa qui m’a proposé une petite piaule meublée presque gratos dans un immeuble vétuste en échange de quoi j’acceptais de passer de temps en temps chez sa mère pour m’assurer qu’elle n’avait besoin de rien.
Je suis passée voir ma future logeuse, une petite mamie toute ridée et presque aveugle, nous avons tout de suite sympathisé. Je me suis tout de suite aperçue qu’elle ne m’embêterait pas beaucoup et de son côté je pense qu’elle a bien senti qu’elle pourrait compter sur moi sans problème.
Le soir même, j’emménageais, le temps de louer une petite estafette ! Quelques effets personnels, sinon le strict nécessaire !
Le lit n’était pas des plus confortables, mais, après les efforts du déménagement, j’étais tellement crevée que j’ai dormi presque vingt-quatre heures sans discontinuer.
Une nouvelle vie commençait, peut-être pas très longue, peut-être un peu triste, mais dans mon malheur, j’étais malgré tout heureuse. J’ai pris soin de poster mon arrêt maladie après avoir téléphoné à ma chef de service pour l’avertir de mon absence… « Une vilaine grippe », ai-je dit. Ensuite, je suis passée dire bonjour à ma petite mamie avant d’aller faire quelques emplettes. Et la vie s’est écoulée paisiblement dans ma petite chambre. Je n’étais pas au mieux de ma forme, constamment très fatiguée, au point par moment de ne pas pouvoir me relever.
Les jours s’égrainaient et je n’avais toujours pas pris contact avec le docteur Duchmol, je n’avais pas fait non plus mes analyses. « À quoi bon », que j’me disais entre deux sanglots, « si ce n’est pour le plaisir de tomber dans les pommes ». À la petite épicerie du coin, ils sont presque tombés en rupture de stock sur les mouchoirs tellement j’en consommais ! Je n’étais pas au plus bas, mais pas beaucoup plus haut. Et cette satanée maladie qui n’arrêtait pas de me dévorer de l’intérieur, lentement, inexorablement. Je prenais les choses avec fatalisme, je ne voulais pas lutter, je ne voulais pas mourir, je ne voulais pas souffrir, je voulais que l’on me foute la paix. C’est pour ça que je ne voyais personne. Et comme toutes mes copines me croyaient en vacances, elles me laissaient tranquille, forcément. Sans téléphone, sans adresse connue, sans amis, sans attaches… impossible de me retrouver. Même la police mettrait sans doute des mois, le temps pour moi de passer dans un autre monde, un monde meilleur, du moins je l’espérais !
Ma petite mamie avait eu un malaise. Je l’ai retrouvée un matin affalée par terre, complètement inconsciente. Par chance, elle respirait. Je me suis mise à paniquer comme une malade, incapable de définir un plan d’action ; je suis sortie dans la cage d’escalier en criant « Au secours, au secours » et j’ai eu la chance de tomber sur un petit voisin qui m’a demandé ce qui se passait :
Ce n’était pas le genre de type à se démonter, un type cool aux mouvements lents et réfléchis avec un t-shirt bariolé à l’effigie des « Rasta Killers ». Il est rentré tranquillement dans l’appart de ma logeuse et m’a dit calmement en souriant :
Tout à fait le style Doc Gynéco, mais en plus blanc, le genre de mec capable de te dire en souriant « Génial, mec, t’as vu, j’crois bien qu’on est au centre d’un gros tremblement de terre », alors qu’autour de lui tous les murs s’écroulent dans un fracas d’enfer en soulevant une poussière atroce.
Il a fini par les avoir et s’est mis à expliquer notre cas sans se démonter, un discours parsemé de « Ouais mec » et de « T’inquiète », assez inapproprié pour ce genre de situation, ce qui n’a pas empêché les ambulanciers d’arriver dix minutes plus tard. Ils n’ont jamais voulu que je vienne avec eux, ils m’ont dit qu’ils me préviendraient, qu’ils me tiendraient au courant. L’angoisse me tenaillait, bien plus forte que celle qui concernait ma propre mort, ma propre mort, je n’y croyais jamais !
J’ai essayé de joindre son fils sans y parvenir. S’en suivit une longue attente. J’ai attendu chez elle, car je leur avais donné le téléphone. Dans la soirée, j’ai appelé plusieurs hôpitaux, mais personne n’avait de patient enregistré sous ce nom-là. J’étais furax : « Mais où l’ont-ils emmenée ? Ils ne l’ont pas balancée à la décharge tout de même ».
Curieusement, notre voisin rasta est venu me voir plusieurs fois pour demander des nouvelles. Moi qui pensais que c’était plutôt le genre à se foutre de tout, il n’était visiblement pas si insensible que ça aux destinées du monde… et je dois dire que ça m’a touchée, j’en ai eu la larme à l’œil. Du coup, je l’ai invité à dîner, je me suis débrouillée avec ce qu’il y avait dans le frigo de ma petite logeuse. Il a amené une espèce de grosse boîte à musique avec des basses d’enfer et nous avons passé la soirée à écouter de la zicmu, tranquilles, peinards, moi affalée sur la banquette et lui profondément engoncé dans un fauteuil de ministre à taper des pieds et à battre la mesure sur les accoudoirs.
Ce n’est qu’ensuite qu’il s’est mis à poser les questions qui tuent du style « Quelque chose chez toi ne va pas », « Tu n’as pas l’air très en forme », « Tu as l’air épuisée, comme si quelque chose te rongeait de l’intérieur ». Pascal qui vivait avec moi depuis des mois ne l’avait même pas remarqué, ou alors n’avait rien dit, ce qui est encore pire. Après tout, c’est peut-être pour cela que je lui en voulais autant. Mais lui, cet inconnu que je connaissais à peine depuis quelques heures, m’avait déjà percée à vif et avait trouvé les mots justes. Il me faisait pleurer, je ne pouvais plus me retenir, une véritable fontaine de désespoir s’écoulait de mes yeux embrunis, il fallait que je me libère, que j’expulse tout ça, tout ce fardeau, toute cette souffrance. Je n’en pouvais plus, MOI !
Il ne s’est pas levé, ne s’est pas approché, ne m’a pas consolée, je crois que je ne l’aurais pas supporté, que ce n’était pas le moment et qu’il l’avait compris. Nous étions pourtant en parfaite osmose. Il m’a simplement regardée avec une infinie gentillesse, et déjà ça, c’est énorme. Alors j’ai décidé de TOUT lui expliquer : mes problèmes, mes frayeurs, mon désespoir, mes envies aussi.
J’ai presque éclaté de rire tellement c’était con et insensé. Je riais jaune, mais j’avais en même temps envie de m’éclater. Je lui avais déjà tout donné, tout mon mal-être, toutes mes incertitudes, alors, autant terminer :
Nous voici donc partis dans sa piaule, un foutoir impensable, un bordel indescriptible, les murs tout couverts d’affiches, folklo, quoi ! Un endroit bordélique, mais où l’on se sent bien.
Le fait est qu’il léchait particulièrement bien et avec beaucoup d’attention, beaucoup de tendresse, très à l’écoute des sensations de sa partenaire, et je dois avouer que je ne tardai pas à fondre sous sa langue frivole. Elle me titillait et me faisait frémir, démoniaque, tantôt plongée dans ma minette, tantôt effleurant mon bouton. Même si j’avais l’habitude de tels préliminaires, cette fois-ci, ils s’éternisaient et j’étais tendue comme un arc. Un effleurement sur un bout de sein et le plaisir traversait tout mon corps. Il m’effleurait des doigts comme il l’aurait fait avec une harpe, faisant vibrer en moi une douce mélopée qui enveloppait tout mon corps. Et j’étais bien, si bien, tellement bien, à la porte du plaisir, au bord du gouffre de jouissance. Il m’a achevée par un baiser sans scrupule, j’ai explosé de joie, j’ai crié de tout mon corps. Il était né, mon divin amant.
J’ai eu du mal à reprendre mes esprits, d’autant plus qu’il n’arrêtait plus de m’attiser sournoisement, posant là sa bouche et ici ses doigts… de délicieux baisers qui me mettaient en transe. Je perdais pied, je perdais les pédales… Un baiser dans le cou et j’étais hors de moi :
Il finit par arrêter :
Je lui ai balancé le polochon, mais je n’étais pas vraiment fâchée, plus vraisemblablement coquine. Je m’étais relevée et je sautais comme une folle sur le sommier à bout de souffle en le faisant grincer de mécontentement.
Ce type-là m’avait lancé un défi, il n’y avait aucune raison que je ne puisse pas le relever. Je me devais de faire aussi bien, sinon mieux que lui, dans un domaine où j’excelle.
Je lui ai donc fait une fellation du tonnerre de Dieu en y mettant tout mon cœur, goulue, comme la dernière des chiennes en chaleur, à la fois vorace et salope. Je l’ai poussé à l’extrême jusqu’à ce que, arc-bouté sur les draps, il finisse par demander grâce. Alors je l’ai achevé d’un coup de langue avide, je me suis aspergé le visage de son plaisir bien chaud, ma langue lapant même mes lèvres avec délectation !
Et après cet effort dantesque, je suis retombée, comme une loque, complètement épuisée, avec comme seule envie, celle de pouvoir enfin dormir.
Je me suis réveillée au petit matin blottie dans le creux de ses bras, j’étais bien, j’étais heureuse, j’avais envie de guérir !
Je me suis levée sans faire de bruit et me suis mise en quête de quelque chose à grignoter, mais il n’y avait rien de bien engageant ! Alors je me suis habillée et suis retournée chez ma logeuse. Je suis arrivée au moment précis où le téléphone sonnait. C’était la clinique, ils m’ont dit que tout allait bien, de ne pas m’inquiéter. Je me suis fait passer pour sa fille, j’ai demandé à lui parler, mais ce n’était pas possible, elle était encore trop fatiguée. J’ai pris les coordonnées de l’établissement et j’ai demandé à ce qu’on lui fasse « Plein de gros bisous de la part de Nora », puis j’ai commencé à préparer un petit déjeuner pour deux sur un plateau, je suis même descendue en bas pour acheter des croissants !
Yann dormait encore à poings fermés. Je l’ai secoué un peu, mais il ne voulait apparemment rien savoir, alors j’ai eu la bonne idée de me déshabiller et de présenter ma petite chatoune juste devant son nez.
Intrigué, il ne lui a pas fallu très longtemps pour ouvrir les yeux.
Après le p’tit déj, nous avons refait l’amour, une longue pénétration tout empreinte de douceur et de sensualité. Nos corps glissaient lentement l’un contre l’autre, rien à voir avec les cavalcades frénétiques que j’avais eues avec Pascal, mais c’était tellement bon, tellement lent, tellement passionné, j’en étais toute retournée, tout amoureuse. Yann jouait de toute sa « féminité » pour me séduire, je me serais presque crue chevauchée par une amazone, et pourtant quelle puissance ! Quelle assurance ! Nous étions trempés de sueur lorsqu’il a enfin joui en moi…
Connerie, il n’avait même pas mis de capote, et moi non plus je n’y avais pas pensé :
Je m’en voulais au moins autant qu’à lui, j’avais été prise dans le feu de l’action, je n’avais pas fait gaffe.
Il s’était mis à danser comme un gamin autour de moi…
… jusqu’à ce que je sois bien vexée et que je sorte en claquant la porte. Mais au fond de moi-même, je savais qu’il avait raison : ce qui me rongeait, c’était la trouille, la trouille de mourir, quoi ! Vous n’avez pas la trouille, vous ?
J’ai fait au moins trois fois le tour de pâté de maisons pour me désénerver. Les commerçants du quartier devaient me prendre pour une dingue, je n’arrivais pas à me décider.
Je suis remontée chez ma mamie, les bras ballants et l’âme en peine, et me suis assise devant le téléphone. Cette saloperie allait me bouffer. J’ai fait une première fois diversion en appelant la clinique pour connaître les horaires des visites. J’ai fait une seconde fois diversion en tentant de joindre une copine que je n’avais pas vue depuis deux ans. La troisième fois fut la bonne. Une secrétaire impersonnelle me demanda ce que je voulais :
Je lui ai raccroché au nez à cette salope. Elle s’en foutait que je crève, cette pouffiasse. Si ça se trouve, elle était même en train de se faire les ongles de pieds en me parlant… Sale PUTE !
Yann n’était pas chez lui, alors j’ai tourné en rond dans mes problèmes. Je me sentais à nouveau très mal, très incertaine.
En début d’après-midi, je suis quand même allée jusqu’au labo le plus proche. Étant donné qu’il s’agissait d’examens assez poussés et que l’ordonnance datait de plus d’un mois, la laborantine était méfiante. Elle a voulu que nous appelions toutes les deux le docteur. Quelle honte ! Je me suis fait incendier ! Il m’a demandé ce que j’avais fait pendant tout ce mois, je n’ai pas su lui expliquer. Il m’a demandé si j’éprouvais toujours les mêmes symptômes, je lui ai répondu que « oui », avec en plus de temps en temps des vertiges… Il a confirmé au labo qu’ils pouvaient me faire ces examens et m’a demandé de le recontacter sans faute dès que j’aurais les résultats. J’ai bien dit « sans faute », puis il a raccroché, pas gracieux. Dans un ou deux jours, je les aurais.
Je suis de nouveau tombée dans les pommes et suis rentrée toute flagada à la maison, une nouvelle fois vidée de mon sang.
Yann était de retour, je lui ai tout raconté, il était fier de moi. Il m’a donné une pichenette.
Notre petite mamie nationale ne se portait pas si mal. En tout cas, elle était très contente de nous revoir. Je lui ai avoué avoir pioché un peu dans son frigo, mais elle m’a donné sa bénédiction. Ah oui, son chat, surtout penser à son chat, le pauvre, il devait avoir faim. Nous avons essayé de recontacter son fils depuis la clinique, mais ce fantôme était toujours injoignable. Je lui ai même proposé de faire un saut jusque chez lui, mais elle a refusé, catégorique. De toute façon, il habitait Rouen, ou alors Reims, enfin, elle ne savait plus très bien…
Je n’ai pas pu attendre le retour au bercail pour recevoir ma liche. Je la voulais tout de suite ! Je l’avais bien méritée.
J’ai invité Yann à s’arrêter dans un petit bois et me suis fait croquer toute crue au pied d’un arbre, c’était vraiment trop bon, comme tous ces doigts qui glissaient en moi, qui m’écartelaient, qui me défonçaient, qui me donnaient envie d’être prise.
Il ne s’est pas fait attendre et m’a prise penchée contre un arbre. Je m’en mordais les lèvres tellement c’était bon, à peine un peu inquiète lorsque les phares des voitures passaient tout près de nous !
Quelle merveilleuse jouissance ainsi au fond des bois ! Je ne voudrais mourir sous aucun prétexte, plus jamais, comment abandonner tous ces délices ?
Ensuite, nous sommes rentrés sagement à la maison, moi amoureusement blottie contre son dos, une petite sensation d’appartenance.
J’ai reçu mes résultats le surlendemain. J’ai appelé le toubib, ils semblaient être stationnaires, sinon en légère amélioration. Je lui ai expliqué que j’avais déménagé et que ce n’était plus trop évident pour moi de venir le voir. Puis je lui ai avoué que je n’avais pas vraiment pris contact avec son spécialiste. Il a été plutôt sympa, il avait l’air de prendre mon cas très à cœur. Sur une autre ligne, il a appelé un autre de ses collègues, et après quelques palabres, il m’a obtenu un rendez-vous pour le soir même, vingt heures trente à l’autre bout de la ville, à condition que je m’y rende sans faute. J’ai mis une nouvelle fois Yann à contribution.
C’est ainsi que j’ai été prise en charge ! J’ai dû subir de nouveaux examens, des analyses, des scanners.
J’ai eu de la chance, il s’agissait bien d’une tumeur, mais elle n’était pas maligne. Il a néanmoins fallu m’opérer. J’avais vraiment la trouille, mais Yann a été super-génial pendant toute cette période… un véritable petit ange, toujours aux petits soins ; j’étais gâtée, choyée, chouchoutée, dorlotée comme je ne l’avais jamais été. Il venait même me caresser en douce à l’hôpital.
J’étais encore convalescente quand j’ai rencontré Pascal. Il a été infect, comme tant de mecs aigris.
Nous étions Yann et moi assis à la terrasse d’un café quand Pascal est passé incidemment. Il m’a reconnue et s’est arrêté.
Yann regardait Pascal, tranquille, impassible, amusé autant que l’on puisse l’être en face d’un être aussi mauvais et virulent.
Moi, évidemment, je pouvais pas trop me lever pour tenter de le calmer et arrêter ce piteux scandale public dont j’étais la cause… because que j’avais toujours mes pansements et que chaque mouvement me tiraillait de partout.
Yann de son côté restait stoïque et philosophe.
Là où ça a commencé à dégénérer grave, c’est quand Pascal a commencé à le pousser. Yann, il faut bien comprendre une chose, on peut l’insulter tant qu’on veut, mais il ne faut pas le toucher. En réponse, il lui a balancé un pain en pleine poire qui l’a laissé abasourdi sur le carreau. Quand il s’est relevé, ils se sont battus, il a fallu les séparer, car ça cognait vraiment très fort. Yann a gardé quelques traces de cette bagarre, une lèvre fendue, un œil au beurre noir, une côte fêlée. Pascal, certainement à peu près la même chose, quoiqu’à vrai dire je ne m’en suis pas trop préoccupée : pour moi, la page était définitivement tournée !
Nora la hyène – Juillet 2001