| n° 01923 | Fiche technique | 22683 caractères | 22683Temps de lecture estimé : 14 mn | 02/03/01 corrigé 28/10/22 |
| Résumé: En arrivant à ce qu'elle nomme "son bureau" Roxy ignorait qu'elle passerait finalement une excellente journée ! | ||||
| Critères: préservati prost fh frousses rousseurs hsoumis fdomine hmast fellation piquepince ecriv_f | ||||
| Auteur : Léna Van Eyck (Un récit de Léna Van Eyck) | ||||
Rue du Ponceau
Avertissement : S’il est un domaine où le discours du « n’importe quoi » règne en maître, c’est bien celui sur la prostitution. Cette « profession » recouvre en fait des activités, des démarches et des comportements extrêmement différents. Je ne parlerai donc que de ce que je connais. Et plutôt que de faire des grandes démonstrations, je préfère raconter une tranche de vie. Trop d’idées reçues et de clichés sur ce sujet finissent par agacer ! Mais qu’on ne s’y trompe pas, ce récit ne se veut en aucun cas prosélyte ! La prostitution reste une activité dangereuse. Et si nous devons tous notre respect à celles qui accomplissent ce métier consciencieusement, il n’en reste pas moins vrai qu’aujourd’hui on meurt encore rue St Denis !
Je me présente, je me prénomme Roxanne, c’est devenu Roxy pour les uns, Xany pour les autres. Je suis rousse, constellée de tâches de rousseurs et j’ai longtemps conservé mes longs cheveux bouclés. Pour le reste, c’est plutôt la moyenne, la bonne moyenne.
Je travaille donc dans cette rue adjacente à la rue Saint-Denis qui a connu une gloire éphémère le jour on y a retrouvé, dans un escalier, le cadavre d’un cardinal renommé et académicien de surcroît. Ses proches éplorés se ridiculisèrent en publiant un communiqué embarrassé arguant que le saint homme ne se serait rendu ici qu’à fin de confession. Pas un instant ils ne comprirent que ce qu’on reprochait au défunt prélat, ce n’était point sa luxure, mais son hypocrisie ! (Anecdote authentique)
J’arrive ce jour au bureau (au studio) vers 9 heures – je suis une fille du matin – j’ai ainsi tous mes après-midi de libres (pratique !). Certaines collègues se changent en arrivant. Certaines parce qu’elles sont persuadées que la vue d’un beau décolleté motivera le chaland (ce n’est pas tout à fait faux !), d’autres pour signifier leurs spécialités (celles qui « font » les masos). Pas moi, le fétichisme n’a jamais été mon truc et je ne mets des porte-jarretelles qu’en chambre et que si le client me le demande.
L’imagerie populaire s’est fait une certaine image de la « pute », certains clients la recherchent, certaines filles la perpétuent. Mais moi je préfère « appâter » avec mon sourire et ma frimousse plutôt qu’avec le reste. Cela me permet d’attirer les messieurs qui recherchent une certaine « gentillesse ». Je passe quelques coups de fil personnels et je descends me mettre au coin (se mettre au coin = attendre le client). Un type passe, me reluque comme si j’étais une marchandise ; au début cela m’agaçait, maintenant j’ai l’habitude. Le voici qui repasse maintenant dans l’autre sens. Je le laisse faire, quelque chose chez moi doit l’attirer. Du moment qu’il ne prolonge pas cinquante fois son manège ce n’est pas trop grave ! Au troisième passage, je lui fais un petit sourire. Tactique super efficace car ou bien il n’osera plus repasser, ou alors il va m’aborder. Il m’aborde :
Eh oui, ils demandent presque tous la même chose, alors qu’ils connaissent presque tous la réponse, mais ça fait partie du rite, et puis c’est une façon pour le client potentiel de découvrir la voix de la fille. Il en fera toutes les déductions qu’il voudra (aimable, pas aimable…). C’est souvent à ce stade que certains nous feront des demandes farfelues, à nous de les accepter ou pas. Rue Saint-Denis, on n’est jamais obligé d’accepter ni un client, ni toutes ses fantaisies ! Et d’ailleurs qui nous forcerait ? La rue est peu maquée !
***
Peu maquée ? Voici une vérité qui a du mal à être admise, et pourtant la raison en est historique ! Ouvrons donc une parenthèse sur l’histoire de cette rue !
1945 : loi dite Marthe Richard. Les maisons closes (bordels) sont fermées. La rue Saint-Denis et ses rues latérales, ainsi que son annexe historique et éloignée, la rue Joubert sont particulièrement touchées.
Années 50-60 : Les maisons closes se sont reconverties en hôtels de passe. C’est le triomphe de la prostitution hôtelière. («— c’est combien ? », « — xxx francs plus la chambre ! » Combien de fois avons nous lu ou entendu cette réplique dans les « polars » de l’époque ?) Toute cette activité est encadrée et contrôlée à cœur joie par le « milieu ».
Années 70 : Interdiction de fait du proxénétisme hôtelier. Le milieu se réorganise et rachète « à l’individuel » les chambres des hôtels afin de les louer aux prostituées. L’idée est « géniale », puisque plus besoin de contrôle, il suffit d’exiger un loyer prohibitif à intervalles réguliers. Cette pratique portera le nom de proxénétisme immobilier et reste un délit !
Années 80 et 90 : La politique de la brigade des mœurs sera très fluctuante, allant du murage de studio – afin de lutter contre le proxénétisme immobilier – jusqu’à une certaine tolérance. Un mouvement se déclenche alors et fait boule de neige, le rachat des studios par les filles elles-mêmes. Le proxénète est, de ce fait, mis hors circuit !
Années 90 : La tendance serait plutôt maintenant à la tolérance. La police cible de préférence le « vrai » proxénétisme. Le nouveau code pénal ayant aboli le délit de racolage passif, les forces de l’ordre ne peuvent plus (en principe) contrôler à tout bout de champ les filles.
On estime généralement que dans le secteur St-Denis-Joubert, 50% (mais allez savoir ?) des studios sont la propriété des filles.
Le milieu du proxénétisme à plus ou moins déserté le secteur, le maquage résiduel est d’ordinaire très distant, et les tentatives individuelles de racket ou d’intimidation se heurtent la plupart du temps à la solidarité des filles.
Je vous entends d’ici ! Et les « nouvelles », elles font comment ? Je ne répondrai pas à cette question, la réponse pourrait être interprétée comme un encouragement à la prostitution, ce qui n’est absolument pas mon propos !
Fin de la parenthèse ! Instructif, non ?
***
Je réponds à mon client potentiel qui accepte… et on monte… Là aussi la tactique, lorsqu’il s’agit d’un nouveau, consiste à lui parler, afin de banaliser la prestation et de le mettre à l’aise. Et le propos sera toujours météorologique ! Que dire d’autres ?
Une fois en chambre, le type sort son portefeuille, et me dit :
Ok j’ai compris, celui-ci a l’habitude d’aller voir les collègues, il ne réagit pas comme ceux qui ne montent que de façon très occasionnelle. Mais il est souriant et le ton est très correct.
Il est marrant, il a une bonne bouille, il est très décontracté, pas du tout honteux, comme certains, d’être ici. Au moins, ça me met à l’aise ! Je lui indique le lit, il me demande si ça ne m’embête pas de commencer un peu en position debout.
Je me pointe devant lui, prête à officier, il me met les mains sur les cuisses, elles sont gelées ! Je le lui fais remarquer. Le type se confond en excuses, il est véritablement sympa.
Il s’exécute sans discuter, puis nous nous repositionnons. Ses bouts de seins sont très développés pour un homme, il doit avoir l’habitude de se les faire triturer depuis des années.
Je démarre comme il le souhaite, il réagit tout de suite, ses mains qui ne sont plus froides, se sont posées sur mes cuisses qu’il caresse doucement,
Sauf dans certains cas assez rares, j’essaie d’être gentille avec le client, mon objectif est de le faire revenir. Le rapport avec un client « habitué » devient tout à fait différent à tous les niveaux… Cela, certaines filles ne le comprendront jamais et se contentent de faire uniquement du « passage », il y a toujours du « passage » ! Ceci dit, si dans certains cas, être gentille n’est pas toujours d’une évidence folle, avec ce client-ci, je n’ai même pas eu à me forcer, le courant est passé tout de suite.
En ce moment, je m’amuse, ce n’est pas toujours le cas. Voilà qui me change de ces séances sans intérêt où je me contente d’ouvrir mes cuisses pour me laisser pilonner par les bites maladroites de messieurs pas toujours très net au point de vue odeur et qui m’imposent le spectacle de leur jouissance en croyant me faire le plus beau cadeau que la Terre ait porté ! Remarquez, ma position préférée c’est la levrette, ça me dispense de les voir, et surtout ça me permet de m’éviter d’avoir à surveiller mes propres expressions. Vive la levrette qui permet de faire des grimaces en cachette du client ! Et puis il y a ceux qui me demandent de les chevaucher, au début ça me prenait la tête, maintenant je prends cela du bon côté, ça me fait faire de la gym, c’est très bon pour les abdominaux !
Ben oui, un compliment ça fait toujours plaisir. Je serre de plus en plus fort, il bande fort convenablement, à présent, c’est le moment de le recouvrir du petit préservatif d’usage. Certaines le placent au tout début de la séance, mais le fin du fin est de le placer dans la bouche et de le poser au moment de la fellation, moi je n’y arrive pas, ce truc (Oh ! Combien indispensable !) m’agace et je préfère l’enfiler sur une bite bien raide plutôt que sur une molle !
Je dis cela, histoire de dire quelque chose, je ne le lui demande pas son avis ! Puis, je reprends. Il me demande alors s’il peut me caresser les seins.
Et c’est à ce moment là que l’idée pour la première fois, m’est venu dans la tête : « Et si je lui demandais de me les pincer aussi ? » Mais non, ça ne va pas la tête ! Qu’est ce qu’il a de plus que les autres ce client, sinon d’être bougrement sympathique. Mais quelque chose ne va vraiment pas, j’en suis à regretter de lui avoir dit cela ! Il est cependant hors de question que je lui signifie avoir changé d’avis ! Peut-être qu’il reviendra, et s’il revient… mais qu’est ce qu’il m’arrive ? Je me reprends et me concentre sur ce que je fais. Il est content, il est aux anges. J’irais bien sur le lit, j’en ai un peu marre d’être debout et m’apprête à le lui dire. J’attends néanmoins un instant, il à l’air si content de me caresser les seins, si seulement sa main pouvait dévier… Il va falloir que je me calme, voici que je m’excite à présent, c’est la meilleure de la matinée !
J’allais lui dire « pas les bouts », mais je me ravise, pas deux fois la même erreur !
Je ne donne pas cette autorisation à tout le monde, mais ce type est loin d’être une brute, il est marrant, il me fait des gros bisous sur les nénés. Il ose en faire un sur le téton, je me raidis, s’il pouvait continuer… s’il pouvait continuer, mais qu’il continue, bon dieu !
Je deviens folle ! Pourquoi est-ce que je lui dis ça ? Mais il ne comprend pas l’allusion. Je me reprends une fois de plus. Je n’ai pas envie non plus de perdre le contrôle de la situation !
Il s’allonge, je me place au niveau de son sexe et je l’attrape pour le sucer.
Je prends son sexe en bouche. Au début sucer du latex m’agaçait ; je me suis habituée, les risques de transmission des MST par la bouche sont extrêmement faibles, mais ils existent ! Et pas grand chose multiplié par 200 bonhommes par mois, ça finit par compter !
Ben oui, j’essaie de faire ça bien ! Le truc, quand on fait des pipes, c’est de se mettre de profil, et de relever les cheveux afin qu’ils nous voient bien les sucer. En principe ils adorent cela ! Les photos et les films de fellations sur lesquels ils ont fantasmé, se concrétisent à cet instant, et l’image de leur bite en train d’être sucée se superpose à celle de leur mémoire !
Le pire, c’est qu’il à l’air complètement sincère, il me regarde avec des yeux extasiés. Ne l’écoute pas Roxanne, ne l’écoute pas, tu es calmée maintenant, ça ne va pas recommencer !
J’arrête ma fellation, puisqu’il ne veut pas jouir comme ça !
Je me positionne sur le côté et lui resserre ses bouts ; il se pâme, il se masturbe, mais lentement. Le tricheur ! Il fait durer le plaisir ! S’il continue trop longtemps comme ça, il faudra que je prenne ma voix la plus douce afin de ne pas le vexer, et je lui dirai que maintenant il faut jouir, mais bon je ne suis pas à cinq minutes, si cela peut me rapporter un client fidèle !
La prochaine fois ! Il a parlé d’une prochaine fois, aurais-je déjà gagné ? Toi mon lapin, si tu reviens une deuxième fois, je vais te préparer effectivement un petit scénario où je serai très partie prenante ! Je lui souris, mais il attendait une réponse que je ne lui donne pas !
Ce jeu est embêtant, il ne faut pas que je me plante.
Il m’embête, j’espère qu’il ne va pas me demander des trucs que je refuse, ainsi si l’uro m’amuse, j’ai toujours refusé la scato, quel que soit le prix qu’on me propose ! Quant à la sodomie, je préfère l’éviter !
Là, il est possible que je sois tombé à côté, il n’est pas contre, mais ce n’est pas son truc ! Bon, je lui dis d’aller plus vite ou pas ?
Il a envie de me sortir un truc, il ne sait pas trop comment faire, il va falloir l’aider !
Sauf que si ce n’est vraiment pas dans mes trucs je ne le reverrai jamais ! Quelle idée il a, de se mettre à jacter alors qu’il devrait déjà avoir joui !
À côté ! Ce n’était pas la bonne tactique ! Alors il me lâche dans un souffle !
Là aussi, l’erreur à ne pas faire, c’est de lui dire un truc du genre « redonne-moi un peu plus, on va le faire tout de suite » ! Le client risque d’avoir l’impression d’avoir affaire à une « grippe-sou » et hésitera à revenir.
C’est pas vrai ! Il veut encore autre chose, mais qu’il se taise, il va tout gâcher !
Je lui dis cela avec un sourire format commercial, mais c’est néanmoins sincère. Il a l’air content, il ne dit plus rien et se masturbe avec frénésie tandis que je continue à lui pincer ses bouts de seins.
Il n’a pas fermé les yeux, non au contraire, ils sont grand ouverts et ils fixent mon visage ! Il me regarde ! Oh ! Mon dieu ! Que j’aime qu’on me regarde comme ça ! En ce moment je ne suis plus une pute, je suis une femme qui aime donner du plaisir à un homme ! Je lui souris, mais j’ai peur de lui montrer à quel point je suis troublée.
Heureusement (tiens encore un truc !) nous savons reconnaître les signes de la pré-jouissance chez l’homme. Un afflux de sang envahit la partie supérieure de l’organisme rougissant le haut du torse, le cou, les oreilles, le front. De nouveau je lui offre mon sourire !
Il fait un barouf du diable en jouissant, je n’ai jamais vu cela, c’est spectaculaire, ses lèvres semblent atteintes de tremblements pendant qu’il crie sa jouissance. C’est nerveux, j’éclate de rire, je m’en veux aussitôt, il risque de le prendre mal, mais non, c’est communicatif, et le voici qui attrape un fou rire. On rigole comme deux malades !
Je les lui indique, il se relève, je lui retire alors moi-même le préservatif (ils adorent cela que l’on continue de s’occuper un peu d’eux alors que la prestation est terminée). Il se rhabille, je le regarde, je ne dis rien, j’ai peur de dire des banalités, ou au contraire de me laisser emporter par je ne sais quelle fantaisie.
Pourquoi ai-je dis cela ? Je n’ai pas fini ma matinée ! Je lui fais un petit bisou sur le bout du nez et prend congé. Non je ne vais pas redescendre « au coin », je suis en ce moment magnifiquement bien dans ma peau, et ce n’est pas si souvent ! N’allez pas vous figurer que je suis tombé amoureuse de ce type ! Ce n’est pas du tout mon genre d’homme, ai-je un genre d’homme d’abord ? Mais sa décontraction, sa gentillesse, ses hésitations même m’ont mise à l’aise. Et pourtant il ne s’est rien passé de spécial, non, une ambiance, un courant ! Je n’ai pas envie de remonter avec un macho ou avec un type à problème ! Je rassemble mes affaires et je pars me promener. Je passe devant mes collègues.
Postface : si cela intéresse quelqu’un, il y aura une, voire plusieurs suites ; j’ai encore plein de choses à dire sur ce sujet. Mais me demanderez-vous, ce récit est-il autobiographique ? Est-il un rewriting par mes soins des confessions d’une copine ? Est-il inventé de toutes pièces ? Inutile de me poser la question, je n’y répondrai pas ! Je peux simplement vous assurer que les parties « documentées » sont exactes.
Lena Van Eyck - février 2001